Chapitre 31 : Défense des saints du Patriarcat de Moscou Plusieurs saints du Patriarcat de Moscou ont tenu des positions sur le sergianisme et la Déclaration de 1927 qui contredisent le témoignage unanime des Néo-Martyrs. Ce chapitre examine leurs erreurs honnêtement et explique pourquoi ils demeurent saints et hommes de Dieu. En 1998, un jeune diacre moscovite écrivit que les sacrements de l'EORHF (Église orthodoxe russe hors frontières) étaient dépourvus de grâce, que le métropolite Antoine (Khrapovitsky) avait fondé une « hérésie de combat contre la croix », et que les chrétiens voyageant à l'étranger « ne peuvent pas entrer en communion eucharistique avec les étrangers ». Onze ans plus tard, ce même homme fut assassiné pour le Christ. Il avait converti quatre-vingts musulmans, dont un Pakistanais qui se formait pour être un kamikaze. Quand le tueur masqué entra dans son église, il marcha droit vers lui. Le hiéromartyr Daniel Syssoev a défendu le sergianisme: la position selon laquelle la Déclaration de 1927 du métropolite Serge (Stragorodski), qui engageait la loyauté de l'Église envers l'État soviétique et exigeait de tout le clergé qu'il exprime publiquement cette loyauté comme condition de la poursuite de son ministère, était canoniquement légitime et nécessaire. Il fut aussi un martyr. L'Ancien Jean Krestiankin qualifia l'Église des catacombes d'« organisation schismatique » qu'il « n'osait même pas appeler une Église ». Il passa aussi cinq ans au Goulag, où ses sermons avaient attiré trop de monde au Christ au goût du NKVD (KGB). Saint Luc de Crimée qualifia les Joséphites de « schismatiques ». Il endura aussi onze années dans les prisons soviétiques, refusa de renoncer à sa foi sous la torture, et guérit des milliers de personnes par ses prières. Comment des saints peuvent-ils être saints, et aussi commettre des erreurs? Pourquoi cet examen est nécessaire La tradition orthodoxe enseigne que nous devons couvrir les défaillances des saints, non les déterrer. L'instinct de l'Église est d'honorer, non de disséquer. Nous demandons pardon pour ce qui suit. Cet examen ne serait pas nécessaire si deux impiétés ne l'imposaient. La première impiété vient des polémistes vieux-calendaristes qui utilisent les erreurs des saints du Patriarcat de Moscou pour nier entièrement leur sainteté. Ils montrent la défense du sergianisme par le hiéromartyr Daniel Syssoev et concluent qu'il ne peut pas être saint. Ils montrent le soutien de saint Luc de Crimée au métropolite Serge et concluent qu'il fut un « confesseur du bolchevisme ». Ils mettent en pièces les saints du vingtième siècle comme leurs prédécesseurs mirent en pièces le bienheureux Augustin, et comme une abbesse vieille-calendariste tenta un jour de mettre en pièces saint Nectaire du Pentapole. Ces critiques doivent entendre: les saints ont erré, et ils demeurent saints. Cependant, leurs erreurs n'annulent pas leur martyre ou leur sainteté. L'Église a toujours tenu ces deux vérités simultanément. La seconde impiété vient de la direction opposée: ceux qui utilisent les erreurs des saints comme autorité. Parce que le hiéromartyr Daniel a défendu le sergianisme, certains concluent que le sergianisme doit être défendable. Parce que saint Luc a soutenu le métropolite Serge, certains concluent que la Déclaration de 1927 devait être acceptable. Parce que ces hommes étaient plus saints que nous, certains arguent que nous sommes obligés de suivre leurs positions sur ces questions. Ce raisonnement est étranger à la tradition orthodoxe. Si la sainteté conférait l'infaillibilité, les erreurs du bienheureux Augustin sur la prédestination et le filioque seraient une doctrine contraignante. Elles ne le sont pas. Si l'opinion d'un saint sur une question disputée avait force de dogme simplement parce qu'il était saint, l'Église n'aurait jamais eu besoin de Conciles œcuméniques. Saint Grégoire de Nysse enseigna l'apocatastase. Il était plus saint qu'aucun d'entre nous, et pourtant, aucun chrétien orthodoxe n'est obligé de le suivre dans cette erreur, et l'Église l'a formellement condamnée. Le principe est simple: nous suivons le consensus patrum (voir Annexe A: Du Consensus Patrum), non l'opinion isolée d'un saint individuel, aussi saint soit-il. Quand un saint contredit le témoignage unanime de tous les autres saints qui ont abordé la même question, nous suivons le consensus, non l'exception. Chaque Néo-Martyr canonisé qui s'est directement prononcé sur la Déclaration de 1927 l'a condamnée. Le hiéromartyr Daniel Syssoev, l'Ancien Jean Krestiankin et saint Luc de Crimée l'ont défendue. Le