Chapitre 24 : Les saints qui ont cessé la commémoration Ceci est le premier de quatre chapitres composant la Partie VI: Le dossier en faveur de la cessation. Ce chapitre établit, à travers quinze témoins patristiques et six cas d'action laïque, que la cessation de la commémoration est canoniquement permise avant toute condamnation synodale. Chapitre 25: De l'hérésie, des synodes et de la foi droite examine ce qu'est l'hérésie, comment elle est définie, et ce que cela signifie pour l'EORHF. Chapitre 26: Pourquoi la communion avec l'hérésie exige la séparation traite de la raison pour laquelle la communion avec l'hérésie exige la séparation. Chapitre 27: « Tu n'es pas un saint » répond aux objections majeures. En 1930, le métropolite Serge émit un décret qui a résonné dans les débats orthodoxes depuis lors. Il affirmait que nul ne peut cesser de commémorer un hiérarque à moins qu'un concile ne l'ait déjà condamné. Cette affirmation est-elle fausse? Nos Saints Canons et nos saints ont beaucoup à dire pour nous éclairer sur ce point. Les chapitres précédents ont documenté l'enseignement public et les actions du patriarche Cyrille. Ce chapitre présente la justification canonique et patristique de la cessation de la commémoration. L'Église orthodoxe ukrainienne canonique (documentée dans la partie suivante) a suivi les pères et les saints en cessant la commémoration. La cessation de la commémoration du métropolite Serge Le 17 décembre 1930, le métropolite Serge et le Synode sergianiste publièrent le décret suivant: Les canons de notre Sainte Église ne justifient une rupture avec son évêque ou patriarche légitime que dans un seul cas: lorsqu'il a déjà été condamné par un Concile ou lorsqu'il commence à prêcher une hérésie connue qui a également été condamnée par un Concile. — Métropolite Serge et le Synode sergianiste Ce décret était une réponse aux multiples hiérarques qui, de 1927 au début de 1928, refusèrent de commémorer le métropolite Serge, au motif qu'il avait trahi l'Église en capitulant devant l'Union soviétique et le communisme. Tous les Néomartyrs russes tels que le métropolite Joseph de Petrograd furent ultérieurement canonisés par l'EORHF en affirmation de leur sainteté et de leur combat, tandis que le métropolite Serge ne fut pas canonisé, pas même par le Patriarcat de Moscou sur lequel préside actuellement le patriarche Cyrille (du moins pas encore, bien qu'ils s'y efforcent désespérément). Ce décret offre une occasion d'apprentissage et de réflexion. Beaucoup en notre temps affirment que le Canon 15 du Ier-IIe Synode de Constantinople ne peut être invoqué parce que l'évêque en question et son enseignement erroné n'ont pas été formellement condamnés par un synode. C'est exactement l'argument que le métropolite Serge et le Synode sergianiste ont avancé. Et ce n'était pas un décret ponctuel. Soixante ans plus tard, le Concile épiscopal du Patriarcat de Moscou le réaffirma au niveau conciliaire. En 1990, répondant à la demande de l'EORHF que le Patriarcat de Moscou renonce à la Déclaration de 1927, le concile déclara: Avec toute la fermeté voulue, nous sommes obligés de souligner que la Déclaration de 1927 ne contient rien qui serait contraire à la Parole de Dieu, qui contiendrait une hérésie, et qui donnerait ainsi des motifs de se séparer de l'organe de gouvernement ecclésiastique qui l'a acceptée. — Déclaration du Concile épiscopal de l'Église orthodoxe russe Voilà l'argument de Serge de 1930 élevé au rang d'autorité conciliaire: la Déclaration n'était pas une hérésie, par conséquent personne n'avait de motifs canoniques de se séparer. Nous pouvons alors voir clairement que les saints qui se sont séparés, qui furent torturés et fusillés pour avoir refusé la Déclaration, sont supposément invalidés par le concile qui a hérité de l'héritage institutionnel de Serge. L'argument « attendez un concile » est une politique institutionnelle active, déployée par l'institution même dont l'hérésie est en question. Et pourtant nous savons déjà que cela est faux par la position des Néomartyrs russes et leur glorification ultérieure. L'EORHF canonisa ces saints en 1981. De manière remarquable, le Patriarcat de Moscou lui-même canonisa le métropolite Cyrille de Kazan lors de son Concile du Jubilé en 2000, le hiérarque même qui rompit la communion avec Serge et dont les épîtres (citées plus loin dans ce chapitre) fournissent le cadre définitif pour la cessation de la commémoration. Pourtant le Patriarcat n'a jamais canonisé le métropolite Joseph de Petrograd, le chef du mouvement joséphite, et continue de glorifier le métropolite Serge lui-même comme « le sauveur de l'Église russe » (comme documenté dans Chapitre 9: Glorifier le sergianisme et l'Église du KGB). L'institution qui a canonisé Cyrille, qui refusa Serge, glorifie simultanément l'homme que Cyrille refusa. Elle vénère la résistance et la capitulation en même temps, comme si les deux étaient fidèles. C'est une contradiction. L'Église a massivement approuvé l'interprétation des Néomartyrs russes et non celle du métropolite Serge. Par conséquent, ceux qui tiennent aujourd'hui une position similaire selon laquelle nous ne pouvons cesser la commémoration avant un concile formel ont répété l'erreur du métropolite Serge. Ce que la commémoration signifie réellement Avant d'examiner les témoins patristiques de la cessation de la commémoration, nous devons comprendre ce que la commémoration signifie liturgiquement. La commémoration au sens liturgique La commémoration est une déclaration de communion eucharistique. L'évêque dont le nom est commémoré dans la Liturgie est celui par lequel l'église locale est unie à tout le Corps du Christ. Saint Ignace le Théophore, disciple des Apôtres et martyr, l'articula clairement: Veillez avec grand soin à ne garder qu'une seule Eucharistie. Car il y a une seule chair de notre Seigneur Jésus-Christ et un seul Calice pour nous unir par Son sang; un seul sanctuaire, comme il y a un seul évêque, avec le presbytère et les diacres, mes compagnons de service. Ainsi tous vos actes seront accomplis selon la volonté de Dieu. — Saint Ignace le Théophore Les Diptyques, les listes liturgiques des évêques commémorés, sont un signe visible de l'unité de l'Église. Ils révèlent quelles Églises maintiennent des liens canoniques et une communion eucharistique entre elles. Rayer le nom d'un évêque des Diptyques, c'est rompre la communion avec cet évêque et tous ceux qui communient avec lui. La commémoration est un acte sacramentel, bien plus qu'un signe d'unité. À la Proscomidie (la préparation des éléments eucharistiques avant la Liturgie), le prêtre découpe une parcelle du prosphore pour chaque personne commémorée et la place près de l'Agneau. Saint Syméon de Thessalonique explique ce qui se passe ensuite: Parce qu'elle est placée près du Pain eucharistique, lorsque celui-ci devient le Corps du Christ au cours de la Liturgie, la parcelle aussi est immédiatement sanctifiée. Et lorsqu'elle est placée dans le Calice, elle est unie au saint Sang. C'est pourquoi elle transmet la grâce divine à l'âme de celui pour qui elle est offerte. Ainsi une communion spirituelle a lieu entre cette personne et le Christ. — Saint Syméon de Thessalonique Saint Syméon enseigne également que le même mécanisme sacramentel opère en sens inverse pour les indignes: Tandis qu'une offrande au nom de ceux qui la font dignement peut être très bénéfique, une offrande faite au nom de personnes indignes peut être tout aussi désastreuse et nuisible… Le prêtre doit observer attentivement, afin de ne pas recevoir une offrande de quiconque souhaite en présenter une, et ne doit pas en faire au nom de ceux qui pèchent sans aucune honte, afin de ne pas être condamné avec eux. — Saint Syméon de Thessalonique Le prêtre qui commémore les indignes est « condamné avec eux ». Saint Païssios Velitchkovski, commentant cet enseignement, conclut: « Quiconque ose commémorer de telles personnes rendra un compte redoutable devant le Christ Dieu au jour de Son Jugement Redoutable » (p. 249). Commémorer un évêque, c'est placer cet évêque en communion spirituelle avec le Christ à travers le Sacrifice eucharistique. Saint Denys l'Aréopagite explique pourquoi les noms sont lus à l'autel: Vous devez bien entendu noter que, même si ces noms se trouvent sur des listes commémoratives bienheureuses, ce n'est pas parce que les rappels divins, contrairement aux rappels que nous nous faisons à nous-mêmes, auraient besoin d'images commémoratives. L'intention est plutôt de transmettre d'une manière appropriée que Dieu honore et connaît pour toujours ceux dont la perfection a été atteinte par la conformité à Lui. Comme dit l'Écriture: « Il connaît ceux qui sont à Lui » [2 Tm 2, 19] et « précieuse aux yeux du Seigneur est la mort de Ses fidèles » [Ps 114 (116), 16]… C'est tandis que sont placés sur l'autel divin les symboles révérés par lesquels le Christ est signifié et partagé que l'on lit simultanément les noms des Saints. Il est ainsi rendu manifeste qu'ils sont inébranlablement liés à Lui dans une union sacrée et transcendante. — Saint Denys l'Aréopagite Les noms lus à l'autel sont des déclarations d'union sacrée. Ce ne sont pas simplement des entrées administratives ou un légalisme extérieur. Les nommés sont « inébranlablement liés » au Christ à travers l'acte eucharistique. Les Pères athonites confirmèrent cette compréhension dans leur Lettre confessionnelle à l'empereur Michel VIII Paléologue (v. 1274), écrite en protestation contre la fausse union imposée avec les Latins au Concile de Lyon: L'Église orthodoxe de Dieu a reconnu depuis le tout début que la mention du nom d'un hiérarque dans le sanctuaire signifie une communion complète avec lui. Car il est écrit dans le commentaire sur la Divine Liturgie que le célébrant commémore le nom de l'évêque, démontrant sa soumission à un supérieur, et qu'il est en communion avec lui, et un successeur dans la Foi et dans les saints Mystères. — Pères athonites Saint Théodore le Studite tire la conséquence spirituelle avec précision. Écrivant à un correspondant qui craignait d'exhorter son prêtre à cesser de commémorer un hérésiaque, saint Théodore est mesuré quant à savoir si cette crainte était excusable, mais univoque sur le fait central: Tu m'as dit que tu as peur de dire à ton prêtre de ne pas commémorer l'hérésiaque; je n'ose pas pour le moment te parler de manière décisive à ce sujet; cependant la communion est souillée par le simple fait de le nommer, même si celui qui le nomme est orthodoxe. — Saint Théodore le Studite Le simple fait de nommer l'hérésiaque dans la Liturgie souille celui qui le nomme, même si cette personne est personnellement orthodoxe dans sa croyance. La communion est souillée simplement en le commémorant, même si celui qui commémore est orthodoxe. — Saint Théodore le Studite Deux épîtres différentes, deux destinataires différents, le même enseignement inébranlable: l'orthodoxie personnelle du commémorateur ne protège pas la communion de la souillure. Tel est le poids spirituel de la commémoration: une participation à la foi de celui qui est commémoré. Quiconque prétend alors qu'il s'agit d'un acte administratif neutre pense différemment de nos saints. Si la commémoration revêt un tel poids, alors les évêques qui continuent de commémorer un patriarche hérétique portent une responsabilité correspondante. Saint Nicodème l'Hagiorite décrit ce que l'on attend d'eux: Ils sont ces sentinelles qui se tiennent jour et nuit sur les murailles de la Jérusalem spirituelle de la Sainte Église, prêchant la parole du Seigneur et ne gardant pas le silence. Ils sont ces veilleurs et ces tours de garde donnés par le Seigneur au nouvel Israël pour leur révéler les décrets du Seigneur et les détourner de l'erreur et du péché; car s'ils gardent le silence, le sang du peuple sera réclamé de leurs mains. — Saint Nicodème l'Hagiorite Les évêques qui continuent de commémorer un patriarche hérétique sont des sentinelles qui ont abandonné leur poste. Saint Maxime le Confesseur, qui refusa la communion avec les cinq patriarcats durant l'hérésie monothélite, l'articula avec précision. Lorsque le préfet objecta que les pères des conciles œcuméniques avaient maintenu Constantinople dans leurs diptyques, saint Maxime répondit: Quel profit y a-t-il à les commémorer, quand vous rejetez leurs doctrines? — Saint Maxime le Confesseur Commémorer nos saints sans fidélité doctrinale est une forme vide. Voilà pourquoi la cessation de la commémoration est si grave, et pourquoi la question de quand elle est permise est si lourde de conséquences. Quand la cessation de la commémoration est-elle permise? Certains soutiennent que la cessation de la commémoration n'est permise qu'après qu'un synode a formellement condamné l'évêque pour hérésie. Dans l'Orthodoxie, « la proclamation correcte » de la parole de vérité n'est jamais considérée d'avance comme acquise, quel que soit le rang du « Chef » qui est commémoré. Dans une situation où l'intégrité de sa mentalité orthodoxe est en question, nous devons tous prier avec encore plus d'intensité et plus souvent pour lui, au lieu de cesser arbitrairement de le commémorer officiellement, et de devenir ainsi, tragiquement « sans tête ». Sauf bien entendu si le « Chef » en question est déjà connu pour avoir été condamné pour une hérésie concrète par un Synode orthodoxe canonique. — Archevêque Stylianos d'Australie Cette position semble raisonnable. Qui veut être « tragiquement sans tête »? Qui veut agir « arbitrairement »? Pourtant cette position contredit le Canon 15 du Ier-IIe Concile (861 ap. J.