Chapitre 35 : « Va et reprends-le entre toi et lui seul » ? Certains objecteront: la critique d'un patriarche devrait rester privée. « Va d'abord vers ton frère. Reprends-le entre toi et lui seul. N'expose pas les problèmes de l'Église devant le monde. » L'instinct reflète une charité authentique. Mais les Pères tracent une ligne nette entre le péché privé et l'hérésie publique, et ils sont unanimes sur ce qui exige quelle réponse. Péché privé et hérésie publique L'argument en faveur de la correction privée est bien connu. Le passage le plus souvent cité se lit comme suit: Si ton frère pèche contre toi, va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. Mais s'il ne t'écoute pas, prends avec toi encore une ou deux personnes… — Matthieu 18 Le principe est clair: avant l'accusation publique, approche en privé. Donne à la personne une chance d'entendre, de se repentir, d'être réconciliée. Ce n'est que si la correction privée échoue que l'affaire doit s'élargir. Bien sûr, c'est un beau sentiment. Mais Matthieu 18 traite d'une situation spécifique. Le Seigneur décrit une procédure graduée pour guérir une offense personnelle entre deux individus. Le passage se désigne lui-même comme une procédure privée par son propre vocabulaire: « entre toi et lui seul » (μόνον en grec). Le chapitre entier concerne la réconciliation interpersonnelle entre des personnes spécifiques. Il se termine par Pierre demandant « combien de fois pardonnerai-je à mon frère qui pèche contre moi? » Le passage traite donc de la guérison d'une relation entre deux personnes, commençant en privé et ne s'élargissant que si la correction privée échoue. Saint Jean Chrysostome, le commentateur le plus prolifique de l'Évangile de Matthieu dans la tradition patristique, lit le passage exactement de cette manière. Dans son Homélie 60 sur Matthieu, il glose « reprends-le » comme: « rappelle-lui son erreur, dis-lui ce que tu as souffert de sa part. » Il explique que l'approche privée fonctionne parce que celui « qui a été lésé, qui a été blessé, qui a été outragé » serait entendu plus tranquillement. Toute la procédure, dans la lecture de saint Jean Chrysostome, existe pour guérir une blessure personnelle entre deux personnes. Ce cadre n'a pas d'application naturelle à un Patriarche enseignant publiquement depuis son propre site officiel à 180 millions de fidèles. L'offense n'est « contre » personne personnellement. C'est une doctrine publiquement proclamée adressée à toute l'Église. La tradition canonique trace la même ligne. Théodore Balsamon, le canoniste du XII^e siècle dont le commentaire des Canons demeure faisant autorité dans l'Église orthodoxe, aborde cela directement dans sa note sur le Canon 15 du Concile Premier-Second (861 apr. J.-C.): De cette formulation du Canon il ressort que l'on ne doit pas se séparer de son Évêque si celui-ci entretient quelque hérésie, mais la garde secrète et ne la prêche pas; car il est possible qu'il se corrige par la suite de lui-même. — Théodore Balsamon Toute la force de cette permission repose sur le mot secret. Dès qu'un évêque prêche son erreur publiquement, la logique de la patience privée s'effondre. Le patriarche Cyrille n'a rien gardé secret. Il a publié son enseignement sur son site officiel et l'a imposé par la discipline ecclésiastique; ceux qui refusèrent de se soumettre furent défroqués, et au moins un fut emprisonné par l'État. La tradition ascétique le confirme. Saint Marc l'Ascète, dont les écrits sont préservés dans la Philocalie, trace la même distinction: Quand le mal causé par une personne se répand chez un grand nombre, alors on ne doit pas être patient, et on ne doit pas chercher son propre intérêt, mais ce qui est dans l'intérêt du grand nombre, afin qu'ils soient sauvés; car la vertu qui touche beaucoup de personnes est plus bénéfique que celle qui en touche une seule. — Saint Marc l'Ascète Saint Nicodème l'Hagiorite cite ce passage même dans sa Morale chrétienne quand il argue que tout chrétien est obligé de corriger un