consensus est unanime contre eux. Nous les honorons. Nous ne les suivons pas là où ils ont erré. Faire autrement serait faire de la sainteté un substitut de la vérité. Les saints eux-mêmes rejetteraient cela. Le cadre patristique: comment les saints peuvent errer Les saints héritent de l'erreur de leurs maîtres Saint Barsanuphe le Grand (VI^e siècle) fut directement interrogé: « Pourquoi les saints se trompent-ils parfois dans des compréhensions particulières et se contredisent-ils les uns les autres? » Sa réponse: Les saints, étant devenus maîtres… reçurent un soutien d'en haut et exposèrent un nouvel enseignement, mais simultanément conservèrent ce qu'ils avaient reçu de leurs anciens maîtres, c'est-à-dire l'enseignement incorrect… Les opinions de leurs maîtres se mêlèrent à leur propre enseignement, et ces saints disaient parfois ce qu'ils avaient appris de leurs maîtres et parfois le bien qui leur était suggéré par leur propre intellect… Ils ne prièrent pas Dieu pour qu'Il leur révèle si ce que leurs maîtres leur avaient enseigné venait du Saint-Esprit… et c'est pourquoi les opinions de leurs maîtres se mêlèrent à leur propre enseignement. — Saint Barsanuphe le Grand Les saints peuvent hériter de faux enseignements de leurs mentors. Les saints ne consultent pas toujours Dieu sur chaque position qu'ils tiennent. Tout ce qu'un saint dit ne porte pas une confirmation divine. Nous honorons les saints qui ont erré, mais nous ne suivons pas leurs erreurs Saint Photius le Grand (Patriarche de Constantinople) aborda cela directement quand les théologiens latins tentèrent d'utiliser les erreurs des Pères occidentaux contre l'Église: N'y a-t-il pas eu des circonstances compliquées qui ont forcé beaucoup de Pères en partie à s'exprimer de façon imprécise, en partie à parler avec adaptation aux circonstances sous les attaques des ennemis, et parfois par ignorance humaine à laquelle ils étaient aussi sujets?… Si certains se sont exprimés de façon imprécise, ou pour quelque raison inconnue de nous, se sont même écartés du droit chemin, mais qu'aucune question ne leur a été posée ni que personne ne les a interpellés pour apprendre la vérité: nous les admettons sur la liste des Pères, tout comme s'ils n'avaient pas dit cela, en raison de la droiture de leur vie et de leur vertu distinguée et de leur foi, irréprochable sous d'autres rapports. Nous ne suivons cependant pas leur enseignement là où ils s'égarent du chemin de la vérité… Nous, cependant, qui savons que certains de nos Saints Pères et docteurs se sont égarés de la foi des vrais dogmes, ne prenons pas comme doctrine les domaines dans lesquels ils se sont égarés, mais nous embrassons les hommes. — Saint Photius le Grand Saint Marc d'Éphèse, quand les théologiens latins au Concile de Florence insistèrent que les Pères qui avaient erré devraient être « rejetés ensemble avec les hérétiques », donna la réponse orthodoxe: Il est possible d'être un Docteur et de ne pas tout dire de manière absolument correcte; sinon, quel besoin les Pères auraient-ils eu de Conciles œcuméniques? — Saint Marc d'Éphèse Au même Concile, saint Marc cita le bienheureux Augustin lui-même sur ce principe: Nous ne devons pas tenir le jugement d'un homme, même si cet homme a pu être orthodoxe et de haute réputation, pour le même genre d'autorité que les Écritures canoniques, au point de considérer inadmissible pour nous, par le respect que nous devons à de tels hommes, de désapprouver et de rejeter quelque chose dans leurs écrits si nous venions à découvrir qu'ils ont enseigné autrement que la vérité qui, avec l'aide de Dieu, a été atteinte par d'autres ou par nous-mêmes. C'est ainsi que je suis à l'égard des écrits des autres hommes; et je désire que le lecteur agisse ainsi à l'égard de mes écrits également. — Bienheureux Augustin d'Hippone (cité par saint Marc d'Éphèse au Concile de Florence) C'est pourquoi le consensus patrum importe. Comme Annexe A: Du Consensus Patrum l'explique, quand des saints à travers les siècles et les continents, ayant chacun atteint la théoria indépendamment, enseignent la même chose sur une question de foi, le Saint-Esprit parle à travers eux collectivement. Leur accord filtre l'erreur individuelle et confirme ce que l'Église a reçu des apôtres. Les saints individuels peuvent errer; le témoignage collectif (consensus patrum) les corrige. Application: les saints du Patriarcat de Moscou et les Néo-Martyrs Quand le hiéromartyr Daniel Syssoev a erré sur le sergianisme, le consensus des Néo-Martyrs qui se sont directement prononcés sur la Déclaration de 1927, chacun