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Partie III Sergianisme, KGB et l'héritage soviétique
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L'Hérésie du Patriarche Cyrille
Chapitre 14

L'adhésion à l'évolution et à Charles Darwin

Les Nouveaux Martyrs furent fusillés en confessant que l’homme venait de Dieu, et non des singes. Saint Théophane le Reclus, un saint russe, appela à l’anathème de Darwin et de ses disciples, puis ajouta que leurs enseignements avaient déjà été anathématisés par l’Église. L’évolution (le darwinisme) n’était pas une théorie académique inoffensive en Russie. C’était l’une des armes utilisées par l’État athée contre l’Église. Les martyrs la rejetèrent comme un blasphème contre la création, et les interrogateurs soviétiques consignèrent cette confession avant de les exécuter.

Saint Théophane le Reclus
Saint Théophane le Reclus. Lithographie de P. F. Borel, 1860 (Domaine public).

Le Patriarche Cyrille dit aujourd’hui aux étudiants russes que l’évolution « témoigne d’un incroyable plan divin », et loue Darwin, qui se qualifia lui-même plus tard d’agnostique, comme « une personne très croyante ».

Pour comprendre la gravité des paroles de Cyrille, il faut d’abord se demander ce que l’évolution exige réellement d’un chrétien orthodoxe.

Qu’est-ce que l’évolution ?

La théorie moderne de l’évolution fut enseignée et popularisée par Charles Darwin.

Charles Darwin dans ses dernières années
Charles Darwin (1809-1882). Photo : Julia Margaret Cameron (Domaine public)

La théorie de l’évolution propose que tous les êtres vivants descendent d’un ancêtre commun. En termes simples, cela signifie que chaque créature appartient à un seul et immense arbre généalogique, des organismes vivants les plus simples aux êtres humains.

Selon cette théorie, la vie commença à partir d’une seule source vivante ancestrale, quelque chose comme un organisme unicellulaire très simple ou une population primitive. Au fil d’immenses périodes de temps, ses descendants changèrent lentement et se scindèrent en de nouvelles branches : des créatures semblables aux poissons donnèrent naissance aux amphibiens, des créatures semblables aux reptiles donnèrent naissance aux mammifères, et des ancêtres semblables aux singes donnèrent finalement naissance aux êtres humains. La sélection naturelle est le moteur de ce changement : les organismes naissent avec de légères variations ; celles qui aident un organisme à survivre et à se reproduire sont transmises, et celles qui ne le font pas sont éliminées.

Que doit accepter un chrétien orthodoxe pour croire à l’évolution ?

Note : les arguments suivants présupposent une foi entière en la Sainte Écriture : « Au commencement » (Genèse 1,1)… « Le Seigneur Dieu forma l’homme… » (Genèse 2,7)

Pour qu’un chrétien orthodoxe puisse croire à la théorie de l’évolution, il doit accepter toutes les thèses suivantes :

  1. Que les jours de la création dans la Genèse sont allégoriques.

L’Écriture nous dit que Dieu créa l’homme le sixième jour, et les Pères enseignent que chaque acte de création fut instantané.

Et Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance… Dieu créa donc l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu ; il les créa homme et femme… Et il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour.

— Genèse 1,26-27. 31

La théorie de l’évolution, en revanche, dépend de la sélection naturelle sur d’immenses périodes de temps. Si la création de l’homme au sixième jour est interprétée littéralement, l’évolution ne peut être vraie. Le seul moyen de concilier les deux est de traiter le « jour » dans la Genèse allégoriquement, comme si « jour » signifiait en réalité des millions d’années.

  1. Que la mort existait avant Adam.

L’évolution fonctionne par la sélection naturelle, et la sélection naturelle fonctionne par la mort. Les organismes qui ne parviennent pas à survivre ne laissent pas de descendance ; ceux qui survivent transmettent leurs caractères. Par conséquent, sans la mort, il n’y a pas de sélection naturelle et donc pas d’évolution. La mort est la pièce maîtresse et le moteur de toute la théorie de l’évolution telle qu’enseignée par Charles Darwin.

Si nous croyons qu’Adam (et donc tous les humains) est un produit de l’évolution, nous devons croire que la mort existait avant que Dieu ne crée Adam.