frère qui pèche, et que l'obligation s'intensifie quand le péché est public et se répand. Le principe est le suivant: quand le mal rayonne d'une personne vers le grand nombre, la patience cesse d'être une vertu et devient une complicité. Les épîtres apostoliques traitent différemment l'erreur doctrinale publique. Saint Paul écrit à Timothée: Ceux qui pèchent, reprends-les devant tous, afin que les autres aussi éprouvent de la crainte. — 1 Timothée 5 Le grec est τοὺς δὲ ἁμαρτάνοντας ἐνώπιον πάντων ἔλεγχε, littéralement « ceux qui pèchent, devant tous, mets-les au jour/convaincs-les ». Le verbe ἐλέγχω porte le sens d'exposer, de réfuter et de convaincre: mettre au jour l'erreur cachée ou tolérée. L'expression ἐνώπιον πάντων, « devant tous », spécifie la manière. Ce n'est pas une permission mais un commandement. Paul n'écrit pas « reprends en privé, puis publiquement s'il refuse ». Il commande la réprimande publique de ceux qui pèchent publiquement. Paul instruit Tite de nommer des anciens capables de: …réfuter ceux qui contredisent la saine doctrine. Car il y en a beaucoup qui sont insubordonnés, vains parleurs et séducteurs… il faut leur fermer la bouche. Reprends-les sévèrement, afin qu'ils soient sains dans la foi. — Tite 1 Le grec du verset 13 commande: ἔλεγχε αὐτοὺς ἀποτόμως: « reprends-les sévèrement », avec un mot signifiant « trancher ». Saint Jean Chrysostome sur ce verset: « Donne-leur un coup qui tranche profondément. » Les épîtres apostoliques distinguent précisément entre la réconciliation privée (Matthieu 18) et l'erreur doctrinale publique (Tite 1, 1 Timothée 5, 20). Ce ne sont pas la même catégorie, et les apôtres ne les ont jamais traitées comme telles. Saint Jean Chrysostome, commentant 1 Timothée 5, 20, ajoute un avertissement contre les conséquences de l'inaction: Ne les retranche pas hâtivement, dit-il, mais examine soigneusement toutes les circonstances, et quand tu te seras pleinement informé, alors procède contre le coupable avec rigueur, afin que les autres soient avertis. Car de même qu'il est mal de condamner hâtivement et témérairement, ne pas punir les offenses manifestes, c'est ouvrir la voie aux autres et les enhardir à offenser. — Saint Jean Chrysostome « Ne pas punir les offenses manifestes, c'est ouvrir la voie aux autres. » Voilà le coût de la charité mal appliquée: quand les fidèles insistent sur la correction privée pour une hérésie publique, ils ne protègent pas le coupable; ils enhardissent tout futur coupable. Le silence qui se voulait miséricordieux devient la permission sur laquelle d'autres comptent pour leur inconduite. Saint Jean Chrysostome anticipe aussi l'objection selon laquelle la réprimande publique serait elle-même un scandale: Car c'est un bien plus grand scandale que l'offense soit connue sans que la punition le soit. Car de même que quand les pécheurs restent impunis, beaucoup commettent des crimes; de même quand ils sont punis, beaucoup s'amendent. Dieu Lui-même agit de cette manière. Il fit comparaître Pharaon et le punit ouvertement. Et Nabuchodonosor aussi, et beaucoup d'autres, tant des cités que des individus, nous les voyons visités par le châtiment. — Saint Jean Chrysostome Le plus grand scandale n'est pas que quelqu'un soit repris publiquement. Le plus grand scandale est que tout le monde connaisse l'offense et que personne ne dise un mot. Saint Augustin confronte cette question exacte. Dans un sermon entièrement consacré à résoudre la contradiction apparente entre Matthieu 18, 15 (« reprends-le entre toi et lui seul ») et 1 Timothée 5, 20 (« ceux qui pèchent, reprends-les devant tous »), Augustin pose la contradiction apparente dans sa forme la plus aiguë, puis donne la réponse: Les péchés qui sont commis devant tous doivent être repris devant tous; ceux qui sont commis plus secrètement doivent être repris avec plus de discrétion. Distinguez les temps, et l'Écriture est en harmonie avec elle-même. — Saint Augustin Si le péché est secret, reprends-le en secret. Si le péché est public et