d'entre eux l'ayant condamnée, le corrige. Nous suivons le consensus, non l'erreur isolée. Le P. Séraphim Rose aborda cette question même dans son étude de la relation du bienheureux Augustin avec saint Jean Cassien: L'important à garder à l'esprit ici est que le désaccord entre Cassien et Augustin n'était pas un désaccord entre un Père orthodoxe et un hérétique (comme l'était, par exemple, le désaccord entre Augustin et Pélage), mais plutôt un désaccord entre deux Pères orthodoxes qui ne différaient que dans les détails de leur présentation d'une seule et même doctrine. Saint Cassien et le bienheureux Augustin cherchaient tous deux à enseigner la doctrine orthodoxe de la grâce et du libre arbitre contre l'hérésie de Pélage; mais l'un le fit avec toute la profondeur de la tradition théologique orientale, tandis que l'autre fut conduit à une certaine déformation de ce même enseignement en raison de son approche trop logique. — P. Séraphim Rose Le hiéromartyr Daniel et les Néo-Martyrs combattaient tous deux l'athéisme soviétique. Tous deux étaient orthodoxes. Mais les Néo-Martyrs témoignèrent « avec toute la profondeur » de ceux qui affrontèrent directement la situation. Syssoev « fut conduit à une certaine déformation » en raison du cadre institutionnel dont il avait hérité. Dans aucun des deux cas le désaccord ne rend l'un ou l'autre côté hérétique. Tous deux demeurent des témoins orthodoxes. Qu'il soit connu que même les Apôtres ont erré. Saint Pierre renia le Christ trois fois. Paul et Barnabé eurent un « vif désaccord » au sujet de Jean-Marc (Ac 15, 39). La sainteté signifie être mis à part pour Dieu, sanctifié par la grâce. Elle ne signifie pas être intellectuellement infaillible ou théologiquement parfait. Être un saint, c'est avoir atteint la théosis, avoir un amour véritable pour le Christ démontré par sa vie, et tenir correctement les dogmes fondamentaux de la foi. Les saints ne sont pas garantis de comprendre correctement chaque situation historique, d'avoir un jugement politique parfait, ou d'être immunisés contre les pressions institutionnelles. Ce cadre étant établi, examinons les cas spécifiques. Le hiéromartyr Daniel Syssoev Dans ses écrits, Syssoev argumenta que la Déclaration du métropolite Serge était canoniquement légitime, condamna l'Église des catacombes comme schismatique, et écrivit abondamment contre l'EORHF, l'accusant de schisme et d'hérésie. Cependant, il n'avait que 24 ans et était encore diacre quand il écrivit son œuvre la plus polémique en 1998, formé dans les années 1990 à Moscou où les écrits des Néo-Martyrs étaient largement indisponibles. Le Patriarcat de Moscou ne canonisa les Néo-Martyrs qu'en 2000, deux ans après son article. Il ne fut jamais convoqué devant un synode pour répondre de sa position, et on ne lui présenta jamais les arguments des Néo-Martyrs. Il aurait très bien pu changer d'avis. Un détail frappant révèle la profondeur de sa dissonance cognitive. Sa veuve Ioulia révèle dans Неизвестный Даниил (2012) que tout en préparant sa polémique anti-EORHF, Syssoev était simultanément « émerveillé » par le miracle EORHF de l'Icône d'Ivéron de Montréal versant la myrrhe et « voulait beaucoup la voir ». Le frère José Muñoz-Cortes, gardien de l'icône, fut plus tard glorifié comme saint par l'EORHF. Syssoev reconnaissait la grâce dans l'EORHF tout en se préparant à les attaquer comme dépourvus de grâce. Sa trajectoire raconte le reste de l'histoire. Après la réunion de 2007 entre le Patriarcat de Moscou et l'EORHF, Syssoev voyagea personnellement à New York avec le diacre George Maximov pour rencontrer le métropolite Hilarion (Kapral), facilitant la réception d'un groupe schismatique dans l'EORHF. Cela signifie que l'homme qui qualifia l'EORHF de dépourvue de grâce en 1998 amenait activement, en 2009, des gens dans la vie sacramentelle de l'EORHF. Il ne publia jamais de rétractation formelle; ses actes mêmes furent la rétractation. Et pourtant, les schismatiques vieux-calendaristes omettent ces détails parce que cela nuit à leur récit. Saint Luc de Crimée Saint Luc soutint le métropolite Serge, siégea à son Saint-Synode après le Concile de 1943, et qualifia explicitement l'opposition joséphite de « schisme ruineux ». Pourtant, à la différence de Syssoev, il n'écrivit jamais de défense théologique de la Déclaration de 1927 elle-même. Son autobiographie n'en fait aucune mention. Son soutien était institutionnel, non apologétique. Sa vie réfuta le sergianisme plus éloquemment que sa plume ne le défendit jamais. Il endura onze années dans les prisons soviétiques, refusa de retirer sa