L'ÉOU cesse la commémoration

En mai 2022, l’Église orthodoxe ukrainienne canonique (ÉOU) cessa la commémoration du Patriarche Cyrille.
Tout au long de Chapitre 24, Chapitre 25 et Chapitre 26, nous avons établi le modèle patristique de cette action. Saint Hypace agit contre Nestorius pour son enseignement hérétique. Saint Païssios cessa de commémorer Athénagoras pour avoir rencontré le Pape. Les Néomartyrs russes agirent contre Serge pour sa capitulation devant les Soviétiques. Dans chaque cas, les fidèles n’attendirent pas un concile ; ils se séparèrent d’un hiérarque dont l’enseignement public contredisait la foi orthodoxe.
L’Église orthodoxe ukrainienne canonique appliqua exactement cette tradition.
Qu’est-ce qui rendit la commémoration spirituellement impossible pour l’ÉOU ?
Les propres paroles de Cyrille
Le Dimanche du Pardon, le 6 mars 2022, jour où les chrétiens orthodoxes demandent traditionnellement pardon les uns aux autres avant le Grand Carême, le Patriarche Cyrille prêcha sur la guerre. Le clergé orthodoxe et les instances œcuméniques lui avaient fait appel pour qu’il condamne l’invasion. Une lettre ouverte de prêtres orthodoxes russes avait recueilli près de 300 signatures à la veille du sermon.[1] Sa parole pastorale était attendue.

Le Patriarche Cyrille condamna-t-il l’invasion ? Appela-t-il à la paix ? Pleura-t-il les morts ? Il ne fit rien de tout cela. Au lieu de cela, un tiers de son sermon portait sur les parades homosexuelles. Il éleva la guerre au rang de lutte métaphysique :
«Все сказанное свидетельствует о том, что мы вступили в борьбу, которая имеет не физическое, а метафизическое значение.»
Tout ce qui a été dit témoigne du fait que nous sommes entrés dans une lutte qui a non pas une signification physique, mais métaphysique.
— Patriarche Cyrille, homélie du Dimanche du Pardon (6 mars 2022) ; Patriarchia.ru, https://www.patriarchia.ru/article/102978
Et le jour même où les chrétiens orthodoxes se demandent mutuellement pardon, il prêcha :
«Но прощение без справедливости есть капитуляция и слабость.»
Mais le pardon sans justice est capitulation et faiblesse.
— Patriarche Cyrille, homélie du Dimanche du Pardon (6 mars 2022) ; Patriarchia.ru, https://www.patriarchia.ru/article/102978
Le sermon complet et ses implications théologiques sont examinés dans Chapitre 18.
La tendance se poursuivit : en septembre 2022, Cyrille enseigna que la mort au champ de bataille « lave tous les péchés », et en mars 2024, sous sa présidence, le Conseil mondial du peuple russe déclara le conflit « Guerre sainte » et invoqua la Russie comme le « Retenant » (une référence à 2 Thessaloniciens 2, 6-7, la prétention que la Russie retient l’Antéchrist). Chapitre 23 documente l’étendue complète de ce que Cyrille bénit : les atrocités, les prières obligatoires pour la victoire et la déposition des prêtres qui refusèrent.
Tout au long, Cyrille nia l’identité ukrainienne, réduisant la vie ecclésiale à une catégorie russe unique (l’idéologie ethnophylétiste du « Monde russe » examinée dans Chapitre 15) :
«Мы практически один народ, связанный исторической судьбой, мы все вместе вышли из Киевской купели, мы объединены верой, нашими святыми…»
Nous sommes pratiquement un seul peuple, lié par un destin historique ; nous sommes tous issus ensemble des fonts baptismaux de Kiev ; nous sommes unis par la foi, par nos saints…
— Patriarche Cyrille, sermon (9 mars 2022), Cathédrale du Saint-Sauveur, Moscou ; Patriarchia.ru, http://www.patriarchia.ru/article/103021
Aussi récemment qu’en février 2025, lorsqu’un prêtre mit en question l’adoption par l’Église du langage guerrier patriotique, la réponse de Cyrille fut de demander : « Père, vous ne seriez pas d’Ukraine occidentale, par hasard ? »[2] Quand les Ukrainiens tentent de prendre leurs distances avec l’impiété de Cyrille, il insiste sur le fait que Russes et Ukrainiens sont un seul peuple et ne peuvent être séparés. Pourtant, dans des moments sans retenue, il utilise « ukrainien » comme terme péjoratif pour mettre en doute la loyauté de son propre clergé.