  1. Qu’un type de créature s’est transformé en un autre.

La théorie de l’évolution présentée par Charles Darwin propose la descendance commune : tous les êtres vivants partagent un seul ancêtre. Cela signifie que les humains ne sont pas apparus séparément, mais descendent de primates antérieurs, qui descendent de mammifères antérieurs, et ainsi de suite jusqu’aux organismes unicellulaires.

Toutefois, si chaque type de créature fut créé séparément par Dieu, il n’y a pas de descendance commune, et la théorie de l’évolution s’effondre.

(Note : la variation au sein d’un type, par exemple les différentes races de chiens, est de la variation, non de l’évolution. Cette confusion courante est abordée directement par le Père Séraphim Rose plus loin dans ce chapitre).

L’Écriture et les Pères réfutent les trois thèses

Le consensus patrum, l’accord des Pères, réfute les trois.

Contre la thèse 1 : La création fut littérale et instantanée

L’Écriture elle-même résiste à la lecture allégorique des jours :

Et il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour.

— Genèse 1,31

Qu’est-ce que le soir et le matin d’un million d’années ? Il n’existe aucune interprétation patristique qui traite le soir et le matin autrement que comme des parties d’un jour littéral.

L’Exode rend le propos encore plus clair :

Car en six jours le Seigneur a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, et il s’est reposé le septième jour.

— Exode 20,11

L’Exode présente le septième jour comme le fondement scripturaire du commandement du Sabbat : six jours de labeur, puis un vrai jour de saint repos. L’Église ne traite pas ce repos comme un symbole de millions d’années. Les chrétiens orthodoxes reçoivent le Jour du Seigneur comme un jour de culte et de repos ; la tradition nous enseigne à nous abstenir de nos propres travaux ce jour-là, sauf en cas de véritable nécessité ou d’œuvres de miséricorde.[1] Si le commandement est reçu littéralement dans la vie de l’Église, les six jours sur lesquels repose le commandement ne peuvent être discrètement réinterprétés comme des ères.

Il ne s’agit pas d’une interprétation privée imposée à l’Écriture. C’est la lecture que les Pères eux-mêmes donnent. L’interprétation orthodoxe de l’Écriture est permise lorsqu’elle s’inscrit dans le consensus des Pères ; les Pères sont cités ci-dessous précisément pour montrer que cette lecture n’est pas une opinion privée, mais la pensée de l’Église.

Les Pères ont confirmé la lecture littérale à l’unanimité. Saint Éphrem le Syrien, décédé en 373, insista sur le fait que la Genèse décrit des événements réels, non des symboles :

Que personne ne pense donc qu’il y ait quoi que ce soit d’allégorique dans les œuvres des six jours. Personne ne peut dire à juste titre que les choses qui se rapportent à ces jours étaient symboliques, ni que c’étaient des noms sans signification ou que d’autres choses étaient symbolisées pour nous par leurs noms. Sachons plutôt de quelle manière exacte le ciel et la terre furent créés au commencement. C’étaient véritablement le ciel et la terre.

— Saint Éphrem le Syrien, Commentaire sur la Genèse I.1, FC 91, p. 74 ; trad. en ligne : IATH, University of Virginia

Les jours eux-mêmes étaient des périodes de temps littérales, et chaque acte de création fut instantané :

Bien que la lumière et les nuages aient été créés en un clin d’œil, le jour et la nuit du premier jour furent chacun accomplis en douze heures.

— Saint Éphrem le Syrien, Commentaire sur la Genèse I.8, FC 91, p. 80 ; trad. en ligne : IATH, University of Virginia

Tout ce que Dieu fit apparut pleinement mature à l’instant de sa création.

De même que les arbres, la végétation, les animaux, les oiseaux, et même l’humanité étaient vieux, ils étaient aussi jeunes. Ils étaient vieux selon l’apparence de leurs membres et de leurs substances, mais ils étaient jeunes en raison de l’heure et du moment de leur création.

— Saint Éphrem le Syrien, Commentaire sur la Genèse I.25, FC 91, p. 91 ; trad. en ligne : IATH, University of Virginia

Saint Basile le Grand enseigne la même chose dans son Hexaéméron, neuf homélies sur les six jours de la création. Il définit le premier jour comme étant de vingt-quatre heures.