soutane ou l'icône de la Théotokos de sa salle d'opération, dit au GPU (KGB) qu'il n'était « certainement pas votre ami » parce qu'ils persécutaient le Christ, donna la totalité de son Prix Staline aux orphelins de guerre, et écrivit à ses enfants: « Soyez prêts même pour le martyre, puisque vous naviguez à contre-courant. » Il choisit l'exil, la souffrance et la confession, tout en soutenant un métropolite qui choisit l'accommodation. Il comprenait que « l'Église elle-même n'est pas devenue puissante et forte par le moyen de ses fidèles prudents et sensés, mais par ses martyrs, ses anachorètes et ses “fous pour le Christ”, qui défiaient la logique et tout instinct et désir naturel ». Il vécut ce principe. Il choisit l'opposé de ce que le sergianisme enseigne. Le P. Séraphim Rose, que les vieux-calendaristes eux-mêmes vénèrent, cita saint Luc comme un témoin faisant autorité sur la création dans Genesis, Creation and Early Man (La Genèse, la Création et l'homme primitif), son opus magnum de mille pages sur la doctrine patristique de la création (p. 809; voir Chapitre 14: L'adhésion à l'évolution et à Charles Darwin). Rose ne se contenta pas de tolérer saint Luc comme une figure compromise; il le traita comme une voix théologique crédible digne d'être citée. En suivant saint Photius: « Nous les laissons parmi les pères… mais nous ne suivons pas leurs paroles là où ils ont erré. » L'Ancien Jean Krestiankin L'Ancien Jean Krestiankin (1910-2006), l'un des pères spirituels les plus aimés de la Russie soviétique tardive et post-soviétique, passa cinq ans au Goulag pour « agitation anti-soviétique », ce qui dans le langage du NKVD (KGB) signifiait que ses sermons avaient attiré trop de monde à la Foi. Après sa libération, il endura onze années de réaffectation continuelle à travers six paroisses de Riazan avant d'entrer au Monastère des Grottes de Pskov en 1967, où il servit pendant près de quarante ans comme l'un des confesseurs les plus recherchés de Russie. Dans ses lettres recueillies, publiées par le Monastère des Grottes de Pskov et traduites en anglais sous le titre May God Give You Wisdom! (Que Dieu te donne la sagesse!), il défendit le Patriarcat de Moscou avec le même cadre hérité que Syssoev et saint Luc. Il qualifia l'Église des catacombes d'« organisation schismatique » qu'il « n'osait même pas appeler une Église » et rejeta ceux qui suivirent le mouvement des catacombes post-Tikhon comme ayant « dégénéré en secte ». Dans un post-scriptum à une lettre adressée à un évêque, il recommanda affectueusement un livre sur le métropolite Serge (Stragorodski) « pour votre consolation et votre inspiration ». Et sur la question générale des compromis du Patriarcat de Moscou, Krestiankin articula le cadre précis sur lequel le sergianisme s'appuie: que les erreurs humaines, « les vôtres, les miennes, celles des membres du synode, celles du Patriarche », sont toutes devant le jugement de Dieu, et que « ce qui semble à l'esprit enflammé être une erreur se révèle au temps de Dieu être une œuvre sainte ». La position de Krestiankin envers l'EORHF était cependant nettement plus modérée que celle de Syssoev. Il acceptait la communion EORHF pour les Russes vivant à l'étranger et priait explicitement pour que « le Seigneur abatte le mur d'inimitié entre nous et l'Église de l'étranger ». Les traducteurs de l'édition anglaise ajoutent deux notes contextuelles que les polémistes vieux-calendaristes qui le citent omettent toujours: que les déclarations anti-EORHF les plus vives de Krestiankin répondaient pastoralement à l'anomalie spécifique de l'EORHF établissant une juridiction parallèle sur le sol russe durant les années 1990, non à l'EORHF en général ni aux Néo-Martyrs historiques, et qu'au moment de l'édition anglaise « la communication s'est ouverte entre le Patriarcat de Moscou et l'Église russe de l'étranger, et la communion eucharistique est en train d'être restaurée ». Comme Syssoev, sa trajectoire tendait vers la réunion de 2007 pour laquelle il avait prié. Pourtant le cadre sous-jacent demeura sergianiste. Krestiankin hérita de sa position de ses maîtres plutôt que de l'avoir forgée, et n'engagea jamais les écrits des Néo-Martyrs sur leur propre terrain. Une juxtaposition frappante dans sa correspondance illustre la profondeur de cette dissonance cognitive: la lettre même dans laquelle Krestiankin recommande le livre sur Serge est immédiatement suivie dans le recueil par une autre lettre, intitulée « Néo-Martyrs », dans laquelle il loue ces mêmes saints comme des maîtres « particulièrement pénétrants » dont les « circonstances