Le Concile du 27 mai 2022
L’ÉOU n’attendit pas en silence. Dans les vingt-quatre heures suivant l’invasion, le Métropolite Filaret Koutcherov de Lviv émit le premier décret écrit ordonnant à tous les prêtres de son diocèse de cesser de commémorer le Patriarche Cyrille. Le 28 février, le Métropolite Yevloguï de Soumy, dont le diocèse était sous bombardement russe actif, avait émis son propre ordre de cessation. Le 3 mars, quinze diocèses avaient formellement suivi.[3] Cette réaction surgit de la périphérie diocésaine, mue par la conscience pastorale. Ce ne fut pas une action institutionnelle coordonnée.
Trois mois après l’invasion, sans réponse suffisante du Patriarche Cyrille, l’ÉOU convoqua un concile à Kiev le 27 mai 2022. Le Métropolite Onuphre contrôla personnellement les préparatifs, excluant délibérément son propre chancelier, le Métropolite Antoine (Pakanitch), de la planification pour empêcher Moscou de connaître l’ordre du jour à l’avance.[4] Seuls treize jours s’écoulèrent entre l’annonce et le concile lui-même. Le concile condamna la guerre comme une violation du commandement de Dieu « Tu ne tueras point ».[5]
Le Concile condamne la guerre comme une violation du commandement de Dieu « Tu ne tueras point ! » (Ex 20, 13) et exprime sa sympathie pour tous ceux qui ont souffert dans la guerre. … Nous exprimons notre désaccord avec la position du Patriarche de Moscou et de toute la Rus’ Cyrille concernant la guerre en Ukraine.
— Concile de l’ÉOU, Résolution (27 mai 2022), points 1 et 3. Texte officiel de l’ÉOU : https://news.church.ua/2022/05/27/postanova-soboru-ukrajinskoji-pravoslavnoji-cerkvi-vid-27-travnya-2022-roku/[6]

Le vote ne fut pas unanime : environ soixante-dix à quatre-vingts pour cent soutinrent les résolutions, avec l’opposition d’une poignée d’évêques sympathisants de Moscou.[4] Le concile cessa la commémoration du Patriarche Cyrille et déclara l’ÉOU autonome.
Les résolutions n’invoquèrent pas explicitement le Canon 15, mais le raisonnement théologique derrière la cessation correspond directement à l’exception d’hérésie du Canon 15 que la tradition patristique a toujours reconnue :
L’Église orthodoxe ukrainienne est autonome et indépendante dans son administration et son organisation…
— Statut de l’ÉOU (tel qu’amendé le 27 mai 2022), RISU, https://risu.ua/statut-pro-upravlinnya-ukrayinskoyi-pravoslavnoyi-cerkvi-z-dopovnennyami-i-zminami-vid-27052022_n130894[7]
Le Concile a adopté les ajouts et changements correspondants au Statut sur l’administration de l’Église orthodoxe ukrainienne, qui témoignent de la pleine autonomie et indépendance de l’Église orthodoxe ukrainienne.
— Concile de l’ÉOU, Résolution (27 mai 2022), point 4. Texte officiel de l’ÉOU : https://news.church.ua/2022/05/27/postanova-soboru-ukrajinskoji-pravoslavnoji-cerkvi-vid-27-travnya-2022-roku/[8]
Le concile formalisa ce que la base avait déjà accompli. Les ordres diocésains écrits parlent d’eux-mêmes :
Cesser la commémoration en prière du Patriarche de Moscou lors des offices divins dans les églises et monastères du diocèse de Lviv.
— Ordre du diocèse de Lviv, ZAXID.NET. https://zaxid.net/upts_mp_pripinila_pominannya_patriarha_kirila_na_vsih_bogosluzhinnyah_n1537293[9]
Le Métropolite Yevloguï de Soumy, dont le diocèse était sous bombardement dès le premier jour de l’invasion, expliqua pourquoi il ne pouvait attendre aucun processus formel :
Je vois chaque jour des images de civils innocents aux membres arrachés par les explosions, aux entrailles déchirées par les blessures. Il s’agit de mon troupeau.