-C.). Le Canon traite explicitement des évêques qui « prêchent publiquement l'hérésie » et déclare que ceux qui se séparent de tels évêques avant toute condamnation synodale « n'ont pas condamné des évêques, mais des pseudo-évêques et des pseudo-enseignants ». Le Canon ne dit pas « attendez un synode ». Il dit que ceux qui se séparent d'un évêque prêchant publiquement l'hérésie « non seulement ne sont pas passibles de peine canonique » mais « seront jugés dignes de l'honneur qui convient aux orthodoxes ». Les saints n'ont pas attendu. Saint Hypace de Roufinianès effaça Nestorius des Diptyques trois ans avant que le Troisième Concile œcuménique ne se réunisse pour le condamner. Saint Païssios n'a pas attendu un Concile pour cesser la commémoration du patriarche Athénagoras. Presque toute la Sainte Montagne fit de même. Aucun synode n'avait condamné Athénagoras. Ils ne furent jamais condamnés comme schismatiques pour cette action. La position « attendez un synode » crée un piège de responsabilité: les hiérarques qui seraient responsables de convoquer un tel synode sont souvent ceux qui commettent l'hérésie, ou en communion avec ceux qui le font. Exiger une condamnation synodale avant la cessation de la commémoration à notre époque signifie souvent que la partie hérétique doit se condamner elle-même… ce qui bien sûr a très peu de chances de se produire. Ce serait aussi insensé que d'attendre d'un coupable de meurtre qu'il soit son propre procureur. Peut-on compter sur la conscience des violateurs de la loi (et dans notre cas, de nos Saints Canons) pour donner aux autres tous les moyens et outils nécessaires à leur propre condamnation? Le mot « arbitrairement » dans la formulation de l'archevêque Stylianos est un homme de paille. La cessation arbitraire n'est pas l'objectif. Le Canon 15 spécifie « prêchant publiquement l'hérésie », ce qui est précisément ce que les preuves documentées dans ce livre démontrent de manière accablante. L'Église orthodoxe ukrainienne canonique n'a certainement pas cessé arbitrairement la commémoration du patriarche Cyrille, et pourtant c'est exactement ce qui est sous-entendu. La position selon laquelle les hiérarques ne peuvent être tenus responsables tant qu'un synode ne les a pas condamnés les rend en fait immunisés contre toute responsabilité pour hérésie publique. Cela contredit à la fois le Canon 15 et la pratique des saints glorifiés. Une objection apparentée soutient que seule une élite cléricale peut invoquer le Canon 15. Le métropolite Néophyte de Morphou, par exemple, a argué que la cessation de la commémoration ne devrait être entreprise que par des « théologiens » et des « ascètes » qui « connaissent les limites des canons », et non par les chrétiens orthodoxes ordinaires: Que certains la coupent [la commémoration]: ceux qui sont connus, qui sont théologiens, qui sont ascètes. Parce qu'ils connaissent les limites des canons. Mais ceux qui ne les comprennent pas? Et le peuple ne les comprend pas [les limites]… Que se passe-t-il alors? — Métropolite Néophyte de Morphou Cette position crée une élite cléricale avec une autorité exclusive sur le discernement canonique. Pourtant le Canon 15 ne fait aucune distinction de ce genre, et les clercs qui invoquent le Canon 15 ne remettent pas en question leurs propres qualifications ou leur propre sainteté. Le Canon parle de « ceux qui se séparent » d'un évêque prêchant publiquement l'hérésie; il ne restreint pas cela aux théologiens ou aux moines. Et comme les chapitres suivants le démontreront, les saints eux-mêmes n'ont pas réservé ce devoir à une classe d'élite. Les deux objections, « attendez un synode » et « laissez cela aux experts », partagent une hypothèse commune: qu'un concile ou une classe d'élite détient une autorité exclusive sur la reconnaissance de l'hérésie. Saint Théodore le Studite démantela cette hypothèse en abordant la nature même des conciles: Un concile ne consiste pas simplement en un rassemblement d'évêques et de prêtres, aussi nombreux soient-ils. Car l'Écriture dit qu'un seul accomplissant la volonté du Seigneur vaut mieux que des milliers qui transgressent [Sir. 16, 3]. Un concile a lieu lorsque, au nom du Seigneur, les canons sont rigoureusement examinés et maintenus. Et un concile ne doit pas lier et délier de manière aléatoire, mais selon ce qui paraît conforme à la vérité, au canon et à la règle de la rigueur… Aucune autorité, quelle qu'elle soit, n'a été donnée aux évêques pour quelque transgression que ce soit d'un canon. Ils doivent simplement suivre ce qui a été décrété et adhérer à ceux qui les ont précédés. — Saint Théodore le Studite Un rassemblement d'évêques qui viole les canons n'est pas un synode (concile). Et aucun évêque, quel que soit son rang, n'a l'autorité de transgresser ce que les canons décrètent. Saint Joseph de Petrograd répondit directement à cette objection. Certains affirmaient que les canons ne permettent la séparation que pour une « hérésie condamnée par un concile ». Saint Joseph répondit: Les défenseurs de Serge disent que les canons ne permettent de se séparer d'un évêque que pour une hérésie condamnée par un concile. On peut répondre à cela que les actes du métropolite Serge peuvent être suffisamment placés dans cette catégorie également, si l'on considère une violation aussi flagrante par lui de la liberté et de la dignité de l'Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Mais au-delà de cela, les canons eux-mêmes ne pouvaient pas prévoir beaucoup de choses. Et peut-on contester que c'est encore pire et plus nuisible que toute hérésie lorsqu'on plonge un couteau dans le cœur même de l'Église: Sa liberté et Sa dignité? Qu'est-ce qui est le plus nuisible: un hérétique ou un assassin (de l'Église)? — Saint Joseph de Petrograd Que les Canons ne pouvaient pas prévoir beaucoup de choses est évidemment vrai; si les Canons pouvaient tout prévoir, pourquoi verrions-nous continuellement de nouveaux canons introduits avec le temps? Le métropolite Joseph fut exécuté par les Soviétiques en 1938 et glorifié par l'EORHF en 1981. Son argument est canonique: la trahison de la liberté de l'Église est pire que l'hérésie, parce qu'elle détruit les conditions mêmes dans lesquelles l'Église peut fonctionner. Ceux qui exigent une condamnation synodale préalable avant toute action n'ont aucune réponse à cela. Témoins patristiques de la cessation de la commémoration avant condamnation conciliaire Géronda Éphraïm Géronda Éphraïm d'Arizona et de Philothéou (†2019) était le fils spirituel de saint Joseph l'Hésychaste. Beaucoup en notre temps le louent comme un saint, et ses paroles portent donc un grand poids. Il commenta cette rupture même de communion avec le patriarche Serge, qui va de pair avec la cessation de la commémoration: Cette communion fut brusquement rompue par la capitulation du locum tenens et futur Patriarche [Serge] dans son infâme déclaration, chose totalement inacceptable pour les Évêques en exil, assurant la soumission totale de l'Église au régime athée et ordonnant aux fidèles de montrer une pleine obéissance aux autorités soviétiques et de prier pour elles. À mon avis, cette rupture de communion était justifiée par les Canons, qui prévoient la cessation de toute commémoration du premier Hiérarque d'une Église locale dans le cas où il prêche des enseignements hérétiques; car le marxisme n'est pas seulement un système politique, mais comporte une vision séculière du monde, en fait une hérésie. — Géronda Éphraïm d'Arizona Remarquons qu'il n'a pas besoin d'en appeler à la sainteté de ceux qui invoquent le Canon 15, mais simplement aux motifs énoncés dans le Canon lui-même, qui requiert simplement l'hérésie. Géronda Éphraïm affirme que ceux qui cessèrent la commémoration du patriarche Serge eurent raison de le faire, étant justifiés par les Canons de l'Église. Sur quels motifs? L'hérésie. L'hérésie en question? Le marxisme. Le marxisme a-t-il jamais été formellement condamné par un synode? Non. Pourtant Géronda Éphraïm jugea la cessation justifiée. Cela contredit les prétendues limites de ce canon données par les théologiens et universitaires modernes qui disent que la cessation de la commémoration requiert une condamnation formelle de l'hérésie en question et de la personne en question par un synode. Cette position, selon laquelle la cessation requiert une condamnation synodale préalable, contredit manifestement la tradition patristique, à travers le témoignage de Géronda Éphraïm, de saint Joseph de Petrograd et d'innombrables autres saints. La compréhension de l'hérésie par Géronda Éphraïm, comme les sections suivantes le montreront, s'inscrit dans la tradition patristique. Qu'il soit bien entendu: l'hérésie devrait être condamnée formellement en concile, et un tel concile devrait être convoqué, et serait une grande joie et un rempart pour l'Église pieuse. Cependant, il est manifestement incorrect de dire que l'hérésie n'est une hérésie qu'une fois condamnée en concile. C'est une prémisse complètement innovatrice qui n'a aucun fondement dans le témoignage patristique. Saint Joseph l'Hésychaste a-t-il dit que la commémoration n'est pas un péché? Certains objecteront que le propre ancien de Géronda Éphraïm, saint Joseph l'Hésychaste, enseignait le contraire. Dans My Elder Joseph the Hesychast (Mon ancien Joseph l'Hésychaste) (ch. 269), Géronda Éphraïm rapporte une conversation dans laquelle Papa-Haralambos demanda à saint Joseph si la commémoration du Patriarche était un péché: « Va et commémore-le, et quand tu reviendras, dis-moi ce que tu as ressenti. » Je fis comme il dit, et rarement ai-je reçu autant de grâce pendant la Divine Liturgie qu'à cette occasion! Les larmes coulèrent comme une rivière tout au long de la Liturgie… Quand je revins auprès du Géronda, il dit: « Tu as sûrement été inondé de grâce. » « Oui, Géronda, » dis-je, et je lui racontai ce que j'avais vécu. « Tu vois, mon enfant, que tu ne pèches pas en commémorant le Patriarche, quoi qu'il ait dit ou fait, puisqu'il n'a pas été déposé? » — Saint Joseph l'Hésychaste Ce passage est fréquemment cité comme preuve que la commémoration n'est jamais un péché en l'absence d'une déposition formelle, quoi que le Patriarche enseigne. La citation portait sur un différend spécifique qui n'était pas hérétique. Saint Joseph lui-même, dans le même livre, déclara clairement: La question du calendrier n'affecte pas le salut des fidèles parce que ce n'est pas une question dogmatique. Il peut y avoir des différences entre les Églises locales sur des questions non dogmatiques de nature liturgique ou administrative. Cela ne les prive pas de la grâce de Dieu. — Saint Joseph l'Hésychaste Sa fraternité avait quitté les zélotes à cause d'une question non dogmatique; son conseil à Papa-Haralambos concernait cette même question non dogmatique. Le Patriarche n'avait pas commis d'hérésie; par conséquent le commémorer n'était pas un péché. L'interprétation autorisée vient de l'homme même qui rapporta la citation. Géronda Éphraïm, comme montré plus haut, affirma que la cessation envers le patriarche Serge était « justifiée par les Canons » pour cause d'hérésie, sans aucune déposition. Il ne voyait aucune contradiction entre le conseil de son ancien et le cadre du Canon 15, parce qu'il n'y en a aucune: le conseil portait sur un différend non hérétique; la cessation est pour l'hérésie. Les descendants spirituels de Joseph confirment cette lecture. The Orthodox Word (vol. 3, n° 1, 1967) documente que le monastère de la Sainte-Transfiguration de Boston, qui suivait « le saint Ancien Joseph de Nea Skete », commémorait initialement le Patriarche œcuménique selon le Typikon athonite. Après que le patriarche Athénagoras rencontra le pape Paul VI à Jérusalem en 1963: Depuis lors, la commémoration du Patriarche, dont les autres actions uniatistes ont également causé une grande agitation dans le monde orthodoxe, fut omise, comme elle le fut aussi sur la Sainte Montagne par la plupart des monastères, y compris Saint-Paul, auquel le monastère de la Sainte-Transfiguration appartient. — The Orthodox Word Le monastère de Saint-Paul: le lieu