de vie » reflètent la guerre spirituelle de notre époque. Les deux lettres se trouvent côte à côte sur la page, séparées seulement par un sous-titre. Dans une lettre ultérieure à un autre prêtre, l'Ancien Jean Krestiankin alla plus loin, appelant les Néo-Martyrs « un témoignage vivant de la manière de se tenir dans la Vérité, de la manière de se rapporter à la politique, de la manière de ne pas sombrer dans les controverses si hostiles à l'esprit du christianisme », et exhortant le correspondant à « puiser les eaux vives de ces saintes sources ». Krestiankin vénérait les deux côtés de la question sergianiste sans apparemment reconnaître que beaucoup des Néo-Martyrs qu'il louait avaient été martyrisés précisément parce qu'ils refusèrent le compromis de 1927 de Serge. Son père spirituel d'enfance, l'archevêque Séraphim (Ostroumov) d'Orel, fut lui-même canonisé par le Patriarcat de Moscou en 2000 comme l'un des Néo-Martyrs russes: les saints mêmes dont Krestiankin contredit plus tard la position étaient ceux qui l'avaient formé dès l'âge de treize ans. Et dans une providence trop frappante pour être ignorée, Krestiankin s'endormit dans le Seigneur le 5 février 2006, le jour même de la fête des Saints Néo-Martyrs et Confesseurs de Russie, comme si, selon les mots de l'introduction du livre, « ces saints, dont certains qu'il connut personnellement, révélaient ainsi leur parenté avec cette âme longuement éprouvée ». L'exploitation vieille-calendariste Le P. Séraphim Rose, que beaucoup de vieux-calendaristes eux-mêmes vénèrent, aborda exactement leur méthode d'attaque contre les saints. Dans son étude du bienheureux Augustin, Rose avertit: À tout le moins, il est impoli et présomptueux de parler irrespectueusement d'un Père que l'Église et ses Pères ont aimé et glorifié. Notre « rectitude », même si elle est vraiment aussi « correcte » que nous pouvons le penser, ne peut être une excuse pour un tel manque de respect… que ceux qui sont plus « corrects » qu'eux dans leur compréhension craignent de perdre cette grâce par l'orgueil. — P. Séraphim Rose Rose donne un exemple concret: « la malheureuse tentative récente en Grèce de nier la sainteté de saint Nectaire du Pentapole, un grand thaumaturge de notre propre siècle, parce qu'il aurait supposément enseigné de manière incorrecte sur certains points doctrinaux. » En 1975, une abbesse vieille-calendariste nommée Magdalena publia un livre attaquant le grand thaumaturge avec des « accusations absurdes et viles ». L'Ancien Philothéos Zervakos publia un livre réfutant ses fantasmes; l'incident fut l'une des raisons pour lesquelles il conclut que la réconciliation avec les vieux-calendaristes radicaux était impossible. Ils le firent à saint Nectaire, et maintenant ils le font au hiéromartyr Daniel. Le schéma est toujours le même: trouver une erreur, aussi mineure soit-elle, et l'utiliser pour démolir un saint. Les vieux-calendaristes qui attaquent le hiéromartyr Daniel se spécialisent dans la mise en pièces d'un homme qui fut martyrisé pour le Christ, qui convertit des kamikazes, qui convertit de nombreux musulmans à l'Orthodoxie, qui marcha droit vers son assassin. Ils exagèrent ses défauts plutôt que de les excuser. Ainsi, ils manquent de l'humilité et de la sagesse que saint Photius manifesta quand il dit « nous embrassons les hommes » même sans suivre leurs erreurs. Le poids du témoignage direct Il y a un schéma dans la question sergianiste qui doit être énoncé clairement: la ligne de démarcation entre les saints qui ont condamné la Déclaration de 1927 et ceux qui l'ont défendue n'est pas chronologique. Elle est institutionnelle. Chaque saint extérieur au Patriarcat de Moscou s'est opposé au sergianisme, qu'il ait vécu du temps de Serge ou des décennies plus tard. Seuls les saints formés au sein du Patriarcat de Moscou l'ont défendu. Chaque Néo-Martyr canonisé qui s'est directement prononcé sur la capitulation du métropolite Serge le fit comme contemporain, témoin de la trahison de la liberté de l'Église en temps réel. Saint Joseph de Petrograd, saint Cyrille de Kazan, saint Victor de Glazov, saint André d'Oufa: ces hommes virent Serge engager la loyauté de l'Église envers l'État soviétique, virent leurs frères évêques arrêtés pour avoir refusé de se soumettre, et ils dirent non. Ils le payèrent par l'exil, l'emprisonnement et la mort. L'opposition ne s'arrêta pas avec leur génération. Des saints extérieurs au Patriarcat de Moscou continuèrent de condamner la Déclaration des décennies plus tard. Saint Jean de Shanghai et de San Francisco (†1966) témoigna que la Déclaration