— Métropolite Yevloguï de Soumy et Akhtyrka, lettre réaffirmant la cessation de la commémoration (fév.-mars 2022)[10]
Certaines de ces mêmes images sont montrées dans Chapitre 23.
Les 437 prêtres
Le témoignage ne fut pas seulement institutionnel. Dans les jours suivant l’invasion, un appel organisé par l’Archiprêtre Andriï Pintchouk recueillit 437 signatures de clercs de l’ÉOU, adressé aux « anciens Patriarcats orientaux », leur demandant d’examiner l’enseignement du Patriarche Cyrille en temps de guerre et l’idéologie du « Monde russe ».[11]
L’Archiprêtre Andriï déclara qu’il s’attendait à peut-être 100 signatures, mais en cinq jours, il en avait reçu 437 de clercs de presque tous les diocèses d’Ukraine.[12]
Il y eut de nombreux prêtres supplémentaires qui soutinrent privément la pétition mais ne signèrent pas par crainte de représailles de leurs évêques. Comme nous l’avons vu précédemment dans d’autres chapitres, tous ceux qui s’opposent au Patriarche Cyrille sont assurés d’être sévèrement châtiés, punis, voire emprisonnés.
Aucun évêque ne signa, bien que certains fussent privément d’accord ; l’Archiprêtre Andriï attribua cela à la « solidarité corporative » entre évêques héritée de l’époque soviétique, un schéma documenté dans Chapitre 9. L’appel portait 437 signatures de prêtres mais pas un seul nom d’évêque.

L’appel, lu à haute voix par l’Archiprêtre Andriï en vidéo, déclarait :
Nous déclarons fermement qu’il nous est impossible de rester dans quelque forme que ce soit de soumission canonique au Patriarche de Moscou. C’est le commandement de notre conscience chrétienne.
— Appel de 437 clercs de l’ÉOU aux anciens Patriarcats orientaux (avril 2022), https://publicorthodoxy.org/2022/04/26/open-appeal-of-uoc-priests/
Chaque prêtre qui signa cet appel savait qu’il risquait la défroquation, la perte de ses moyens de subsistance et les représailles institutionnelles. Comme ce livre l’a documenté, ceux qui s’expriment contre le Patriarche Cyrille sont défroqués (Chapitre 22). Ils signèrent malgré tout.
Y eut-il une réponse des anciens patriarcats à cet appel ? De Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche ou de Jérusalem ? Il n’y en eut pas.
L’appel fut accueilli par un silence quasi total.
Saint Grégoire le Théologien, louant saint Athanase pour sa résistance à l’arianisme, décrivit les véritablement pieux comme ceux qui « ne peuvent supporter de pousser leur retenue au point de trahir la cause de Dieu pour l’amour de la tranquillité ». La forme condensée de cet enseignement est devenue un cri de ralliement dans la tradition orthodoxe : « Par le silence, Dieu est trahi » (Молчанием предается Бог).[13]
La réponse institutionnelle à l’Archiprêtre Andriï, cependant, ne fut pas un silence total.
En mai 2023, il fut interdit de ministère par le métropolite Irénée de Dnipropetrovsk et Pavlohrad. Le décret publié citait la lettre du métropolite Onuphre concernant des « actions destructrices non canoniques contraires à l’ordre ecclésial — tenue de réunions du clergé de diverses éparchies sur le territoire de l’éparchie de Sarny sans la bénédiction de l’évêque régnant, ainsi que des actions similaires répétées sur le territoire de l’éparchie de Kyiv ».[14] Il fut démis de ses fonctions de recteur de l’église Saint-Michel de Volosske et interdit de célébrer.
L’appel lui-même décrivait la cessation de la commémoration comme un simple commencement : « Nous soutenons pleinement le refus du clergé de l’Église orthodoxe ukrainienne de commémorer le Patriarche Cyrille pendant les offices divins. Mais aujourd’hui, cela ne suffit plus. »[12] La pétition demandait un procès formel et, le cas échéant, le retrait du trône patriarcal.