même où Papa-Haralambos avait servi et reçu la grâce. Quand la question passa d'un différend non dogmatique à l'œcuménisme avec Rome, les propres descendants spirituels de Joseph tracèrent la ligne. La citation, lue honnêtement, soutient le cadre du Canon 15 plutôt qu'elle ne le mine. Elle établit qu'un différend non hérétique ne justifie pas la cessation. Elle ne dit rien sur l'hérésie, parce que l'hérésie n'était pas en cause. Saint Athanase le Grand Ce schéma de séparation fidèle de l'hérésie remonte aux premiers siècles de l'Église. Lorsque saint Athanase affronta la crise arienne au IVe siècle, la grande majorité des évêques avaient embrassé ou composé avec l'hérésie. Les empereurs soutenaient Arius. Des synodes furent convoqués qui condamnèrent Athanase et justifièrent les hérétiques. La plus grande partie de la hiérarchie de l'Église était tombée. Pourtant saint Athanase refusa de communier avec les évêques hérétiques. Il fut persécuté, exilé cinq fois, traqué et calomnié. Pendant des décennies, l'Église institutionnelle sembla être contre lui. Mais saint Athanase s'en tint au dépôt de la foi. Il savait que la foi est plus grande que tout hiérarque, plus grande que tout empereur, plus grande même que tout synode contredisant l'enseignement apostolique. Saint Grégoire le Théologien le qualifia de « Pilier de l'Église » (Discours 21), et un épithète latin ultérieur saisit parfaitement son combat: Athanasius contra mundum, Athanase contre le monde. L'Église le justifia. Ceux qui communièrent avec les évêques ariens, même lorsque ces évêques détenaient une autorité institutionnelle légitime, étaient dans l'erreur. Ceux qui refusèrent, même lorsque cela signifiait l'isolement et la persécution, préservèrent la foi. Saint Athanase n'attendit pas la permission d'un concile pour refuser la communion avec les évêques ariens. Il agit, fut persécuté pendant des décennies, et ce n'est qu'ensuite que le Deuxième Concile œcuménique (381 ap. J.-C.) confirma ce qu'il avait confessé depuis le début. Le concile ne créa pas l'Orthodoxie; il reconnut ce qui était déjà vrai. C'est le schéma constant: nos conciles justifient les départs des hérétiques après coup, non avant. Comment est-il alors sensé d'exiger un concile avant de pouvoir identifier l'hérésie et les hérétiques? Un cas supplémentaire de la même époque illustre davantage le principe. Saint Alexandre de Constantinople Théodoret de Cyr rapporte qu'en 336, les eusébiens exercèrent des pressions sur saint Alexandre, évêque de Constantinople, pour qu'il reçoive Arius dans la communion eucharistique. L'empereur avait convoqué Arius et accepté sa profession de foi; les eusébiens menacèrent de forcer son accueil dans l'église le lendemain. Alexandre refusa: Le bienheureux Alexandre, évêque de Constantinople, s'opposa à eux, disant que l'inventeur de l'hérésie ne devait pas être reçu dans la communion. — Théodoret de Cyr Face à la menace qu'Arius serait admis de force dans la communion le lendemain même, Alexandre entra dans l'église, se prosterna devant l'autel et pria: Si Arius doit être assemblé demain, libère-moi, ton serviteur, et ne détruis pas le pieux avec l'impie. Mais si tu épargnes ton Église… éloigne Arius, de peur que lorsqu'il entre dans l'église, l'hérésie ne semble entrer avec lui, et que désormais l'impiété ne soit considérée comme piété. — Théodoret de Cyr La prière d'Alexandre fut exaucée. Arius mourut ce jour même avant d'être reçu dans la communion. L'église célébra la Liturgie le lendemain matin « dans la piété et l'Orthodoxie ». Le principe qu'Alexandre articula est exactement la préoccupation qui gouverne la cessation de la commémoration: recevoir un hérétique dans la communion affecte toute l'Église. Cela fait « sembler que l'hérésie entre » avec lui. L'impiété est « considérée comme piété ». C'est ce qui se produit lorsque des hiérarques orthodoxes communient avec ceux qui enseignent contrairement à la foi: la frontière entre la vérité et l'erreur est effacée dans l'esprit des fidèles. Saint Basile le Grand confirme l'inverse: quand l'hérésie entre, le gardien de l'Église s'en va avec les fidèles qui la refusent. Saint Basile assura ceux qui s'étaient séparés que « l'ange qui veille sur l'Église » s'en alla avec eux (Ép. 238), comme examiné plus en détail dans Chapitre 26: Pourquoi la communion avec l'hérésie exige la séparation. Saint Théodore le Studite tira le corollaire: l'ange qui surveille tout ce qui se passe dans l'église s'en va, et le temple devient une simple maison (cf. Mt 23, 38, « Voici, votre maison vous est laissée déserte »). L'ange ne reste pas avec les murs. L'ange suit les fidèles dans leur départ. Saint Hypace de Roufinianès Un siècle plus tard, nous trouvons le même témoignage au Ve siècle avec saint Hypace, higoumène du monastère de Roufinianès à Chalcédoine. En 428, Nestorius, l'hérésiaque qui niait le titre de Théotokos (Mère de Dieu) à la Vierge Marie, devint patriarche de Constantinople. Lorsque son prêtre Anastase prêcha du haut de la chaire de Sainte-Sophie que la Théotokos devrait être appelée « Christotokos » et non « Théotokos », Nestorius ne le corrigea pas. Les fidèles considérèrent le silence de Nestorius comme un accord avec cette vue hérétique, ce qui était effectivement le cas. Saint Hypace effaça immédiatement le nom de Nestorius des Diptyques de l'Église pour qu'il ne soit plus commémoré. Lorsque l'évêque Eulalios lui reprocha cette action, le zélé ancien répondit: Depuis que j'ai appris qu'il profère des choses injustes sur mon Seigneur, je ne suis pas en communion avec lui et je n'exalte pas son nom, car cet homme n'est pas un évêque. — Callinique Et lorsque l'évêque Eulalios le menaça à nouveau, saint Hypace répondit avec fermeté et un esprit de martyre: Fais ce que tu veux, car j'ai pris la résolution de tout souffrir, et c'est ainsi que j'ai fait cela. — Callinique Où est le synode « nécessaire » de ses partisans dans cet exemple susmentionné? Aucun concile ne s'était encore réuni pour condamner Nestorius. Le Troisième Concile œcuménique à Éphèse ne se réunirait qu'en 431, trois ans plus tard. Pourtant saint Hypace agit sans attendre aucun synode, et il fut justifié. Il est maintenant glorifié comme un saint, tandis que Nestorius est anathématisé. Tous ceux qui cherchent à prétendre que des synodes sont nécessaires pour cesser la commémoration insultent les saints eux-mêmes qui ont cessé la commémoration, puis, sans vergogne et sans argument, jugent ceux qui cessent la commémoration conformément à nos saints comme étant orgueilleux et « se prenant pour des saints ». Cette ligne d'argumentation sera pleinement traitée dans Chapitre 27: « Tu n'es pas un saint »: « Tu n'es pas un saint ». Saint Maxime le Confesseur Saint Maxime le Confesseur (†662) rompit la communion avec les cinq patriarcats lorsqu'ils embrassèrent l'hérésie monothélite. Le Sixième Concile œcuménique ne condamnerait cette hérésie qu'en 681, près de vingt ans après sa mort. Aucun concile n'autorisa sa séparation, et il n'était pas même un clerc, mais simplement un moine. L'étendue de sa séparation est essentielle à comprendre. Le Synaxaire rapporte que ses interrogateurs exigèrent qu'il explique pourquoi il s'était séparé « non seulement du patriarche de Constantinople, mais aussi des patriarcats d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem », notant que « toutes ces Églises et les provinces sous leur autorité sont en concorde » (Synaxaristes, janvier, p. 837). Saint Maxime ne se sépara pas uniquement du patriarche de Constantinople, qui était la source première de l'hérésie. Il se sépara de chaque évêque et de chaque province en communion avec ce patriarche. Lorsque l'évêque Théodose de Césarée de Bithynie, évêque suffragant sous Constantinople, vint négocier au nom du patriarche Pierre, Maxime ne communia pas non plus avec lui, bien que Théodose ne fût pas lui-même un hérésiaque. La chaîne de communion, selon saint Maxime, signifiait que la communion avec le patriarche hérétique rendait tous ceux qui lui étaient soumis complices. Lorsque ces interrogateurs insistèrent pour qu'il « entre immédiatement en communion », saint Maxime répondit: Sur quelle base toutes les Églises sont-elles entrées en communion? Si c'est sur un fondement de vérité, comme celui professé par le bienheureux Pierre, je ne souhaite pas en être séparé. — Saint Maxime le Confesseur La communion n'a de valeur que si elle repose sur la vérité. Lorsque la vérité est absente, la communion devient une transgression: Tant que le scandale de l'hérésie persiste dans l'Église de Constantinople et que ses évêques sont des mécréants, je n'entrerai pas en communion avec elle. Ce serait une transgression. — Saint Maxime le Confesseur Lorsqu'on le pressa davantage, il énonça les motifs doctrinaux de son refus: Je ne peux entrer en communion avec le trône de Constantinople, car les dirigeants de ce patriarcat ont rejeté les résolutions des quatre conciles œcuméniques. À la place, comme règle, ils ont accepté les Neuf Chapitres alexandrins. Par la suite, ils ont accepté l'Ekthèse du patriarche Serge, puis le Typos, qui rejette tout ce qui fut proclamé dans l'Ekthèse, s'excommuniant eux-mêmes de multiples façons. Outre le fait de s'être excommuniés eux-mêmes, ils ont été déposés et privés du sacerdoce au Concile du Latran tenu à Rome. Quels Mystères de telles personnes peuvent-elles célébrer? Quel esprit descend sur ce qu'elles célèbrent ou sur ceux qu'elles ordonnent? — Saint Maxime le Confesseur « Quels Mystères de telles personnes peuvent-elles célébrer? » Saint Maxime n'établit jamais une hiérarchie parallèle comme le font les Vieux-Calendaristes. Il était, comme il le disait lui-même, « un simple moine ». Pourtant il se dressa contre l'ensemble de l'Église institutionnelle et fut torturé pour sa confession: on lui coupa la langue et on lui trancha la main droite. Il mourut en exil en 662. Le Sixième Concile œcuménique le justifia en 681. La chaîne de communion est davantage illustrée par un épisode remarquable à Bizye. Après que saint Maxime eut réfuté la position monothélite si complètement que l'évêque Théodose et les deux consuls furent poussés à la contrition, Théodose confessa personnellement l'Orthodoxie: « Comme les Pères confessent, ainsi je confesse aussi. » Il mit sa confession par écrit. Puis il pressa saint Maxime: « Communie avec nous et qu'il y ait union. » Saint Maxime refusa: Je n'ose recevoir ton document concernant une telle matière. Je ne suis qu'un simple moine. Mais si Dieu a donné la componction à ton cœur, de sorte que tu as reçu les paroles des saints Pères, tu devrais envoyer, comme les canons l'exigent, cette confession écrite au Pape de Rome, à l'empereur et au patriarche. Car je ne peux communier tant que ces choses n'ont pas eu lieu. — Saint Maxime le Confesseur Il y a ici un point absolument essentiel à comprendre. Théodose était personnellement orthodoxe. Il venait de confesser la foi correcte par écrit. Pourtant saint Maxime ne communia pas avec Théodose, parce que Théodose restait institutionnellement lié au patriarche hérétique. Il ne communia pas avec lui à cause des hérétiques avec lesquels Théodose était en communion. Jusqu'à ce que la confession parvienne au patriarche et au pape, jusqu'à ce que l'hérésie institutionnelle soit corrigée, la communion restait impossible. C'est le précédent patristique expliquant pourquoi l'on ne peut pas dire « Mon prêtre est parfaitement orthodoxe » quand ce prêtre reste en communion avec un patriarche hérétique. Saint Théodore le Studite articulerait le principe explicitement des siècles plus tard: « Les prêtres ne devraient pas seulement ne pas commémorer les noms des hérétiques… mais pas même ceux qui sont en communion avec eux » (Ép. 49). Saint Maxime vécut ce principe avant que saint Théodore ne le mette par écrit: la séparation s'étend non seulement à ceux qui sont dans l'hérésie, mais à ceux qui sont en communion avec eux. Lorsqu'on l'accusa de causer la division, saint Maxime fut confronté directement: Toi seul, ô Père, as causé la consternation. À cause de toi, nombreux sont ceux qui refusent la communion avec l'Église de Constantinople. — Les interrogateurs de saint Maxime le Confesseur Saint Maxime répondit: Qui est capable de prouver que j'ai ordonné à quiconque de ne pas avoir de communion avec l'Église constantinopolitaine? — Saint Maxime le Confesseur Il n'ordonna à personne de se séparer. D'autres se séparèrent parce qu'ils reconnurent la vérité qu'il confessait. L'accusation de « causer la division » fut portée contre saint Maxime au VIIe siècle exactement comme elle est portée aujourd'hui contre quiconque cesse la commémoration sans forcer ni ordonner à quiconque d'autre d'en faire autant. Par la suite, lorsque saint Maxime fut accusé d'anathématiser l'empereur en anathématisant le Typos, saint