de Serge « n'a apporté aucun bénéfice à l'Église » (voir Chapitre 9: Glorifier le sergianisme et l'Église du KGB). Le métropolite Philarète de l'EORHF (†1985) maintint la séparation durant tout son mandat de Premier Hiérarque. Le P. Séraphim Rose (†1982), né sept ans après la Déclaration, s'opposa au sergianisme des années 1960 jusqu'à sa mort. Ces hommes vécurent trente, quarante, cinquante ans après 1927, et ils s'opposèrent au sergianisme aussi fermement que les Néo-Martyrs qui en furent les témoins directs. Le passage du temps n'adoucit pas leur jugement, parce qu'ils ne furent pas formés à l'intérieur de l'institution qui dépendait de la Déclaration pour son existence. Les saints qui défendirent le sergianisme venaient d'un monde différent. Saint Luc de Crimée était contemporain de Serge, mais son soutien était institutionnel, non théologique: il siégea au Synode de Serge après le Concile de 1943 sans jamais écrire une seule défense théologique de la Déclaration elle-même. L'Ancien Jean Krestiankin naquit en 1910. Le hiéromartyr Daniel Syssoev naquit en 1974, deux générations complètes après la controverse originale, dans un Moscou des années 1990 où les écrits des Néo-Martyrs étaient largement indisponibles et où l'Église des catacombes avait sombré dans la légende. Aucun d'entre eux ne fut témoin de ce à quoi ressembla la capitulation de Serge en temps réel; ils héritèrent de l'institution qui en émergea. Cela n'est pas propre à l'Église, mais simplement un schéma humain universel: la génération qui regarde un régime s'emparer du pouvoir y résiste, et la génération née sous ce régime l'accepte comme le seul monde qu'elle ait jamais connu. Les Russes qui se souvenaient de la vie avant 1917 ne cessèrent jamais de pleurer ce qui fut perdu. Leurs petits-enfants, élevés avec les manuels soviétiques et les fêtes soviétiques, ne pouvaient rien imaginer d'autre. Le cadre sergianiste du Patriarcat de Moscou suivit la même trajectoire: les évêques qui furent témoins de 1927 la reconnurent comme une capitulation; les prêtres nés des décennies plus tard acceptèrent l'institution compromise comme simplement « l'Église ». Au moment où Krestiankin formait ses vues, la Déclaration n'était plus une controverse vivante mais une histoire réglée. Au moment où Syssoev écrivait, l'Église des catacombes n'était plus un témoignage rival mais une légende qui s'effaçait. C'est exactement la dynamique contre laquelle saint Barsanuphe le Grand avertit (cité plus haut): les saints peuvent hériter d'enseignements de leurs mentors sans consulter Dieu pour savoir si ces enseignements sont vrais. « Les opinions de leurs maîtres se mêlèrent à leur propre enseignement. » La défense du sergianisme par les saints du Patriarcat de Moscou fut héritée, non vérifiée indépendamment. Ils acceptèrent ce qu'on leur enseigna, comme quiconque est élevé dans une maison sans jamais questionner les fondations parce qu'il n'a jamais vu leur construction. Syssoev, Krestiankin, saint Luc: chacun d'entre eux tient la même position sur le sergianisme. Pas un ne s'en écarte. Pas un n'examine la Déclaration selon ses propres termes. Pendant ce temps, pas une seule voix extérieure à la sphère soviétique n'a affirmé qu'engager la loyauté de l'Église envers un État athée était théologiquement défendable. Quand chaque membre d'une seule institution arrive à la même conclusion sur une question qui concerne directement la légitimité de cette institution, et que personne en dehors de cette institution n'est d'accord, nous ne sommes pas témoins d'un consensus patrum. Nous sommes témoins de la voix d'une institution parlant à travers les hommes qu'elle a formés. Ces hommes saints absorbèrent leur position de leur environnement spirituel. N'importe lequel d'entre nous, élevé dans le même milieu, aurait probablement tenu les mêmes vues. Nous avons l'avantage de la distance; eux non. Même saint Jean de Shanghai fut temporairement désorienté. En 1945, quand la pression soviétique d'après-guerre conduisit presque tous les évêques russes de Chine à se soumettre, saint Jean commémora brièvement le patriarche Alexis de Moscou. Il cessa dès qu'il reçut la nouvelle que le Synode de l'EORHF fonctionnait encore, et il fut le seul évêque en Chine à le faire. Plus tard, il condamna le sergianisme sans ambiguïté: la Déclaration « n'a apporté aucun bénéfice à l'Église », et la hiérarchie qui l'administrait était indiscernable du gouvernement soviétique lui-même (voir Chapitre 9: Glorifier le sergianisme et l'Église du KGB). La trajectoire de saint Jean expose les deux côtés. Les