Début 2025, l’Archiprêtre Andriï avait fui en Norvège avec sa famille, ayant reçu des avertissements que les services de sécurité ukrainiens se préparaient à l’arrêter.[15] Le 19 avril 2026, il fut reçu dans la Métropole de Suède et de toute la Scandinavie du Patriarcat œcuménique.[16]
Le schéma n’est pas unique à son cas. Certains clercs ukrainiens qui ont quitté la communion de Cyrille ont depuis rejoint le Patriarcat œcuménique, l’institution même dont les actions unilatérales en Ukraine sont documentées dans ce livre dans Chapitre 28: Comprendre les Églises ukrainiennes et Annexe B: Annexe B : L'argumentation canonique contre l'OCU. La voie canonique reste celle que l’ÉOU elle-même a choisie : cesser la commémoration du patriarche hérétique sans transférer allégeance à un autre patriarche dont les propres actions violent les canons.
« Nous ne faisons plus partie du Patriarcat de Moscou »
En mai 2025, le Métropolite Onuphre, primat canonique d’Ukraine, déclara simplement :
Après le 27 mai 2022, nous ne faisons plus partie du Patriarcat de Moscou. … Le nom du Patriarche de Moscou n’est plus commémoré dans les églises et monastères de l’Église orthodoxe ukrainienne pendant les offices divins.
— Métropolite Onuphre, déclaration du troisième anniversaire ; Orthodox Times (22 mai 2025), https://orthodoxtimes.com/metropolitan-onufriy-after-may-27-2022-we-are-no-longer-part-of-the-patriarchate-of-moscow/
Ainsi, l’Église ukrainienne canonique, le corps même que Moscou revendique comme son territoire canonique, a établi de manière indépendante qu’elle ne peut plus nommer le Patriarche Cyrille à l’autel. Cyrille lui-même reconnut explicitement cette réalité sacramentelle en juillet 2023. Lorsqu’on lui demanda si les fidèles pouvaient communier dans les églises où il n’était pas commémoré, il répondit :
В нынешних обстоятельствах у некоторых верных чад Православной Церкви возникает болезненный вопрос: можно ли причащаться, молиться в храмах, где Патриарха не поминают, действенны ли тут таинства? В Московскую Патриархию поступает много писем по этому поводу. Скажу так: если есть возможность ходить на службы в храм, где духовенство сохраняет верность каноническому порядку поминовения Предстоятеля Церкви, следует ходить именно в такой храм. Если же такой возможности совсем нет, то, пока Церковь не вынесла соборное суждение об отпадении тех или иных архиереев и священнослужителей в раскол, таинства, совершаемые теми, кто стал жертвой шантажа или кому не хватило мужества или совести хранить этот канонический порядок, остаются действенными. При этом справедливо — и в этом нет никакого непослушания — не принимать слов, отвергающих церковное единство и направленных против него, которые, к сожалению, можно слышать от некоторых священнослужителей.
Dans les circonstances actuelles, certains fidèles enfants de l’Église orthodoxe sont confrontés à une question douloureuse : peut-on communier et prier dans les églises où le Patriarche n’est pas commémoré, et les sacrements qui y sont célébrés sont-ils valides ? Le Patriarcat de Moscou reçoit de nombreuses lettres à ce sujet. Je dirai ceci : s’il est possible d’assister aux offices dans une église où le clergé reste fidèle à l’ordre canonique de commémoration du Primat de l’Église, il faut précisément fréquenter une telle église. Mais s’il n’existe absolument aucune possibilité de ce genre, alors, tant que l’Église n’a pas rendu un jugement conciliaire selon lequel certains hiérarques et membres du clergé sont tombés dans le schisme, les sacrements célébrés par ceux qui sont devenus victimes de chantage ou qui n’ont pas eu le courage ou la conscience de préserver cet ordre canonique restent valides. Dans le même temps, il est juste, et il n’y a là aucune désobéissance, de ne pas accepter les paroles qui rejettent l’unité ecclésiale et sont dirigées contre elle, paroles que l’on peut malheureusement entendre de certains membres du clergé.
— Patriarche Cyrille, allocution à la Conférence épiscopale de l’Église orthodoxe russe, 19 juillet 2023[17]
La réserve de Cyrille est hostile : il accuse les clercs qui ne le commémorent pas de lâcheté, de mauvaise conscience ou de céder au chantage. Mais sa concession est explicite. Jusqu’à ce qu’un concile les juge schismatiques, leurs sacrements restent valides.