Maxime établit la distinction qui gouverne toute cette discussion: Je n'ai pas anathématisé l'empereur. J'ai anathématisé le document qui est étranger à la Foi orthodoxe de l'Église. — Saint Maxime le Confesseur C'est l'hérésie qui est condamnée, non la personne. Voilà ce que signifie la cessation de la commémoration: non pas un jugement sur l'âme du patriarche, mais un refus d'être en communion avec ses enseignements hérétiques. Le métropolite Cyrille de Kazan: Rompre la communion sans déclarer l'absence de grâce Le traitement ecclésiologique le plus approfondi de la cessation de la commémoration vient du métropolite Cyrille (Smirnov) de Kazan (1863-1937). Il était le hiérarque le plus autorisé de l'Église russe après la mort du patriarche Tikhon, choisi par le patriarche Tikhon comme premier des trois candidats au poste de Locum Tenens (gardien temporaire du trône patriarcal), et secrètement élu par 72 évêques libres en 1926 pour être le nouveau patriarche. Ses épîtres, écrites depuis l'exil en 1929, fournissent le cadre patristique définitif pour comprendre ce que la cessation de la commémoration signifie et ne signifie pas. Le métropolite Cyrille rompit la communion avec le métropolite Serge non pour le déclarer sans grâce, mais comme une forme de correction fraternelle: Je ne me sépare de rien de saint, de rien de ce qui appartient authentiquement à l'Église. Je crains seulement de m'approcher et de m'attacher à ce que je reconnais comme pécheur dans son origine, et c'est pourquoi je m'abstiens de la communion fraternelle avec le métropolite Serge et les Archipasteurs qui partagent ses vues, puisque je n'ai pas d'autre moyen d'accuser un frère pécheur. — Métropolite Cyrille de Kazan Notons qu'il reconnaît la rupture de communion comme une forme de correction fraternelle, non comme une déclaration que l'autre partie a cessé d'être chrétienne ou est sans grâce, comme le croient les schismatiques vieux-calendaristes égarés (GOC, TOC). Le métropolite Cyrille rejeta explicitement l'idée que les sacrements sergianistes seraient par là même invalides: En m'abstenant ainsi, pour ma part, je n'affirme ni ne soupçonne en rien un quelconque défaut de grâce dans les actions sacrées et les Mystères célébrés par les Sergianistes (que le Seigneur Dieu nous préserve tous d'une telle pensée!), mais je souligne seulement mon refus et ma non-volonté de participer aux péchés d'autrui. — Métropolite Cyrille de Kazan On peut rompre la communion pour péché administratif, apostasie morale ou trahison de la liberté de l'Église sans pour autant déclarer les sacrements de la partie offensante « sans grâce ». Les deux questions sont distinctes. Toute accommodation pastorale que le métropolite Cyrille offrit aux laïcs isolés sans alternative orthodoxe repose sur cette même prémisse: puisqu'il tenait les Mystères sergianistes pour valides, la question du laïc était pastorale plutôt que sacramentelle; cette prémisse ne s'applique pas aux situations où les Pères enseignent que la commémoration d'un évêque hérétique souille le Mystère lui-même. Le métropolite Cyrille répondit également à ceux qui arguent que l'« obéissance canonique » exige de suivre les hiérarques quelles que soient leurs actions: La discipline ecclésiastique n'est capable de préserver son efficacité que tant qu'elle est un reflet véritable de la conscience hiérarchique de l'Église Catholique; et la discipline ne peut jamais en elle-même remplacer cette conscience. Dès qu'elle produit ses exigences non par la force des indications de cette conscience, mais par des impulsions étrangères à l'Église et insincères, la conscience hiérarchique individuelle se tiendra immanquablement du côté du principe catholique-hiérarchique de l'existence de l'Église, ce qui n'est pas du tout la même chose que l'unité extérieure à tout prix. — Métropolite Cyrille de Kazan Quand la discipline sert des « impulsions étrangères à l'Église », la conscience individuelle doit se ranger du côté du principe orthodoxe catholique (universel), même au prix de l'unité extérieure. Comment le métropolite Serge répondit-il à cette correction fraternelle? Non par la repentance, mais en déclarant les non-Sergianistes « sans grâce ». Le 24 juillet/6 août 1929, lui et son Synode déclarèrent que les Mystères de ceux qui s'étaient séparés étaient « invalides » et les comparèrent aux Rénovationistes ouvertement schismatiques (une structure ecclésiale parallèle créée par les Soviétiques). Le métropolite Cyrille qualifia cela de « blasphème ». Lorsque Serge accusa Cyrille de « schisme », Cyrille répondit que cela reflétait l'erreur fondamentale de Serge: Cela procède, bien sûr, du fait que vous et le Synode comprenez une attitude négative envers votre activité dans l'administration ecclésiastique comme un déni de l'Église Elle-même, de Ses Mystères et de toutes Ses choses saintes. — Métropolite Cyrille de Kazan C'est précisément l'erreur des défenseurs du patriarche Cyrille aujourd'hui: ils traitent la critique de la théologie de guerre de Cyrille comme une attaque contre l'Église, alors qu'en réalité c'est une défense de l'Église contre la trahison d'un seul hiérarque. Le cadre du métropolite Cyrille résout le faux dilemme que présentent les défenseurs du patriarche Cyrille: « Soit vous êtes en communion avec Cyrille, soit vous déclarez le Patriarcat de Moscou sans grâce. » Le métropolite Cyrille montre une troisième voie: la rupture de communion comme correction fraternelle, sans se prononcer sur la question ultime de la grâce. C'est exactement la position du métropolite Onuphre et de l'Église orthodoxe ukrainienne lorsqu'ils cessèrent de commémorer le patriarche Cyrille en mai 2022 (examiné en détail dans Chapitre 29: L'ÉOU cesse la commémoration: L'Église orthodoxe ukrainienne cesse la commémoration). Le saint hiéroconfesseur Pierre de Voronej: Un saint canonisé qui refusa Serge L'évêque Pierre (Zverev) de Nijni Novgorod (1878-1929) apporte un autre témoignage de cette même période. Il fut arrêté à de multiples reprises pour sa foi et finalement martyrisé. Lorsque les autorités soviétiques l'interrogèrent sur son refus de reconnaître le métropolite Serge, il donna cette réponse: « Pourquoi ne reconnaissez-vous pas le métropolite Serge et pourquoi ouvrez-vous une église illégalement? » J'ai répondu: « Je ne peux reconnaître le métropolite Serge parce qu'il a été un rénovationiste et selon nos saints canons il a illégalement pris la place du Locum Tenens du patriarche. » — Saint hiéroconfesseur Pierre de Voronej Notons le raisonnement de l'évêque Pierre: il fait appel à « nos saints canons ». Son raisonnement est strictement canonique: Serge avait été rénovationiste, et sa prise d'autorité était canoniquement invalide. L'évêque Pierre rapporta aussi comment les fidèles pleurèrent en lisant le mensonge de Serge selon lequel « personne n'était exilé ni arrêté pour activité ecclésiale ». L'évêque Pierre fut martyrisé en 1929 et est maintenant glorifié comme un saint. Nous avons ainsi cinq cas historiques couvrant dix-sept siècles, où des hommes saints cessèrent la commémoration avant qu'aucun concile ne se prononce: saint Hypace avec Nestorius, saint Maxime le Confesseur avec les cinq patriarcats, les Nouveaux Martyrs russes avec Serge, le métropolite Cyrille fournissant le cadre ecclésiologique, et le saint hiéroconfesseur Pierre de Voronej citant explicitement des motifs canoniques. Tous furent justifiés par l'Église. C'est le modèle patristique. Chapitre 25: De l'hérésie, des synodes et de la foi droite examine en détail pourquoi les conciles confirment ce que les fidèles reconnaissent déjà; Chapitre 30: La critique juste n'est pas un pont vers le schisme distingue cette action diagnostique des prétentions juridiques du Vieux-Calendarisme. La cessation de la commémoration est valide selon les canons et l'Église. Selon nos saints, elle ne requiert pas de concile pour condamner la manifestation particulière de l'hérésie ni pour condamner la personne qui l'enseigne. Tout ce qui importe est que l'évêque ou le hiérarque ait enseigné l'hérésie ouvertement « en public » et qu'il ait été corrigé et qu'on lui ait donné suffisamment l'occasion de revenir sur ses positions. Saint Marc d'Éphèse: Aucune autorité ne peut supplanter la foi Le Pilier de l'Orthodoxie, saint Marc d'Éphèse, qui seul refusa de signer la fausse Union de Florence, articula le principe qui gouverne toutes ces situations: Que personne ne domine notre foi: ni l'empereur, ni un hiérarque, ni un faux concile, ni quiconque d'autre, mais seulement le seul Dieu, qui Lui-même et par Ses Disciples nous l'a transmise. — Saint Marc d'Éphèse Aucun empereur. Aucun hiérarque. Aucun faux concile. Et bien sûr, cela s'applique aussi à tout patriarche. Saint Marc comprenait ce que les orthodoxes modernes oublient souvent: la position hiérarchique ne confère pas le droit d'innover. Un patriarche qui enseigne contrairement à ce que Dieu « nous a transmis » par les Apôtres et les Pères n'a aucun droit à l'obéissance dans cet enseignement. Commentant l'avertissement de l'Apôtre Paul selon lequel même « un ange venu du ciel » est sujet à l'anathème s'il prêche un faux évangile (Gal. 1, 8), saint Marc ajoute: « Personne ne peut invoquer pour se justifier un rang particulièrement élevé » (The Great Synaxaristes of the Orthodox Church, trad. Holy Apostles Convent, vol. 1 (janvier), p. 771). Le rang ne sanctifie pas l'erreur. Saint Marc témoigna aussi de ce que la séparation d'avec l'erreur accomplit réellement: Je suis absolument convaincu que plus je me tiens éloigné de lui et de ceux qui lui ressemblent, plus je suis proche de Dieu et de tous les saints; et dans la mesure où je me sépare d'eux, je suis en union avec la Vérité et avec les Saints Pères, les Théologiens de l'Église. — Saint Marc d'Éphèse La séparation d'avec l'erreur est un gain. Plus on se tient éloigné de ceux qui compromettent la foi, plus on se tient proche de Dieu, des saints, de la vérité elle-même. Le prix de ce gain fut sévère. Après avoir refusé de signer le décret d'union, saint Marc retourna à Constantinople, où les fidèles l'accueillirent comme un héros de la foi. L'empereur, cherchant à le rallier au camp unioniste, proposa de le faire patriarche de Constantinople. Il déclina et quitta la capitale. Son projet était de fuir au Mont Athos, mais il fut reconnu au port de Lemnos et arrêté par les soldats de l'empereur, qui le placèrent en résidence surveillée. Il fut gardé virtuellement prisonnier sur l'île pendant deux ans, après quoi il fut autorisé à retourner à Constantinople, bien qu'il ne fût pas autorisé à célébrer la Divine Liturgie. Saint Marc avait rompu la communion avec le patriarche unioniste Métrophane II après le Concile de Florence; sur son lit de mort, il réitéra cette rupture, l'étendant au-delà de la mort, et désigna Gennade Scholarios comme nouveau chef du parti orthodoxe. Il mourut le 23 juin 1445. Saint Marc se vit ainsi offrir la plus haute charge ecclésiale comme pot-de-vin pour sa soumission, il refusa; persécuté par l'État pour son refus, il endura; interdit de célébrer la Liturgie, il ne se rétracta pas; et dans son dernier souffle, il rompit la communion avec le patriarche qui avait embrassé la fausse union. C'est le témoignage d'un saint sur son lit de mort, n'ayant plus rien à prouver et l'éternité devant lui. Lorsqu'on montra au pape Eugène l'Acte d'Union signé par tous les délégués grecs à Florence, il chercha un nom, celui de saint Marc d'Éphèse. Ne trouvant pas la signature de saint Marc, il dit: « Ainsi, nous n'avons rien accompli. » Le refus d'un seul homme, fondé sur la foi des Pères, rendit le synode tout entier insignifiant. Ainsi, non seulement on peut agir avant un synode, mais un synode en lui-même ne porte même pas d'autorité tant qu'il n'est pas embrassé par le plérôme des fidèles. C'est pourquoi l'Église a eu de nombreux synodes qu'elle n'a résolument pas reconnus, les qualifiant de « synodes de brigands ». L'évêque Victor de Glazov: La communion comme reniement du Christ L'évêque Victor de Glazov (1875-1934) fut le premier hiérarque à rompre avec le métropolite Serge après la Déclaration de 1927. Son troupeau le suivit dans la séparation, ce qui conduisit à son arrestation et à son incarcération dans le camp de concentration des Solovki. De cette période de confession, l'évêque Victor laissa la déclaration théologique suivante: Mais s'il n'en est pas ainsi, alors gardons-nous de la communion avec eux, sachant que la communion avec ceux qui sont tombés est notre propre reniement du Christ Seigneur. — Évêque Victor de Glazov L'évêque Victor identifie la communion maintenue avec ceux qui sont tombés comme « notre propre reniement du Christ Seigneur ». Les enjeux ne pourraient être plus élevés: lorsque nous communions avec les ennemis du Christ, nous participons au reniement du