vieux-calendaristes qui attaquent la sainteté du hiéromartyr Daniel et de l'Ancien Krestiankin acceptent pleinement la sainteté de saint Jean. Ils ne disent pas: « Saint Jean a commémoré le patriarche Alexis en 1945, donc il ne peut pas être saint. » Ils reconnaissent qu'un saint peut être temporairement désorienté et demeurer saint. Pourquoi, alors, refusent-ils la même reconnaissance aux saints du Patriarcat de Moscou? Les circonstances de saint Jean lui permirent de reconsidérer; celles des saints du Patriarcat de Moscou non. Ce n'est pas une différence de sainteté. Et pour ceux qui invoquent l'approbation du sergianisme par les saints du Patriarcat de Moscou comme autorité: saint Jean de Shanghai est un Russe de naissance comme eux, né à Adamovka dans le gouvernement de Kharkov. Il vécut la Révolution, fuit les bolcheviques et passa sa vie en exil. Il n'est pas un étranger qui aurait mal compris les conditions russes. Depuis la réunion de 2007, il est aussi votre saint, vénéré dans vos églises, impossible à rejeter comme un polémiste de l'émigration ou un extrémiste vieux-calendariste. Son témoignage est puissant précisément parce qu'il tint un jour la position opposée et la rejeta ensuite. Il dut surmonter son propre engagement antérieur. Son « non » est un « non » éclairé. Saint Jean eut le bénéfice d'être hors de l'Union soviétique, où il put entendre les deux côtés librement. Il entendit les deux côtés. Il reconsidéra. Et il arriva à la même conclusion que toute autre voix orthodoxe hors de la sphère soviétique. Si vous vénérez ce saint russe qui fut libre de la pression soviétique, son changement d'avis ne mérite-t-il pas d'être pris en considération? Les deux publics connaissent déjà le principe. Ils ne l'appliquent tout simplement pas de manière cohérente. Si la confusion temporaire de saint Jean n'invalide pas sa sainteté, celle de Syssoev ou de Krestiankin non plus. Si la confusion temporaire de saint Jean ne prouve pas que le sergianisme est acceptable, la leur non plus. Le P. Séraphim Rose lui-même comprenait cette dynamique. Quand le clergé grec de l'EORHF l'attaqua pour avoir publié du matériel sur l'Ancien Tavrion, un membre de l'Église des catacombes qui avait rejoint le Patriarcat de Moscou pour servir des croyants dispersés, Rose défendit les deux positions simultanément. Il affirma que l'EORHF avait raison de ne pas communier avec l'Église soviétique, mais il affirma aussi qu'une vie orthodoxe authentique existait en son sein: « notre Église russe hors frontières n'a jamais enseigné » que l'Église soviétique est privée de grâce, écrivit-il; « c'est une opinion qui vous a été inculquée par certains convertis qui pensent que leur opinion prime sur celle de nos évêques ». Le métropolite Philarète de l'EORHF envoya personnellement le matériel sur Tavrion à Rose pour publication, qualifiant Tavrion d'« ancien sage et pieux » qui « appartenait d'abord à l'Église des catacombes » mais « rejoignit l'Église officielle » voyant « combien les fidèles étaient dispersés comme des brebis sans berger ». L'exemple de Tavrion éclaire la nuance que les deux extrêmes manquent. Les saints du Patriarcat de Moscou étaient des hommes véritablement saints vivant une vie orthodoxe authentique à l'intérieur d'une institution compromise. Leur sainteté n'est pas en question. Mais leur acceptation du compromis fondateur de cette institution ne porte pas le même poids que le témoignage direct des saints qui furent témoins du compromis et le refusèrent. Un groupe vit la trahison. L'autre groupe fut élevé dans ses suites. C'est le principe qui gouverne la manière dont nous lisons ces saints: nous suivons le consensus qui traverse les frontières institutionnelles. Quand chaque saint qui a abordé la question depuis l'extérieur d'une même institution y répond de la même manière, quand les saints des catacombes, les saints de l'EORHF et le monde orthodoxe plus large condamnent tous le sergianisme, et que les seules voix dissidentes sont celles formées au sein de l'institution qui dépendait de la Déclaration pour son existence légale, le consensus n'est pas ambigu. Nous suivons les témoins qui n'avaient rien à gagner de leur position. Pourquoi ces erreurs diffèrent du modèle de Cyrille Certains objecteront: « Si le hiéromartyr Daniel a défendu le sergianisme, pourquoi réprimandez-vous Cyrille pour avoir vénéré Serge mais passez-vous sous silence le martyr qui tenait une position similaire? » La trajectoire de saint Jean répond à cela. Il changea d'avis quand il reçut des informations de l'extérieur de la sphère soviétique. Le patriarche