ouvert, reprends-le publiquement afin que le pécheur se réforme; et « que les autres aussi éprouvent de la crainte ». — Saint Augustin Le mode de correction correspond au mode de l'offense. Saint Jean Chrysostome énonça ce principe depuis l'Orient; saint Augustin le formalisa en Occident. Les Conciles œcuméniques l'appliquèrent sans exception. Ceux qui citent Matthieu 18 contre une réfutation publique d'une hérésie publique, avec les meilleures intentions, appliquent mal l'Écriture. Ils utilisent un passage sur la réconciliation interpersonnelle privée pour protéger l'erreur doctrinale publique de l'examen. Saint Augustin prévit exactement cette confusion et y répondit il y a quinze siècles. « Reprends-le en privé » n'a jamais été ce que les Pères ont enseigné au sujet de l'erreur doctrinale publique. Saint Paul l'a lui-même démontré. À Antioche, Pierre avait mangé librement avec les chrétiens d'origine païenne, jusqu'à ce que certains croyants d'origine juive arrivent de Jérusalem. Pierre se retira alors des païens, par crainte de ce que ces visiteurs penseraient, et les autres chrétiens d'origine juive suivirent son exemple. Paul ne le prit pas à part. Il l'affronta devant tout le monde: Je lui résistai en face, parce qu'il était répréhensible. Devant tous je dis à Céphas: « Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, comment peux-tu contraindre les païens à vivre en Juifs? » — Galates 2 Paul ne donna à Pierre aucun avertissement privé préalable. Il l'affronta immédiatement et ouvertement. Saint Jean Chrysostome commente ce passage: Paul « parle devant tous, afin que les auditeurs en soient alarmés » (Commentaire sur l'Épître aux Galates, Chapitre 2). Le caractère public de la correction était délibéré: il servait à enseigner toute l'Église, non seulement à corriger Pierre personnellement. Les Pères suivirent le modèle apostolique. En 428 apr. J.-C., Nestorius devint Patriarche de Constantinople et commença à nier publiquement que la Vierge Marie pût être justement appelée Théotokos (Mère de Dieu). Eusèbe de Dorylée, un laïc et juriste de Constantinople, se leva pendant l'un des propres sermons de Nestorius et le réfuta publiquement sur place, puis composa un document écrit (Contestatio) et le fit circuler dans toute la ville (Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique VII.32; Actes du Concile d'Éphèse, Session I). Il ne chercha pas d'audience privée avec le Patriarche. Il fut plus tard ordonné évêque et est vénéré comme confesseur de la foi. Le Concile d'Éphèse (431 apr. J.-C.) confirma son jugement. Saint Cyrille d'Alexandrie adopta la même approche. Ses Douze Anathèmes contre l'enseignement de Nestorius furent composés, distribués aux évêques d'Orient et au pape Célestin de Rome, et annexés à sa Troisième Épître à Nestorius (PG 77:105-122), tous comme des documents publics. Cyrille ne les envoya pas d'abord à Nestorius pour un commentaire privé. Il les publia comme une réfutation théologique formelle, et le Concile les reçut comme tels. Nulle part dans le traitement patristique de l'hérésie Matthieu 18 n'est-il jamais invoqué. Pas dans les homélies de saint Jean Chrysostome sur Tite, pas dans les lettres de saint Théodore le Studite contre l'iconoclasme, pas dans les canons conciliaires. Le Troisième Concile de Constantinople (681 apr. J.-C.) anathématisa le patriarche Serge de Constantinople et ses successeurs pour l'hérésie du monothélisme (l'enseignement selon lequel le Christ n'avait qu'une seule volonté), les condamnant nommément dans un décret formel sans aucune correction privée graduée préalable. Le Concile in Trullo (692 apr. J.