Cette action ne ressemble en rien au schisme de l’OCU (voir Chapitre 28). L’ÉOU n’est pas devenue schismatique en cessant la commémoration. Elle s’est séparée d’un patriarche et d’une organisation qui les bombarde et leur fait la guerre, tout en restant dans l’ordre canonique.
Le verdict
L’Église orthodoxe ukrainienne canonique fit exactement ce que les saints firent.
L’ÉOU attendit que son patriarche, le Patriarche Cyrille, condamne l’invasion. Il refusa. Ils l’entendirent qualifier le pardon de « faiblesse » et la guerre de « lutte métaphysique ». Ils l’entendirent enseigner que la mort au champ de bataille « lave tous les péchés ». Ils le virent présider une déclaration de « Guerre sainte ». Ils le virent nier leur identité tout en utilisant « ukrainien » comme insulte. Ils le virent imposer des prières pour la victoire de ceux qui bombardent leurs foyers, et défroquer les prêtres qui osèrent substituer « paix » à « victoire ». Ils attendirent qu’il condamne Boutcha, Marioupol, la destruction de leurs églises, le meurtre de leurs fidèles.
Il ne dit absolument rien.
Nos Pères et saints, sans attendre aucun concile, cessèrent la commémoration pour bien, bien moins que cela. Et c’est ainsi que l’Église orthodoxe ukrainienne canonique, en plein consensus avec le témoignage patristique, cessa la commémoration du Patriarche Cyrille.
Le témoignage de saint Maxime le Confesseur s’adresse directement à cette action. Lorsqu’on le pressa sur les raisons de sa séparation de Constantinople, il déclara : « Tant que le scandale de l’hérésie persiste dans l’Église de Constantinople et que ses évêques sont des mécréants, je n’entrerai pas en communion avec elle. Ce serait une transgression » (The Great Synaxaristes: January (Le Grand Synaxaire : janvier), p. 841). L’ÉOU parvint à la même conclusion au sujet de Moscou, et pour la même raison : maintenir la communion serait une transgression.
Vous ne pouvez pas soutenir à la fois Cyrille et l’ÉOU
Beaucoup prétendent aimer et révérer le Patriarche Cyrille, tout en prétendant soutenir et aimer les Ukrainiens et l’ÉOU. Comment est-ce possible ?
Le Concile de mai 2022 de l’ÉOU condamna la position de Cyrille sur la guerre. Plus de vingt diocèses émirent des ordres écrits. Le primat déclara : « Nous ne faisons plus partie du Patriarcat de Moscou. » 437 prêtres demandèrent aux anciens patriarcats de juger l’enseignement de Cyrille, pour n’être accueillis que par le silence pendant quatre longues années, tandis que la guerre ravage encore leur pays.
Ce témoignage est inconfortable pour ceux qui veulent défendre Cyrille en pointant des irrégularités procédurales ailleurs. Le corps canonique, l’ÉOU, celui reconnu comme légitime, celui qui refusa de rejoindre l’OCU, a dit : « Nous ne pouvons plus prononcer son nom à l’autel. »
C’est le modèle patristique vécu de notre temps.
Sebastian Rimestad, « The End of the Russian Orthodox Church as we Know it » (« La fin de l’Église orthodoxe russe telle que nous la connaissons »), Multiple Secularities (Bulletin), 2022 : https://www.multiple-secularities.de/bulletin/the-end-of-the-russian-orthodox-church-as-we-know-it/ ↩
Patriarche Cyrille, échange avec le P. Alexeï Chliapine lors d’une réunion du clergé de la Métropole de Moscou, 11 février 2025. Couverture : Meduza, https://meduza.io/en/feature/2025/02/12/are-you-from-western-ukraine ↩
SPZh (Union of Orthodox Journalists, Union des journalistes orthodoxes), « A number of UOC dioceses stop commemoration of Patriarch Kirill » (« Plusieurs diocèses de l’ÉOU cessent la commémoration du Patriarche Cyrille »), mars 2022 : https://spzh.eu/en/news/86823-ryad-jeparkhij-upc-prekrashhajut-pominovenije-patriarkha-kirilla ↩