Christ Lui-même. Ce même évêque Victor enseigna aussi que l'on doit confesser la vérité même contre les hiérarques qui s'y opposent: Mes amis, si nous croyons véritablement que hors de l'Église orthodoxe l'homme n'a pas de salut, alors lorsque sa vérité est pervertie nous ne pouvons rester ses adorateurs indifférents dans l'obscurité, mais nous devons confesser devant tous la vérité de l'Église. Et si d'autres, même en multitude innombrable, même des hiérarques en chef, restent indifférents et peuvent même utiliser leurs interdictions contre nous, il n'y a rien d'étonnant à cela. — Évêque Victor de Glazov « Même des hiérarques en chef » peuvent utiliser des interdictions contre ceux qui confessent la vérité. « Il n'y a rien d'étonnant à cela. » L'évêque Victor n'imaginait pas que le consensus hiérarchique équivale à la vérité. Il comprenait que la majorité peut errer, et que la conscience individuelle doit se ranger du côté de l'enseignement immuable de l'Église, même contre la pression ecclésiastique. Cette même pression ecclésiastique a persécuté nombre de nos saints, comme peut clairement le constater quiconque lit régulièrement les Vies de nos saints orthodoxes (ce que tous les chrétiens orthodoxes sont appelés à faire sans relâche, bien que peu le fassent). Le saint néomartyr évêque Damascène (Tsedrik) de Starodub, qui résista à la capitulation du métropolite Serge et fut arrêté et exilé pour sa désobéissance, envoya des épîtres de consolation à son troupeau persécuté. Ses paroles s'adressent directement à ceux qui aujourd'hui se sentent en minorité face au consensus institutionnel: Doit-on reculer devant l'attaque de l'athéisme militant? Que cela ne soit pas! Aussi peu nombreux que nous puissions être, toute la puissance des promesses du Christ concernant l'invincibilité de l'Église reste avec nous. Avec nous est le Christ, le Vainqueur de la mort et de l'enfer. L'histoire du christianisme nous montre que, dans toutes les périodes où des tentations et des hérésies ont agité l'Église, les porteurs de la Vérité ecclésiale et ceux qui l'exprimaient étaient peu nombreux, mais ces quelques-uns, par le feu de leur foi et leur zèle ferme dans la Vérité, ont graduellement enflammé tous les autres… La même chose arrivera maintenant si nous, ces quelques-uns, accomplissons notre devoir envers le Christ et Son Église jusqu'au bout. La confession intrépide de la foi et de son espérance et une fermeté inébranlable dans les lois de l'Église sont la réfutation la plus convaincante de la déviation sergianiste et sont un obstacle invincible aux forces hostiles dirigées contre l'Église. Ne crains point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume (Lc 12, 32). — Saint néomartyr évêque Damascène (Tsedrik) de Starodub (†1937) « Les porteurs de la Vérité ecclésiale et ceux qui l'exprimaient étaient peu nombreux. » C'est la condition perpétuelle de l'Orthodoxie sous la persécution. Ceux qui exigent une majorité synodale avant de confesser la vérité ont inversé l'histoire entière de l'Église. Les saints furent toujours la minorité. Les conciles qui condamnèrent les hérésies se réunirent souvent contre la volonté de la majorité des évêques. L'évêque Damascène le savait parce qu'il le vivait: il choisit l'exil et la mort plutôt que le confort de la conformité institutionnelle. L'Épître des Catacombes de 1962: Retourner l'accusation La réponse la plus dévastatrice à l'objection « attendez un synode » vient de l'intérieur de l'Union soviétique elle-même. En 1962, pendant la persécution de Khrouchtchev, un membre de l'Église des Catacombes écrivit une épître abordant cet argument exact. Lev Regelson, qui la publia le premier, identifie l'auteur comme « l'une des personnes spirituellement autorisées de l'Église des Catacombes ». L'épître commence par énoncer l'objection et l'accusation qui leur sont portées: « Mais n'avez-vous pas violé les canons de l'Église qui interdisent au clergé de cesser la communion avec leurs métropolites et évêques avant un jugement conciliaire? » C'est un argument qui semble très pesant. Mais examinons-le. — Épître des Catacombes de 1962 Plutôt que de répondre à l'accusation fallacieuse, l'épître pose ensuite une question bien plus appropriée: Et d'abord demandons-nous: Avons-nous des conciles périodiques (une fois par an et une fois tous les trois ans) où nous pourrions faire appel? Après tout, selon les canons, ces conciles sont une institution ecclésiale obligatoire. Il s'avère que nos accusateurs sont les premiers violateurs des canons, et ils nous contraignent aussi à ne pas les observer. — Épître des Catacombes de 1962 Et ensuite la conclusion: Après tout, on ne peut nous accuser de « nous séparer avant un concile », si ces conciles en général ne sont même pas convoqués! — Épître des Catacombes de 1962 L'épître va plus loin, répondant à l'objection que des conciles ont été tenus: On dira: « Pendant les vingt dernières années il y a eu des conciles et des conférences. » Mais de quelle nature? C'étaient des conférences de « béni-oui-oui » qui apposaient docilement le tampon sur les ordres, d'abord de Karpov puis de Kouroïedov. Et après tout, les canons interdisent toute sorte de pression de l'autorité civile sur les membres d'un concile, et tous les décrets d'évêques qui ont été contraints par une telle pression sont déclarés invalides. — Épître des Catacombes de 1962 Cet argument s'applique directement à la situation du patriarche Cyrille. Où est le concile libre qui pourrait examiner son œcuménisme et sa théologie de guerre? Les conférences panorthodoxes qui se tiennent sont soumises à des pressions diplomatiques. Tout synode qui pourrait examiner les actions de Cyrille est soit sous son contrôle (le synode du PM), soit entravé par des considérations politiques. Ainsi, ceux qui exigent effrontément « attendez un concile » ne convoquent curieusement même pas de tels conciles, et les conciles qu'ils convoquent sont compromis. Les fidèles des Catacombes, écrivant de l'intérieur de la persécution, n'étaient pas ceux qui violaient les canons en se séparant. Ceux qui exigeaient des conditions impossibles tout en refusant de créer les institutions mêmes que les canons requièrent étaient les véritables transgresseurs. Témoin de première main: Le professeur Andreïev et l'Église des Catacombes Le professeur Ivan Andreïev, membre de l'Église des Catacombes de 1927 à 1944, qui assista à des consécrations secrètes au camp de concentration des Solovki, témoigna de ce que les fidèles des Catacombes croyaient: Il vaut mieux ne se rendre dans aucune église quelle qu'elle soit et ne pas communier du tout que d'être impliqué dans une église de malfaiteurs. — Professeur Ivan Andreïev Andreïev rapporte que ceux qui suivirent ce chemin « furent persécutés par les prêtres soviétiques qui les appelaient "schismatiques" et "sectaires" ». Le modèle est inchangé: ceux qui refusèrent la communion avec une hiérarchie compromise furent appelés « schismatiques » alors, tout comme les orthodoxes fidèles qui remettent en question le patriarche Cyrille, refusèrent de le commémorer, ou refusent de se rendre dans les églises où il est commémoré, sont appelés « schismatiques » aujourd'hui. Vladimir Kara-Mourza, un chrétien orthodoxe condamné à vingt-cinq ans de prison pour avoir documenté la guerre que Cyrille a bénie, décrivit le même dilemme auquel font face les fidèles en Russie: Il y a beaucoup de gens… qui ne peuvent pas aller et participer à une liturgie où le patriarche est l'objet de prières, le même patriarche qui bénit cette guerre criminelle d'agression. Ils ne peuvent pas aller à une liturgie où cette soi-disant prière pour la victoire est prononcée. — Vladimir Kara-Mourza Les chrétiens des Catacombes disaient qu'il valait mieux « ne se rendre dans aucune église quelle qu'elle soit » que d'être impliqué dans une église de malfaiteurs. Les fidèles orthodoxes en Russie aujourd'hui font face au même choix. Saint Jean de Shanghai: Refuser de rencontrer un évêque aligné sur les Soviétiques Saint Jean de Shanghai et San Francisco, maintenant glorifié comme un saint, démontra ce principe. Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux émigrés russes à Shanghai prirent des passeports soviétiques, se plaçant sous l'autorité soviétique et par conséquent sous le Patriarcat de Moscou, qui avait capitulé devant l'État soviétique par la Déclaration de Serge. L'archevêque Victor de la Mission de Pékin fut parmi ceux qui acceptèrent un passeport soviétique. Le protoprêtre Élie Wen raconte ce qui se passa ensuite: Vladika Jean rassembla tout le clergé et annonça qu'il ne rencontrerait pas Vladika Victor. Nous le soutînmes en cela. Quand l'archevêque Victor arriva à Shanghai depuis Pékin, huit jeunes du Komsomol l'accompagnèrent tandis qu'il marchait vers la cathédrale… Le lendemain, il advint que je dus rencontrer l'archevêque Victor. Il nous appela « Johannites ». « Oui, et savez-vous pourquoi nous sommes partisans de Vladika Jean? » lui demandai-je… « Vous êtes maintenant un citoyen soviétique, et il est impossible d'avoir une quelconque interaction avec vous. » — Protoprêtre Élie Wen « Il est impossible d'avoir une quelconque interaction avec vous. » Non pas un désaccord privé tout en maintenant la communion publique. Non pas une attente qu'un synode statue. Un saint, agissant par principe, refusant de rencontrer un hiérarque qui s'était aligné sur une autorité impie. Saint Jean Maximovitch (de Shanghai et San Francisco) comprenait ce modèle comme faisant partie d'une réalité spirituelle plus large. Dans son enseignement sur l'Antéchrist, il décrivit comment le pouvoir temporel offrirait à l'Église la permission de fonctionner en échange de sa soumission: Il laissera l'Église fonctionner, et lui permettra de tenir les offices divins, il promettra de bâtir de magnifiques temples: à condition qu'il soit reconnu comme l'« Être Suprême » et qu'il soit adoré… Il y aura une apostasie de masse de la foi; même de nombreux évêques trahiront la foi, se justifiant en pointant la position splendide de l'Église. Une recherche de compromis sera la disposition caractéristique des hommes. La franchise de la confession s'évanouira. Les hommes justifieront habilement leur chute, et un mal séduisant soutiendra une telle disposition générale. Les hommes s'accoutumeront à l'apostasie de la vérité et à la douceur du compromis et du péché. — Saint Jean de Shanghai et San Francisco « Les évêques trahiront la foi, se justifiant en pointant la position splendide de l'Église. » C'est l'argument sergianiste: nous avons préservé la hiérarchie, les sacrements, les bâtiments ecclésiastiques. Nous avons maintenu la « position splendide ». Et c'est exactement ce pour quoi le patriarche Cyrille vénère le métropolite Serge. Cependant, saint Jean de Shanghai et San Francisco identifie cette justification comme une apostasie, non comme de la fidélité. Ce modèle se manifesta du vivant même de saint Jean. Il enseigna explicitement pourquoi l'EORHF refusait la communion avec le Patriarcat de Moscou: Conscientes de la soumission de l'autorité ecclésiale moscovite au gouvernement soviétique, et sachant que le patriarche de Moscou n'est pas un serviteur libre de Dieu et de Son Église mais plutôt une marionnette des autorités impies, ces saintes communautés et institutions refusèrent de reconnaître son autorité et sont restées soumises à l'autorité de la partie libre de l'Église russe. — Saint Jean de Shanghai et San Francisco « Une marionnette des autorités impies. » Le patriarche de Moscou était autorisé à fonctionner, autorisé à tenir les offices divins, autorisé à entretenir les bâtiments ecclésiastiques. En échange, il se soumit à une autorité impie. Et ceux qui pointaient la « position splendide » de l'organisation ecclésiale préservée suivaient, dans le cadre de saint Jean, le modèle d'apostasie qu'il avait annoncé. Ceux qui refusèrent la communion avec cette « marionnette » le firent « bien qu'une telle reconnaissance eût apporté un grand avantage matériel ». Ils choisirent la fidélité plutôt que l'avantage. Le P. Séraphim Rose: L'obligation canonique de se séparer Le P. Séraphim Rose, écrivant depuis le monastère de Platina en 1970, articula la justification canonique de l'EORHF pour refuser tout contact avec le Patriarcat de Moscou. Sa lettre au P. David Black répond à l'idée fausse selon laquelle la position de l'EORHF reposerait principalement sur des technicités canoniques: L'argumentation du Synode repose sur une seule chose: la fidélité à l'Orthodoxie, d'abord dans l'esprit, puis dans chaque canon possible. Contrairement à une idée fausse répandue, le Synode n'a jamais condamné ni jugé l'Église soviétique ni déclaré qu'elle était sans grâce; il a maintes fois souligné (principalement en langue russe, il est vrai) que le jugement de cette Église et de ses hiérarques