-C.) confirma ces condamnations. Dans les deux cas, les Pères conciliaires traitèrent l'erreur doctrinale publique comme une affaire publique nécessitant un jugement public. Le silence complet de Matthieu 18 à travers toute cette littérature patristique et conciliaire est en soi instructif. « Mais la correction publique n'est-elle pas mauvaise? » Saint Maxime le Confesseur rencontra cet argument même dans sa forme la plus extrême. Lors de son procès, un fonctionnaire nommé Troïlus poussa la logique du « dis-lui en privé » jusqu'à son terme: non pas simplement la correction privée, mais la croyance privée sans aucune correction publique. « Crois ce que tu veux dans ton propre cœur », lui dit Troïlus. « Personne ne s'en soucie ni ne te l'interdit, seulement ne fomente pas de troubles. » Saint Maxime répondit: Le salut ne dépend pas de la seule foi du cœur. Écoutez les paroles du Seigneur: « Quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux » [Mt 10, 33]. Le saint apôtre nous y exhorte aussi, écrivant: « Car c'est en croyant du cœur qu'on parvient à la justice, et c'est en confessant de la bouche qu'on parvient au salut » [Rm 10, 10]. Si Dieu, et les prophètes et les apôtres, commandent que le grand mystère de la Foi, qui apporte le salut au monde, soit proclamé, alors notre salut et celui des autres est entravé lorsque la proclamation de la Foi est interdite. — Saint Maxime le Confesseur Voici où l'argument du « gardons cela privé » aboutit: dans l'exigence du silence. Chaque marche descendue de l'échelle, de « reprends-le publiquement » à « reprends-le en privé » à « crois simplement en silence », conduit au même palier: ne troublez pas la paix. Et saint Maxime montre que ce palier est sotériologique: « notre salut et celui des autres est entravé lorsque la proclamation de la Foi est interdite. » Quand un autre fonctionnaire accusa ensuite saint Maxime de déchirer l'Église en parlant publiquement, « le Père Maxime nia que les paroles des saintes Écritures et des saints Pères déchirent l'Église » (Synaxariste, janvier, p. 856). L'accusation selon laquelle la correction publique cause la division est l'image miroir de l'exigence du silence: d'abord ils disent « garde cela privé », et quand tu parles quand même, ils disent « tu nous divises ». Saint Maxime répondit aux deux. « Mais c'est un jugement que d'évaluer les hiérarques. » Comme saint Jean Chrysostome l'a clarifié dans son Homélie 34 sur les Hébreux, et comme établi dans l'Introduction, « Ne jugez point » concerne les questions de mode de vie, non les questions de foi. Concernant l'hérésie, saint Jean Chrysostome enseigne le contraire: si un dirigeant est corrompu dans la foi, « fuis-le et évite-le ». Il est interdit aux fidèles de juger les péchés personnels et le mode de vie d'un homme. Il leur est commandé d'identifier et de fuir l'hérésie. Ce livre fait le second, non le premier. Saint Jean Chrysostome savait par amère expérience que le clergé peut faillir de manière catastrophique. Écrivant depuis l'exil, après avoir été chassé par des évêques corrompus et le pouvoir impérial, il conseilla ceux que scandalisait ce dont ils avaient été témoins: Que rien de tout cela ne te scandalise, ni le prêtre qui est maintenant devenu mauvais et qui attaque le troupeau plus sauvagement que n'importe quel loup, ni ceux qui détiennent le pouvoir et qui font preuve d'une grande cruauté. — Saint Jean Chrysostome « Vous exposez la honte de l'Église. » Certains ont tenté de faire taire la critique en invoquant l'histoire de Noé et de Cham. En 1992, la revue Grad Kitej, publiée par le monastère Donskoï où le patriarche Alexis II était higoumène, argua qu'exposer les faiblesses de l'Église est un comportement « chamitique »: de même que Cham déshonora son père en exposant sa nudité, de même ceux qui exposent le péché hiérarchique déshonorent l'Église. Les rédacteurs d'Orthodox Life au Monastère de la Sainte-Trinité (Jordanville) répondirent par une distinction cruciale: Le péché de Noé était une faiblesse personnelle et devrait bien sûr être couvert dans le même esprit d'amour que le Seigneur montra à la femme de l'Évangile surprise en flagrant délit d'adultère. Le péché du métropolite Serge et de tous ceux qui pensent comme lui, y compris le Patriarche Alexis II actuel, n'est pas seulement un péché personnel mais un péché qui implique la vie de l'Église. Le Seigneur, tout en ne touchant