Cyrille en a reçu bien plus: la canonisation des Néo-Martyrs en 2000, la réunion avec l'EORHF en 2007, les écrits publiés de chaque saint qui a condamné la Déclaration. Il n'a pas changé. Il s'est endurci. La différence réside dans la nature de l'erreur et la posture envers la correction. La distinction la plus profonde est entre commettre une erreur et être obstiné. Le hiéromartyr Daniel croyait que les Joséphites étaient schismatiques. Il avait tort. Mais il tenait cette croyance en bonne conscience, l'ayant héritée de ses maîtres, et il vécut une vie orthodoxe de prière, de jeûne, de zèle missionnaire et finalement de martyre. Son erreur ne procédait pas de la rébellion contre l'Église mais de la confiance accordée aux mauvais maîtres sur une question qu'il n'examina jamais en profondeur. Même saint Cyrille de Kazan, l'un des Néo-Martyrs les plus éminents qui condamnèrent Serge, admit cette distinction en s'adressant directement à Serge en 1933: Je me vois contraint de faire ceci, m'adressant à toi qui t'affirmes effrontément comme le Chef-Évêque du pays, peut-être par erreur sincère, et, en tout cas, avec l'assentiment tacite d'une partie des frères évêques, qui sont désormais coupables avec toi de la violation du bon ordre canonique de l'Église orthodoxe russe. — Saint Cyrille de Kazan Si le Néo-Martyr canonisé qui traita Serge d'usurpateur put étendre cette interprétation charitable à Serge lui-même (au moins jusqu'à un certain point), combien plus devrions-nous l'étendre au hiéromartyr Daniel, qui hérita de sa position de ses maîtres plutôt que de l'avoir forgée? Contrastons cela avec le patriarche Cyrille. Il promeut activement le sergianisme comme politique officielle de l'Église. Il vénère annuellement Serge comme un « confesseur ». Il rejette explicitement les Néo-Martyrs canonisés comme des gens qui « observaient de loin, dans des conditions de complète sécurité personnelle » et répandaient des « fausses accusations ». Quand il est confronté au témoignage de saint Joseph de Petrograd, saint André d'Oufa, saint Cyrille de Kazan, saint Victor de Glazov et saint Jean de Shanghai, Cyrille ne reconsidère pas. Il les rejette. Comme Chapitre 9: Glorifier le sergianisme et l'Église du KGB le documente, saint Jean de Shanghai témoigna que la Déclaration de Serge « n'a apporté aucun bénéfice à l'Église » et que la hiérarchie qui l'administrait était indiscernable du gouvernement soviétique lui-même. Cyrille appelle l'architecte de cette hiérarchie un « confesseur ». Les saints canonisés appellent cela une capitulation. Une rébellion active contre le consensus des saints canonisés, non une erreur héritée tenue en bonne conscience. La chronologie rend le contraste plus frappant. Syssoev écrivit sa polémique en 1998, avant la canonisation de 2000, avant la réunion de 2007. Cyrille parle après les deux, avec un plein accès aux écrits de chaque Néo-Martyr canonisé. Ce sont des saints glorifiés de sa propre Église. Et il continue de les rejeter. Et là où la trajectoire de Syssoev allait vers la réconciliation, voyageant personnellement à New York pour amener des gens dans l'EORHF, celle de Cyrille va dans la direction opposée: du compromis œcuménique à la théologie de la guerre, du « dialogue » à la bénédiction des missiles. Les erreurs de Syssoev s'adoucirent avec le temps. Celles de Cyrille se sont endurcies. L'un est du blé mêlé d'ivraie. L'autre est de l'ivraie. La résolution Nous pouvons croire que le hiéromartyr Daniel Syssoev était saint et se trompait sur le sergianisme. Nous pouvons croire que l'Ancien Jean Krestiankin était saint et se trompait sur le sergianisme. Nous pouvons croire que saint Luc de Crimée était saint et se trompait sur le sergianisme. Nous pouvons honorer leurs souffrances et apprendre de leurs vertus sans les suivre là où ils ont erré. C'est la voie orthodoxe. Nous recevons le blé. Nous laissons l'ivraie. Nous nous souvenons que « nous portons ce trésor dans des vases d'argile » (2 Co 4, 7). Suivez le courage missionnaire de Syssoev. Suivez la patience de Krestiankin au Goulag et ses quarante années de soin pastoral. Suivez la constance de saint Luc sous la persécution. Rejetez la position sergianiste. Honorez leurs confessions. Faites confiance au consensus des Néo-Martyrs qu'ils ont contredits. Ne démolissez pas des hommes saints à cause de quelques erreurs et ne les jugez pas privés de grâce ou ne mettez pas en question leur sainteté, comme le P. Séraphim Rose nous l'enseigne. Hiéromartyr Daniel Syssoev, Ancien Jean Krestiankin, Saint Hiérarque Luc de Crimée, priez Dieu pour nous.