devait être laissé à un futur Concile panrusse dans une Russie libre, et que tant qu'un tel Concile ne pourrait être convoqué, aucune question affectant l'ensemble de l'Orthodoxie russe — ainsi que toute question panorthodoxe — ne pourrait être résolue. Et jusque-là, l'Église russe libre ne peut et ne veut entrer dans aucun contact quel qu'il soit, aucune négociation, aucun dialogue, ne peut même pas s'asseoir à la même table que les représentants de Moscou — non parce qu'ils seraient non canoniques (bien qu'il y ait beaucoup de non canonique dans leur comportement) mais parce qu'ils collaborent avec et servent les ennemis les plus déterminés que l'Église du Christ ait jamais combattus. Si chaque chrétien orthodoxe est commandé par les canons de se séparer d'un évêque hérétique même avant qu'il ne soit officiellement condamné, ou d'être aussi coupable de son hérésie, combien plus devons-nous nous séparer de ceux qui sont pires (et plus malheureux) que les hérétiques, parce qu'ils servent ouvertement la cause de l'Antéchrist? — P. Séraphim Rose L'argument du P. Séraphim est un argument a fortiori (du moindre au plus grand). Le Canon 15 commande la séparation d'avec les évêques hérétiques même avant une condamnation officielle. Mais ceux qui collaborent avec les persécuteurs de l'Église sont pires que les hérétiques, parce qu'ils « servent ouvertement la cause de l'Antéchrist ». Si le cas moindre (l'hérésie) justifie la séparation, combien plus le cas majeur? L'objectif n'est pas de classer les offenses, mais de montrer que la séparation est justifiée sur plusieurs fondements indépendants, chacun suffisant en soi. Le P. Séraphim préserve aussi la nuance que le métropolite Cyrille de Kazan articula: l'EORHF « n'a jamais condamné ni jugé l'Église soviétique ni déclaré qu'elle était sans grâce ». La rupture de communion comme correction fraternelle, non comme déclaration d'absence de grâce. La position de l'EORHF avant 2007 était canoniquement cohérente avec la norme patristique. Cette distinction est cruciale, et c'est précisément là que les factions vieux-calendaristes modernes errent. Les Vieux-Calendaristes, pour ceux qui ne le sauraient pas, ne sont pas ceux qui suivent simplement l'Ancien Calendrier, mais des factions schismatiques qui se sont séparées de l'Église à la suite de l'introduction regrettable du Nouveau Calendrier. Ces groupes sont nombreux, bien que les plus reconnaissables d'entre eux soient les soi-disant Véritables Chrétiens Orthodoxes, autrement connus sous le nom de GOC, et les soi-disant Vrais Chrétiens Orthodoxes, connus sous le nom de TOC. Selon le P. Séraphim Rose, que les Vieux-Calendaristes vénèrent à juste titre, ceux qui déclarent les Églises officielles entièrement sans grâce ont excédé le mandat canonique. Le Canon 15 autorise la séparation d'avec un évêque qui prêche publiquement l'hérésie. Il n'autorise pas des chrétiens individuels ou de petits synodes à se prononcer sur la question ultime de la grâce dans les sacrements d'une autre Église. Le métropolite Serge commit cette erreur même en 1929 quand il déclara les non-Sergianistes « sans grâce », et le métropolite Cyrille qualifia cela de « blasphème ». La position vieux-calendariste reproduit et répète l'erreur sergianiste qu'elle prétend combattre: s'arroger à une faction ce qui appartient à l'Église tout entière en concile. Le P. Séraphim lui-même nomma cette erreur pour ce qu'elle est: Donner la communion aux catholiques romains est assurément un acte anti-canonique, mais en soi cela ne constitue pas une « hérésie » qui prive une Église tout entière de la grâce de Dieu et fait de chacun dans l'Église un « hérétique » — c'est une pensée jésuite, non orthodoxe. — P. Séraphim Rose « Une pensée jésuite, non orthodoxe. » Le commentaire de Russia's Catacomb Saints, écrit sous la direction du P. Séraphim, applique cela directement à la situation vieux-calendariste. Il présente la position du métropolite Cyrille comme « la voie royale équilibrée de la modération orthodoxe, entre les extrêmes du Rénovationisme et du légalisme sergianiste d'un côté, et une accusation trop hâtive d'hérésie sergianiste ou d'absence de grâce de l'autre », puis déclare: « le déni de la grâce dans les Mystères soit des néo-calendaristes soit des vieux-calendaristes n'a servi qu'à accroître l'esprit de factionnalisme et à entraver toute réconciliation possible » (Russia's Catacomb Saints, p. 258). Les GOC et TOC, qui déclarent les sacrements du Nouveau Calendrier sans grâce, ont répété l'erreur même que le métropolite Serge commit quand il déclara les sacrements non-sergianistes sans grâce. Ils vénèrent les Nouveaux Martyrs russes qui rompirent la communion avec Serge, et pourtant ils imitent non pas l'exemple des Nouveaux Martyrs mais la réaction de Serge à celui-ci. Les Nouveaux Martyrs se séparèrent; Serge les déclara sans grâce. Les GOC/TOC se séparent; puis eux aussi déclarent l'autre côté sans grâce. Ils ont plus en commun avec l'homme que leurs saints ont combattu qu'avec les saints eux-mêmes. De nombreux Vieux-Calendaristes vénèrent grandement le P. Séraphim Rose, et pourtant le P. Séraphim lui-même écrivit que la séparation de l'EORHF d'avec Moscou n'était « pas parce qu'ils seraient non canoniques (bien qu'il y ait beaucoup de non canonique dans leur comportement) mais parce qu'ils collaborent avec et servent les ennemis les plus déterminés que l'Église du Christ ait jamais combattus ». Le fondement de la séparation était la fidélité à l'Orthodoxie, non un prononcé sur la canonicité ou la grâce d'une autre Église. Ceux qui revendiquent le P. Séraphim tout en déclarant des Églises entières sans grâce ne l'ont pas lu. La cessation de la commémoration est un acte canonique de protestation, un refus de participer au péché d'autrui, et un appel à la repentance. Ceux qui en font une déclaration d'absence de grâce ont quitté le chemin patristique, et ceux qui prétendent qu'elle est intrinsèquement schismatique ont construit un homme de paille que le témoignage des Pères démantèle complètement. Le Canon 15 occupe le terrain médian: séparation sans déclaration d'absence de grâce, protestation sans schisme, fidélité sans arrogance. Pour un traitement plus complet de l'erreur vieux-calendariste et du tort qu'elle a causé à la résistance canonique légitime, voir Chapitre 30: La critique juste n'est pas un pont vers le schisme. Le Skite du Prophète Élie: Le Canon 15 sur le Mont Athos (1992) Le modèle se poursuivit à notre époque. Le 20 mai 1992, la fraternité du skite du Prophète Élie (une communauté monastique plus petite) sur le Mont Athos fut expulsée pour avoir refusé de commémorer le patriarche œcuménique Bartholomée. Elle avait initialement cessé la commémoration du patriarche Athénagoras en 1957, suivant saint Païssios et les autres monastères athonites qui protestaient contre ses rencontres avec le Pape, et maintint cette position à travers la succession des patriarches. Dans leur Lettre ouverte expliquant leur position, la fraternité cita les canons exacts que ce chapitre a examinés: La cessation de la commémoration est le droit et le devoir tant pour nous que pour chaque chrétien orthodoxe, selon les divins et sacrés canons de l'Église, à savoir le Canon Apostolique 31 et le 15e Canon du Synode Proto-Deutéra. — Lettre ouverte de la Fraternité du Skite du Prophète Élie (mai 1992) Un « devoir », appelèrent les moines. Ils furent expulsés de la Sainte Montagne pour l'avoir accompli. L'higoumène Luc (Murianka) du monastère de la Sainte-Trinité à Jordanville (maintenant évêque Luc), commentant cette expulsion, posa la question clairement: Si, d'un côté, nous voyons un groupe de moines humbles, fidèles à la doctrine, aux canons et aux traditions de l'Église orthodoxe (persécutés canoniquement et dogmatiquement) et, de l'autre côté, le pouvoir, l'autorité, la richesse et les positions de l'Orthodoxie mondiale officielle, il n'y a aucune question dans mon esprit sur qui nous devrions suivre. — Évêque Luc L'affaire fut entendue par le Conseil d'État grec en octobre 1995. Comme établi dans Chapitre 18: Peut-on qualifier la guerre de sainte?: La Contradiction démontrée, l'économie requiert un besoin véritable, la reconnaissance de la déviation, l'intégrité dogmatique préservée, et l'acceptation par la conscience de l'Église. Ceux qui plaident pour la patience, pour l'attente, pour le maintien de la communion par « miséricorde » tandis que des hiérarques pratiquent l'œcuménisme, ne pratiquent pas l'économie. Chaque témoignage des Pères confirme que l'économie en matière d'hérésie constitue une trahison. L'approche consistant à rompre la communion sans déclarer l'autre côté sans grâce suit le modèle de saint Théodore le Studite au IXe siècle. Les Zélotes du Mont Athos pointèrent ce précédent: La question se pose: avaient-ils le droit de faire cela? Certainement oui, étant donné que dans le passé aussi (IXe siècle) le grand et saint higoumène Théodore du Stoudion rompit de même la communion avec tous ceux qui étaient en communion avec le prêtre Joseph, le prêtre qui avait béni le quatrième mariage illégal de l'empereur Constantin VI. — Théodoritos Saint Théodore rompit la communion avec le prêtre Joseph et, au-delà, avec tous ceux en communion avec le prêtre Joseph. Cela établit le précédent patristique pour ce que les critiques modernes appellent la « culpabilité par communion »: si vous restez en communion avec quelqu'un qui s'est écarté de la foi, vous partagez son égarement. Saint Théodore lui-même énonça la conséquence dans une lettre au patriarche de Jérusalem: Même s'ils n'ont pas sombré dans leur pensée, néanmoins, en raison de leur communion avec l'hérésie, ils furent eux aussi détruits aux côtés des autres. — Saint Théodore le Studite Le désaccord privé avec l'hérésie ne protège pas ceux qui maintiennent la communion avec elle. Ils sont détruits aux côtés de ceux avec qui ils communient. Saint Théodore fut accusé de schisme par le synode même auquel il s'opposait. Un concile en 809 l'anathématisa, lui et ses partisans, comme schismatiques. Sa réponse: Nous ne sommes pas des schismatiques de l'Église de Dieu; Dieu nous préserve d'en venir jamais là! Bien que nos péchés soient nombreux, néanmoins nous sommes d'un seul corps avec l'Église; nous sommes ses enfants et les enfants de ses divins dogmes; et nous nous efforçons de garder ses canons et ses constitutions… Ceci n'est pas un schisme de l'Église. — Saint Théodore le Studite Dans une autre épître, saint Théodore définit la norme: « il n'est pas complètement, mais seulement à moitié orthodoxe, celui qui semble avoir la foi droite tout en n'étant pas guidé par les divins canons ». Et quand le Synode iconoclaste de 815 exigea la soumission, il déclara: « Si quiconque parmi nos contemporains ou de temps antérieurs, même si Pierre et Paul descendaient du ciel même enseignant et prêchant quelque chose d'autre que cette foi, nous ne pourrions le recevoir en communion. » L'Église justifia saint Théodore comme un saint. Les accusateurs, non les accusés, étaient dans l'erreur. De nouveau, nous voyons qu'un concile en lui-même ne détermine rien dans l'Église orthodoxe, à moins d'être embrassé par les fidèles. Que saint Théodore le Studite ait été anathématisé ne signifie absolument rien, puisque nous le considérons désormais comme un saint et que le « concile » est ainsi rendu nul et non avenu. Nous avons donc ici un cas moderne concret: des moines expulsés du lieu le plus saint du christianisme orthodoxe pour avoir appliqué le Canon 15 contre un patriarche œcuméniste. Ce n'est pas de la théorie, ni de l'histoire ancienne. Cela s'est passé en 1992. Et l'higoumène Luc de l'EORHF, maintenant évêque Luc de Syracuse, affirma la position de ces moines. Aujourd'hui, cette même EORHF communie avec un patriarche dont elle condamnait autrefois l'œcuménisme. Le témoignage de l'EORHF avant la réunification: Le service de repentance (1991) Les sections précédentes établissent les principes patristiques et canoniques. Mais comment l'EORHF appliqua-t-elle ces principes en pratique avant la réunification de 2007 avec Moscou? En septembre 1991, l'archevêque Lazare (Jourbenkov) de Tambov et Obaïan reçut des clercs quittant le Patriarcat de Moscou par un acte formel de repentance. Ce service fut documenté par Paul Ivanov et publié tant dans Pravoslavnaïa Rous (n° 22, 1991) que dans Orthodox Life (vol. 42, n° 1, janvier-février 1992). Le fait que les journaux officiels de l'EORHF aient publié ce service de réception sans correction ni réserve indique qu'il était traité comme une pratique épiscopale normative. Ceux qui étaient reçus devaient répondre à huit questions: Rejetez-vous la Déclaration de 1927 du métropolite Serge comme une hérésie? Vous repentez-vous de toute diffamation des Saints Nouveaux Martyrs et Confesseurs? Renoncez-vous à l'hérésie