pas aux péchés personnels des chefs religieux de son temps, fut impitoyable dans la dénonciation de leur déformation de la loi de Dieu. — « Let Not Your Heart Be Troubled » (Que votre cœur ne se trouble point) La comparaison échoue: l'ivresse de Noé était une faiblesse personnelle. La collaboration de Serge et les hérésies documentées de Cyrille impliquent la vie de l'Église. Le Seigneur couvrit les péchés personnels mais fut impitoyable dans la mise au jour des déformations de la loi de Dieu. Ne pensez pas que j'aie l'intention de cacher la faiblesse humaine et le péché dans les institutions divines. Non! Révéler les abus et les péchés des hommes au sein des institutions divines est un signe de révérence pour cette institution; c'est un moyen de préserver les choses données par Dieu à la garde des hommes dans leur état convenable de sainteté. — Saint Ignace Briantchaninov « Mais qui es-tu pour critiquer un patriarche? » Les saints répondent directement à cette question. Chaque personne a le droit de parler et de faire connaître son opinion; personne ne devrait s'abstenir de parler par crainte de flatter un supérieur ou parce qu'il veut être en bons termes avec l'archevêque ou l'higoumène. — Saint Païssios l'Athonite Dans la discussion de la vérité, la dignité des personnes ne doit pas être prise en considération. — Saint Jean Chrysostome Chaque fois qu'un hiérarque dévie de la voie de l'Orthodoxie et prêche sans vergogne et publiquement quelque chose qui n'est pas en accord avec la foi orthodoxe, le peuple non seulement doit protester contre la déviation. — Métropolite Augustin Kantiotes « Occupons-nous de nos propres âmes » est le « violon » des mauvais pères spirituels, qui ont castré le pieux peuple grec… — Métropolite Augustin Kantiotes Le métropolite Anastase (Gribanovsky), Premier Hiérarque de l'Église orthodoxe russe hors frontières de 1936 à 1964, donna ce commandement en 1906: Si tu vois la fausseté et l'hypocrisie, démasque-les devant tous, même si elles sont revêtues de pourpre et de fin lin. — Métropolite Anastase « Pourpre et fin lin » est le vêtement des évêques et des patriarches. Le métropolite Anastase, qui dirigea plus tard l'EORHF à travers les années les plus sombres de la persécution soviétique, commanda: démasque la fausseté même là. Aucun rang n'accorde l'immunité face à la mise au jour. La correction a déjà été donnée La correction privée présuppose l'ignorance. Le patriarche Cyrille sait ce qu'il a dit. Ce livre n'allègue pas des crimes secrets et ne s'appuie pas sur des sources de seconde main disputées. Chaque affirmation centrale est documentée à partir des propres publications officielles du patriarche Cyrille sur ses propres serveurs. Il a écrit ces mots. Il les a publiés. Il les a imposés: des prêtres furent défroqués pour avoir refusé de lire ses prières de guerre, et un hiéromoine qui condamna l'invasion fut condamné à trois ans de prison par l'État. La correction privée a du sens quand il y a quelque chose que la personne ne sait pas et pourrait recevoir. Il n'y a rien dont on puisse l'informer. La question n'est pas de savoir s'il sait ce qu'il a enseigné. La question est de savoir si les fidèles le savent. La correction épiscopale a déjà été tentée. Le métropolite Onuphre de Kiev a condamné l'invasion dès le premier jour comme une « guerre fratricide sans aucune justification devant Dieu ». Le métropolite Eugène d'Estonie, un hiérarque du Patriarcat de Moscou lui-même, a publiquement contredit l'enseignement de Cyrille sur la rémission des péchés pour les soldats. L'Église orthodoxe ukrainienne a voté en concile la cessation de la commémoration du patriarche Cyrille. Ce sont des évêques exerçant une correction formelle dans des assemblées canoniques. La correction a été donnée, au plus haut niveau disponible, sans aucun effet. Quand la correction épiscopale a été donnée et refusée, le seul recours restant est d'informer directement les fidèles. Ce livre existe parce que les fidèles méritent de savoir pourquoi.