Sergueï Chapnine, analyse des préparatifs et du déroulement du Concile du 27 mai 2022. Chapnine, ancien rédacteur de la revue officielle du Patriarcat de Moscou, avait auparavant qualifié Vadim Novinski d’« oligarque-diacre ». Il a documenté qu’Onuphre avait délibérément exclu de la planification le chancelier, le Métropolite Antoine (Pakanitch), parce que « si le Métropolite Antoine et Vadim Novinski avaient eu accès aux projets de documents, Moscou aurait connu à l’avance le scénario de la réunion à venir et aurait pu s’y opposer efficacement ». ↩
Concile de l’ÉOU (Kiev, 27 mai 2022) : amendements au statut et résolution conciliaire. Source primaire : https://dess.gov.ua/wp-content/uploads/2023/01/8_Sobor-UPTS-27-V-2022-Postanova.pdf; texte du statut : https://risu.ua/statut-pro-upravlinnya-ukrayinskoyi-pravoslavnoyi-cerkvi-z-dopovnennyami-i-zminami-vid-27052022_n130894 ↩
Original ukrainien (texte de la Postanova publié par le SRES) : “«Собор засуджує війну як порушення Божої заповіді «Не вбивай!» (Вих. 20:13) і висловлює співчуття усім, хто постраждав у війні. … Виражаємо незгоду з позицією Патріарха Московського і всієї Русі Кирила щодо війни в Україні.»” Le chapitre élide le point 2 de la Résolution du Concile et le remplace par des points de suspension reliant le point 1 (« Не вбивай! ») et le point 3 (« Виражаємо незгоду »). ↩
Original ukrainien : «Українська Православна Церква є самостійною і незалежною у своєму управлінні та устрої…» ↩
Original ukrainien (Résolution du Concile de l’ÉOU, point 4) : «Собор ухвалив відповідні доповнення і зміни до Статуту про управління Української Православної Церкви, що свідчать про повну самостійність і незалежність Української Православної Церкви.» ↩
Original ukrainien : «Припинити молитовне поминання Патріарха Московського за богослужіннями у храмах і монастирях Львівської єпархії.» ↩
Métropolite Yevloguï de Soumy et Akhtyrka, lettre réaffirmant la cessation de la commémoration, février-mars 2022. Yevloguï confirma avoir reçu la bénédiction personnelle du Métropolite Onuphre pour cette démarche. Ses deux lettres de guerre furent publiées par SPZh le 7 août 2022 : https://spzh.eu/ru/news/89987-mitropolit-jevlogij-opublikoval-pisyma-kotoryje-napisal-patriarkhu-kirillu. ↩
Archiprêtre Andriï Pintchouk lisant le texte intégral de l’appel (vidéo, 19 min 11), https://www.facebook.com/watch/?v=405489101581985. Couverture : UOJ (Union of Orthodox Journalists, Union des journalistes orthodoxes), « About the tribunal over Patriarch Kirill » (« À propos du tribunal contre le Patriarche Cyrille »), 15 avril 2022 (édition anglaise), auteur : Kirill Aleksandrov. ↩
Public Orthodoxy, « Open Appeal of the Priests of the UOC-MP to the Primates of Local Orthodox Churches » (« Appel ouvert des prêtres de l’ÉOU-PM aux primats des Églises orthodoxes locales »), 26 avril 2022. https://publicorthodoxy.org/2022/04/26/open-appeal-of-uoc-priests/ ↩
Saint Grégoire le Théologien, Discours 21 (Éloge d’Athanase le Grand), §25. NPNF2, vol. 7. ↩
SPZh (Union of Orthodox Journalists, Union des journalistes orthodoxes), « Priest Andriy Pinchuk banned from ministry » (« Le prêtre Andriï Pintchouk interdit de ministère »), mai 2023. https://spzh.eu/en/news/73870-priest-andriy-pinchuk-banned-from-ministry ↩
Archiprêtre Andriï Pintchouk, entretien sur le Walk Talk Listen Podcast, « The Fire Within with Andriy Pinchuk », épisode 177, janvier 2025. https://walktalklisten.podbean.com/e/the-fire-within-with-andriy-pinchuk-walk-talk-listen-episode-177/ Pintchouk y décrit sa fuite en Norvège avec sa famille et son travail caritatif de soutien aux Ukrainiens déplacés ; le podcast lui-même ne documente pas de date précise de défroquage par l’ÉOU. ↩
Patriarche Cyrille, allocution à la Conférence épiscopale de l’Église orthodoxe russe, 19 juillet 2023. https://www.patriarchia.ru/article/104700 ↩