de l'œcuménisme et à la prière commune avec les hérétiques? Promettez-vous de ne jamais dénoncer vos frères orthodoxes aux autorités? Promettez-vous de ne pas commémorer les dirigeants athées dans les offices? Vous repentez-vous d'avoir subordonné l'Église à des intérêts politiques? Vous repentez-vous d'avoir participé à la vénération de la « flamme éternelle » (mémorial de guerre soviétique)? Vous repentez-vous des sacrements célébrés sous compromis spirituel? La base scripturaire citée était II Corinthiens 6, 17: « C'est pourquoi, sortez du milieu d'eux, et séparez-vous, dit le Seigneur. » Notons l'importance de la commémoration dans les huit questions posées. Beaucoup nous disent que la commémoration n'est qu'un détail mineur et légaliste. Ce ne sembla pas un détail mineur aux yeux de l'archevêque Lazare ni de l'EORHF. Comparons maintenant avec la position actuelle de l'EORHF. Avant 2007, les clercs quittant le Patriarcat de Moscou devaient formellement renoncer au Sergianisme, à l'œcuménisme et à la collaboration avec les autorités impies. Maintenant l'EORHF communie avec et commémore le patriarche Cyrille, dont les actions documentées tout au long de ce livre violent chacune de ces huit questions. Les implications de cette contradiction sont examinées dans le chapitre suivant, Chapitre 25: De l'hérésie, des synodes et de la foi droite: Sur l'hérésie, les synodes et la droite foi. Les huit questions de 1991 sont un acte d'accusation contre la réunification de 2007. Soit les questions étaient valides alors, auquel cas la réunification sans repentance fut une trahison. Soit les questions étaient invalides alors, auquel cas le témoignage de l'EORHF avant la réunification contre le Sergianisme était un mensonge. Il n'y a pas de troisième option. Cette issue avait été prophétiquement anticipée. En 1994, I. Lapkin avertit dans Orthodox Life: L'Église russe trouvera sa fin lorsque « le Patriarcat de Moscou acceptera toutes les exigences de l'Église russe libre, renoncera à la Déclaration du métropolite Serge, canonisera les Nouveaux Martyrs, quittera le Conseil œcuménique des Églises, cessera toute activité œcuménique: tout cela sans aucune renaissance intérieure correspondante. Tout ce bien pourra être fait comme un coup politique et alors l'Église russe hors frontières n'aura aucune raison de ne pas s'asseoir à la table des négociations. Ensuite, à la majorité des voix, la vérité sera supprimée. — I. Lapkin Moscou canonisa effectivement certains Nouveaux Martyrs en 2000, bien que notamment pas les martyrs de l'Église des Catacombes. Moscou reconnut formellement la légitimité de l'EORHF. Mais la renaissance intérieure n'eut jamais lieu. Le patriarche Alexis II, qui signa l'Acte de Communion canonique, avait été impliqué dans la collaboration avec le KGB (nom de code « Drozdov »). Son successeur, le patriarche Cyrille, glorifie le métropolite Serge jusqu'à ce jour. Les activités et dialogues œcuménistes se sont accélérés, non cessés. Ainsi, à la majorité des voix, la vérité fut supprimée, comme I. Lapkin l'avait prophétiquement déclaré. Le principe de saint Grégoire le Théologien s'applique: « Nous devons rechercher une "bonne" division et éviter une "trompeuse" union. » L'union trompeuse fut choisie. Les laïcs agirent avant les conciles: Précédents historiques La section précédente a établi le témoignage patristique de saints et de hiérarques. Mais le dossier historique prouve quelque chose de plus: les laïcs orthodoxes firent bien plus que « prier et obéir ». Ils interrompirent des sermons, refusèrent d'entrer dans les églises tenues par des évêques hérétiques, et se séparèrent physiquement de hiérarques qui avaient trahi la foi, souvent des décennies ou des siècles avant qu'un Concile ne les justifie. Saint Jean Chrysostome lui-même, l'un des Trois Saints Hiérarques, aborde directement la responsabilité des laïcs: Toute la responsabilité du schisme est portée non seulement par ses auteurs, ou par les hiérarques et le clergé du corps schismatique, mais aussi par tous les laïcs qui les suivent, puisqu'ils soutiennent le schisme. — Saint Jean Chrysostome Les laïcs qui suivent les schismatiques « soutiennent le schisme » et en portent la responsabilité. Ainsi nous voyons que saint Chrysostome n'excuse pas les laïcs pour « avoir simplement suivi leur évêque ». Il les tient responsables de leurs propres choix et décisions. Ceux qui affirment que les laïcs devraient simplement obéir à leurs hiérarques indépendamment des actions de la hiérarchie contredisent donc directement saint Chrysostome. Les exemples historiques qui suivent prouvent que ce principe fut vécu par les fidèles à travers les siècles. Eusèbe l'avocat interrompt le patriarche Nestorius (428-429 ap. J.-C.) C'est peut-être l'exemple le plus explosif de résistance laïque dans l'histoire de l'Église. Il prouve que même un laïc a le droit de juger le sermon d'un patriarche en temps réel. Lorsque le prêtre de Nestorius nia publiquement la Théotokos (comme détaillé ci-dessus), saint Hypace ne fut pas le seul à agir. L'Encyclopédie catholique rapporte qu'Eusèbe, qui était un laïc (un avocat) à l'époque, prit une action publique: Vers la fin de 428, ou au plus tard au début de 429, Nestorius prêcha le premier de ses fameux sermons contre le mot Théotokos… Le premier à élever la voix contre fut Eusèbe, un laïc, qui devint par la suite évêque de Dorylée. — Encyclopédie catholique Eusèbe n'attendit pas le synode. Il se leva pendant le sermon et proclama publiquement que « le Verbe éternel avait consenti à naître une seconde fois ». La congrégation ne fit pas taire le laïc pour être « désobéissant ». Elle l'applaudit et couvrit la voix du patriarche. Arrêtons-nous un instant, ne serait-ce que pour essayer d'imaginer un laïc de notre temps se levant pendant un sermon donné par un patriarche (sans parler d'un prêtre), et criant et le corrigeant publiquement devant tout le monde! Et même si cela se produisait, que cette personne ne soit pas sévèrement réprimandée et regardée de haut par la plupart des personnes présentes à notre époque. Eusèbe afficha ensuite dans toute Constantinople sa célèbre Contestatio, un document public appelant les fidèles à se lever contre Nestorius et démontrant que son enseignement était identique à l'hérésie de Paul de Samosate. Le Concile d'Éphèse ne se réunirait qu'en 431, trois ans plus tard. Pourtant un laïc jugea la théologie d'un patriarche sur-le-champ avant un synode et fut justifié par l'Église. Il n'attendit aucun synode, il ne demanda pas de bénédiction, il ne lui envoya pas d'abord une lettre personnelle de désaccord. Il s'opposa et corrigea un patriarche immédiatement sur-le-champ. Eusèbe fut plus tard ordonné évêque de Dorylée et est vénéré comme un saint par l'Église orthodoxe. Sa « sainte désobéissance » sauva l'Église du Nestorianisme avant qu'aucun synode ne le condamne. Les Johannites refusent l'Église « officielle » (404-413 ap. J.-C.) Lorsque saint Jean Chrysostome fut injustement déposé par un synode d'évêques et l'empereur en 404, les fidèles de Constantinople n'acceptèrent pas la décision « canonique ». L'historien Sozomène rapporte ce qui se passa: Arsace fut installé comme nouveau patriarche. Il était canoniquement ordonné, reconnu par l'État, et est lui-même vénéré comme un saint (11 octobre). Pourtant les fidèles refusèrent d'entrer dans les églises où il officiait. Ils préférèrent tenir leurs assemblées religieuses « en plein air dans les faubourgs de la ville » plutôt que d'être en communion avec un évêque qui avait usurpé le trône de leur père spirituel. On les appela par dérision « Johannites ». Ils endurèrent persécution, confiscation de biens et exil pour avoir refusé de communier avec l'évêque « officiel »: Un rescrit impérial fut obtenu imposant les peines les plus sévères à tous ceux qui osaient rejeter la communion des patriarches. Un grand nombre d'évêques de l'Orient persévérèrent dans le refus et souffrirent une cruelle persécution. — Dictionary of Christian Biography Ces assemblées se poursuivirent pendant près d'une décennie. Les Johannites ne revinrent que lorsque saint Attique (commémoré le 8 janvier), voyant l'Église au bord de la division, restaura le nom de saint Jean Chrysostome dans les diptyques autour de 412-415. Notons ce que montre cet exemple: ce ne sont pas les fidèles qui causent la division en protestant et en refusant d'entrer dans les églises, mais en réalité les patriarches et les évêques pour ne pas avoir correctement agi contre l'impiété en premier lieu. Une telle protestation entraîne malheureusement l'accusation de division, mais elle est en fait le mécanisme par lequel une union agréable à Dieu peut véritablement avoir lieu. Une telle union renforce l'Église davantage que la simple indifférence, et cette indifférence pour les Johannites aurait été de simplement continuer à aller à l'Église, malgré la persécution de la bouche d'or, saint Jean Chrysostome. Indéniablement, comme le dit saint Païssios, beaucoup à notre époque n'ont pas la force ni la fermeté qu'avaient les Johannites pour endurer une persécution cruelle et injuste pour l'amour de la justice, bien qu'ils se disent chrétiens d'après leur homonyme le Christ, qui sans relâche appela chaque chrétien à la même croix de persécution et de souffrance qu'Il porta. Le synode qui déposa saint Jean Chrysostome est condamné par l'histoire. Les laïcs « désobéissants » qui priaient en plein air plutôt que de communier avec un usurpateur furent ceux qui restèrent fidèles. Saint Jean Chrysostome est maintenant vénéré comme l'un des Trois Saints Hiérarques. Les évêques espagnols: Les laïcs déposent et remplacent (c. 254 ap. J.-C.) L'exemple le plus radical d'action laïque provient des premiers siècles. En Espagne, deux évêques, Basilide et Martial, avaient sombré dans l'idolâtrie pendant la persécution et obtenu des certificats (libelli) de magistrats romains attestant leur apostasie. Le clergé local et les laïcs n'attendirent pas un synode. Ils déposèrent ces évêques et élurent des remplaçants: Sabinus et Félix. Lorsque les évêques déposés firent appel à Rome, les évêques africains sous saint Cyprien furent consultés. La réponse de saint Cyprien dans l'Épître 67 non seulement confirma l'action des fidèles espagnols, mais la loua comme un exercice légitime de leurs droits apostoliques: C'est pourquoi un peuple obéissant aux préceptes du Seigneur, et craignant Dieu, doit se séparer d'un prélat pécheur, et ne pas s'associer aux sacrifices d'un prêtre sacrilège, d'autant plus qu'il possède lui-même le pouvoir soit de choisir des prêtres dignes, soit de rejeter les indignes. — Saint Cyprien de Carthage Saint Cyprien affirma explicitement que les laïcs possèdent « le pouvoir de rejeter les indignes » évêques! Il les appela « obéissants » et ayant une vraie crainte de Dieu! Cela ne serait-il pas perçu comme une déclaration remarquable et incorrecte par un nombre écrasant de chrétiens orthodoxes de notre temps, à qui l'on enseigne que ce n'est pas leur place de discerner si un évêque est indigne ou non? Et notons que saint Cyprien ne dit pas que cela était uniquement du ressort des saints, ou pertinent uniquement pour une période particulière, ou toute autre mesure par laquelle beaucoup souhaiteraient restreindre sa déclaration comme ne s'appliquant soi-disant pas à notre époque. Les fidèles espagnols exercèrent ce pouvoir sans attendre aucun synode ni concile. Saint Cyprien valida leur action après coup, mais ils avaient déjà agi selon leur propre discernement. Devaient-ils attendre un synode? Non. Étaient-ils des clercs? Non. Saint Cyprien les traita-t-il d'orgueilleux ou de prétentieux pour cela? Non. C'est le précédent patristique auquel les défenseurs modernes de l'obéissance inconditionnelle ne peuvent répondre: un Père de l'Église louant des laïcs pour avoir agi correctement, même contre des clercs, sans avoir besoin d'une autorisation conciliaire. Le rejet du Concile de Florence (1439-1444) C'est l'exemple ultime de la « conscience collective » du peuple qui l'emporte sur la hiérarchie. Au Concile de Florence (1438-1439), le patriarche de Constantinople et presque l'intégralité de la délégation des évêques signèrent une union avec Rome, acceptant la suprématie papale et le Filioque. Un seul évêque refusa de signer: saint Marc d'Éphèse. Ils retournèrent à Constantinople s'attendant à être accueillis comme les sauveurs de l'Empire. Les fidèles refusèrent de les recevoir. Ils refusèrent la communion des hiérarques unionistes. L'union échoua à cause du refus singulier de saint Marc d'Éphèse de signer, et du ralliement des laïcs de Constantinople contre le décret. Saint Marc lui-même, le jour de sa mort en 1444, étendit son refus de communion même au-delà de la mort: Concernant le patriarche, je dirai ceci, de peur qu'il ne lui vienne peut-être à l'esprit de me témoigner un certain respect lors de l'enterrement de ce mon humble corps, ou d'envoyer à ma tombe quelqu'un de ses hiérarques ou clercs ou en général quiconque de ceux en communion avec lui afin de participer à la prière… Je ne désire en aucune manière et absolument, et je n'accepte pas la communion avec lui ou avec ceux qui sont avec lui, ni en cette vie ni après ma mort. — Saint Marc d'Éphèse C'est intéressant. Beaucoup de nos hiérarques priorisent l'amabilité et la diplomatie, mais ici saint Marc d'Éphèse adresse, à un patriarche de l'Église, non pas de la tendresse, mais une réprimande si féroce qu'il souhaite qu'ils ne se présentent même pas à ses funérailles, et que cela s'applique même à titre posthume, ne voulant rien avoir à faire avec eux même dans la vie prochaine! Et pourtant de tels exemples seraient certainement qualifiés d'« implacables » par un nombre écrasant d'orthodoxes. Mais à notre époque moderne, notre chrétien orthodoxe contemporain et moderne s'exclame contre un tel comportement, disant: « Où est l'amour? » Notons donc l'importance que saint Marc d'Éphèse attribue à la communion. Il refuse la communion avec eux même dans la vie prochaine. Comme cité plus tôt dans ce chapitre, il déclara dans le même discours: « plus je me tiens éloigné de lui et de ceux qui lui ressemblent, plus je suis proche de Dieu et de tous les saints ». Pourquoi l'Union de Florence échoua-t-elle? Elle échoua uniquement parce que le simple peuple refusa de l'accepter. La hiérarchie l'avait signée, mais les laïcs, ne détenant aucun honneur ecclésiastique, l'annulèrent. L'Église orthodoxe russe, en apprenant l'union, la rejeta aussi et expulsa tout prélat sympathisant. L'histoire a donc justifié les fidèles qui refusèrent la communion avec les évêques unionistes. Le P. Nékétas Palassis: Le Canon 15 appliqué en 1968 Dans les années 1960, le P. Nékétas Palassis, prêtre orthodoxe grec à Seattle, protesta contre les actions œcuménistes de l'archevêque Iakovos et du patriarche Athénagoras pendant trois ans avant de conclure qu'il ne pouvait plus rester en communion. Il écrivit à son archevêque: « En tant que prêtre qui a prêté serment devant l'autel et devant Dieu de servir Lui et Son Église et Son peuple, je ne peux plus vous commémorer comme archevêque en raison de vos actions uniates. Je suis profondément désolé de ne pas avoir pris une telle action plus tôt. » Saint Philarète de New York, Premier Hiérarque de l'Église orthodoxe russe hors frontières, dont les reliques sont incorrompues, reçut officiellement le P. Nékétas sur la base du Canon 15 du Concile Proto-Deutéra. La résolution du Saint-Synode du 10 février 1968 déclare: La lettre de Son Éminence l'archevêque Iakovos adressée au Père Nékétas Palassis le 13 juillet 1967 indique clairement que toutes les mesures le censurant de la part de l'Archidiocèse grec d'Amérique du Nord sont causées par son désaccord avec certaines vues théologiques exprimées par l'archevêque Iakovos ainsi que par le patriarche Athénagoras. Ces vues furent exprimées ouvertement de nombreuses fois montrant la divergence de ces Hiérarques de la doctrine orthodoxe traditionnelle. D'accord avec le Prêtre Nékétas Palassis que ce fait présente une raison pour lui de renoncer à toute subordination ultérieure à Son Éminence l'archevêque Iakovos sur la base du 15e Canon du Premier et Second Concile de Constantinople et prenant également en considération qu'il n'a pas la possibilité de faire appel à Sa Sainteté le Patriarche de Constantinople dans la mesure où celui-ci propage aussi ouvertement la doctrine œcuménique non orthodoxe sur la Sainte Église, je consens à recevoir provisoirement le Prêtre Nékétas Palassis dans le clergé du Diocèse de l'Ouest américain jusqu'à ce que la situation dans la Sainte Église de Constantinople ne change. — Saint Philarète de New York C'est l'application moderne la plus documentée du Canon 15 par un saint glorifié. Notons trois choses. Premièrement, saint Philarète nomme explicitement le Canon 15 comme base canonique de la réception. Deuxièmement, il identifie la raison: les vues des hiérarques « furent exprimées ouvertement de nombreuses fois montrant la divergence de ces Hiérarques de la doctrine orthodoxe traditionnelle ». C'est le langage du Canon 15 lui-même: l'hérésie prêchée publiquement. Troisièmement, la réception est « provisoire », en attente de correction: « jusqu'à ce que la situation dans la Sainte Église de Constantinople ne change ». Ce n'est pas un schisme. C'est une séparation canonique en attente de réconciliation, le même modèle documenté tout au long de ce chapitre. Les monastères géorgiens: Le Canon 15 appliqué en 1997 Le principe de cessation de la commémoration ne s'est pas arrêté avec les Pères. En mai 1997, quatre monastères géorgiens cessèrent de commémorer leur propre patriarche sur la base du Canon 15 du Concile Proto-Deutéra: En mai 1997, quatre monastères géorgiens, conduits par leurs higoumènes, rompirent la communion eucharistique avec le Catholicos géorgien, le Patriarche Élie II en raison de sa chute dans l'hérésie de l'œcuménisme. — Orthodox Life Les monastères et leurs higoumènes comprenaient le monastère de Saint-Shio-Mghvimé (archimandrite Georges et cinq monastiques), le monastère de Bétanie (hiéromoine Aggée, moine Eutychès), et le monastère de Zarzma (archimandrite Georges). La déclaration accompagnant cette action identifia l'œcuménisme comme une hérésie et déclara la séparation comme la seule réponse fidèle: De toutes les erreurs que le soi-disant « Œcuménisme » comprend, la plus fondamentale et la plus profonde est son erreur concernant la nature même de l'Église elle-même. C'est une hérésie ecclésiologique… Le rejet de l'hérésie de l'Œcuménisme par l'Église doit s'exprimer par son départ du COE. Il n'y a pas d'autre voie. — Déclaration des monastères géorgiens (1997) C'est le modèle du Canon 15 appliqué de mémoire d'homme: des monastères identifiant l'hérésie publique de leur patriarche, rompant la communion eucharistique, et déclarant qu'« il n'y a pas d'autre voie ». L'Église orthodoxe géorgienne quitta par la suite le Conseil œcuménique des Églises. Le Secrétaire général du COE reçut la notification officielle de la décision de la Géorgie de quitter le Conseil. Si les monastères géorgiens ont pu cesser de commémorer leur patriarche pour l'œcuménisme en 1997, la question de la commémoration du patriarche Cyrille n'est bien sûr pas théorique. L'Encyclique de 1848: Le fondement doctrinal En 1848, les patriarches d'Orient (Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem) rédigèrent une réponse au pape Pie IX. Dans celle-ci, ils formalisèrent pourquoi les laïcs possèdent cette autorité. Ils déclarent explicitement que le gardien de la foi est le corps de l'Église, le peuple lui-même: Ni les patriarches ni les conciles ne pouvaient alors introduire de nouveautés parmi nous, car le protecteur de la religion est le corps même de l'Église, le peuple lui-même, qui désire que son culte religieux demeure à jamais inchangé et de la même nature que celui de ses pères. — Encyclique des Patriarches d'Orient (1848) La compréhension orthodoxe ici n'a rien à voir avec la démocratisation protestante. Le Saint-Esprit habite le Corps entier du Christ, et les fidèles, nourris par la prière et les vies des saints, possèdent le discernement pour reconnaître quand leurs hiérarques trahissent le dépôt apostolique. Résumé: Les fidèles avaient raison Lorsque les évêques espagnols sombrèrent dans l'idolâtrie vers 258, le peuple les déposa et élut des remplaçants. Le peuple fut justifié. Lorsqu'un synode déposa saint Jean Chrysostome en 404, le peuple refusa d'entrer dans les églises et pria en plein air. Le peuple fut justifié, et saint Jean Chrysostome est maintenant honoré comme un grand saint. Lorsque le patriarche Nestorius commença à prêcher l'hérésie en 428, un laïc nommé Eusèbe l'interrompit et afficha sa Contestatio. Le laïc fut justifié, et Nestorius fut condamné au Troisième Concile œcuménique. Lorsque les évêques signèrent l'Union avec Rome au Concile de Florence en 1439, le peuple refusa la communion avec eux, et saint Marc d'Éphèse refusa l'enterrement dans les églises contrôlées par les unionistes. Le peuple fut justifié, et l'union fut rejetée. Lorsque le patriarche Élie II de Géorgie pratiqua l'œcuménisme en 1997, quatre monastères cessèrent sa commémoration, citant le Canon 15 du Concile Proto-Deutéra. La Géorgie se retira du Conseil œcuménique des Églises. Ainsi, scruter les hiérarques et se séparer d'eux lorsqu'ils errent est le mécanisme premier par lequel le Saint-Esprit a préservé l'Église orthodoxe de l'hérésie. Ce n'est pas une question mineure, ni une question secondaire. C'est une question PRIMORDIALE. Le témoignage de l'Église des Catacombes confirme que ce modèle se poursuit jusqu'à la fin. Lorsque la majorité des hiérarques s'accommodent de l'erreur, ce sont les simples fidèles qui préservent la vérité: Et peut-être les derniers « rebelles » contre les traîtres de l'Église et les complices de Sa ruine seront, non seulement non des évêques et non des archiprêtres, mais les plus simples mortels, tout comme à la Croix du Christ Son dernier souffle de souffrance fut entendu par quelques âmes simples qui Lui étaient proches. — St. Herman Brotherhood Cette prophétie est en train de s'accomplir. Lorsque évêques et archiprêtres s'accommodent de l'œcuménisme et du Sergianisme, ce sont les « plus simples mortels » qui continuent de résister. Les simples clercs qui refusent de commémorer des hiérarques hérétiques (ainsi que les fidèles qui résistent à une telle commémoration) ne sont pas des rebelles contre l'Église. Ils sont les derniers témoins de sa vérité. Les preuves convergent Les témoignages qui précèdent établissent que la cessation de la commémoration est canoniquement permise lorsqu'un évêque prêche publiquement l'hérésie, et que les fidèles ont toujours exercé ce droit avant qu'aucun concile n'agisse. À ce stade, une objection prévisible émerge: « La cessation peut être permise en principe, mais l'enseignement du patriarche Cyrille n'a pas été formellement déterminé comme étant une hérésie. Aucun concile ne l'a condamné. » C'est l'argument du métropolite Serge de 1930. Le lecteur vient de rencontrer quinze saints et six cas historiques qui le réfutent. Les Parties I à V de ce livre établissent que le patriarche Cyrille prêche publiquement un enseignement cacodoxe (κακοδοξία: mauvaise croyance, le contraire d'orthodoxe) et l'hérésie (κηρύττει δημοσίᾳ κακοδοξίαν καὶ αἵρεσιν), ouvertement, sans vergogne et sans excuse (γυμνῇ τῇ κεφαλῇ καὶ παρρησίᾳ). Le Canon 15 et le Gouvernail déclarent que ceux qui se séparent d'un tel évêque avant tout examen synodal (πρὸ συνοδικῆς ἐξετάσεως) n'ont pas causé de schisme mais ont libéré l'Église (ἠλευθέρωσαν τὴν Ἐκκλησίαν) de l'hérésie de ses pseudo-évêques (ψευδεπισκόπων). Ils sont réputés dignes de l'honneur dû aux orthodoxes. Ceux qui ont patiemment lu ce chapitre ne devraient plus remettre en question si la cessation est permise en raison de l'hérésie. Ceux qui ont lu les chapitres précédents ne devraient plus remettre en question si l'enseignement public du patriarche Cyrille est problématique. La seule question qui reste est de savoir si le lecteur peut expliquer pourquoi quinze saints avaient raison d'agir sans attendre une autorisation conciliaire, mais ceux qui agissent aujourd'hui sur des fondements identiques ont tort. La plupart ne tenteront pas de répondre à cette question. Ils répéteront plutôt les objections que les Pères ont déjà traitées: « Cela doit d'abord être condamné comme hérésie par un concile. » « Vous ne pouvez pas déterminer par vous-même ce qui est hérésie. » « C'est aux évêques d'en décider, pas aux laïcs. » Ce ne sont pas des objections nouvelles. Les Pères répondirent à chacune d'entre elles. Mais répondre requiert de lire ce que les Pères ont écrit, et c'est précisément ce que la plupart refusent de faire. Les trois chapitres suivants clôturent ces objections restantes par le consensus patrum. Chapitre 25: De l'hérésie, des synodes et de la foi droite: Sur l'hérésie, les synodes et la droite foi, présente la définition patristique et canonique de l'hérésie et de l'hérétique, et démontre que les conciles confirment plutôt qu'ils ne créent les condamnations. Chapitre 26: Pourquoi la communion avec l'hérésie exige la séparation: Pourquoi la communion avec l'hérésie requiert la séparation, présente le consensus sur l'effet sotériologique de l'hérésie, et pourquoi il nous est commandé de nous en séparer. Chapitre 27: « Tu n'es pas un saint »: « Tu n'es pas un saint », répond aux objections les plus courantes contre la séparation, et aborde la question pastorale de ceux qui ne savent pas. Ceux qui refusent de s'engager avec ces preuves ont fait leur choix.