S’il dit donc « un seul jour », c’est dans le dessein de déterminer la mesure du jour et de la nuit… vingt-quatre heures remplissent l’espace d’un seul jour.

— Saint Basile le Grand, Hexaéméron 2.8

L’évolution ne peut se produire en sept jours littéraux.

Les Pères n’imaginaient pas l’histoire sacrée à l’échelle de millions d’années. Saint Irénée situe toute l’histoire du monde dans un cadre de milliers d’années, non de millions :

Car en autant de jours que ce monde fut fait, en autant de milliers d’années il sera conclu.

Car le jour du Seigneur est comme mille ans ; et en six jours les choses créées furent achevées : il est donc évident qu’elles prendront fin à la sixième millième année.

— Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies 5.28, ANF vol. 1, p. 1414

Saint Théophile d’Antioche compta de même les années depuis la Création en milliers, et rejeta explicitement les erreurs « de milliers et de dizaines de milliers » :

Toutes les années depuis la création du monde s’élèvent à un total de 5 698 ans, et quelques mois et jours en sus.

Car même si une erreur chronologique a été commise par nous, de 50 ou 100, voire 200 ans, ce ne sont cependant pas des milliers ni des dizaines de milliers, comme Platon et Apollonius et d’autres auteurs mensongers ont écrit jusqu’ici.

— Saint Théophile d’Antioche, À Autolycus III.28-29, ANF vol. 2, pp. 292-293

La tradition calendaire de l’Église conserve le même horizon : l’histoire sacrée se compte en milliers d’années, non en millions. L’argument ici porte sur l’échelle, non sur la défense d’un calcul chronologique exact contre toutes les traditions manuscrites. Les chronologies de la Septante, massorétique et samaritaine diffèrent, mais aucune d’entre elles n’offre les millions ou milliards d’années que l’évolution exige. Le comput byzantin traditionnel situe la Nativité du Christ 5 508 ans après la Création, et un tableau de Paschalion dans le Typikon de la Grande Église du Christ donne 2026 comme l’an 7534 depuis la Création.[2] Le Père Daniel Syssoev suit la même chronologie de la Septante.[3]

Saint Basile enseigna également que chaque acte créateur fut instantané par commandement divin :

« Que la terre », ajoute le Créateur, « produise l’arbre fruitier portant du fruit selon son espèce, ayant en soi sa semence »… tous les arbres, sapin, cèdre, cyprès, pin, s’élevèrent à leur plus grande hauteur, les arbustes furent aussitôt revêtus d’un épais feuillage… en un instant ils vinrent à l’existence.

— Saint Basile le Grand, Hexaéméron 5.6

Saint Ambroise de Milan enseigna la même chose en Occident :

Il ne parla pas pour que l’action s’ensuive ; bien plutôt, l’action fut accomplie avec la Parole.

— Saint Ambroise de Milan, Hexaéméron 1.9, FC 42, p. 39

On pourrait concéder que Dieu parla le sixième jour mais arguer que la création se déploya ensuite graduellement après qu’Il eut parlé. Saint Ambroise écarte cette possibilité : l’action ne fut pas une conséquence qui suivit la Parole ; elle fut accomplie avec la Parole. Il n’y a aucun intervalle après le commandement dans lequel insérer des millions d’années.

Saint Ambroise confirme en outre que seule la période de vingt-quatre heures reçoit le nom de « jour » :

L’Écriture a établi comme loi que vingt-quatre heures, comprenant le jour et la nuit, ne doivent recevoir que le nom de jour…

— Saint Ambroise de Milan, Hexaéméron 1.10, FC 42, p. 42

Sur la rapidité de l’acte créateur de Dieu, saint Ambroise fut explicite : il n’y eut ni délai, ni processus graduel. L’acte devança le temps lui-même :

Et c’est à juste titre que [Moïse] ajouta : « Il créa », de peur qu’on ne pense qu’il y eut un délai dans la création. De plus, les hommes verraient aussi combien le Créateur était incomparable, Lui qui accomplit une si grande œuvre dans le plus bref instant de Son acte créateur, à tel point que l’effet de Sa volonté devança la perception du temps.

— Saint Ambroise de Milan, Hexaéméron 1.4, FC 42, p. 139

L’évolution est impossible pour un chrétien orthodoxe

Aucun Concile œcuménique n’a émis de définition séparée sur la création littérale, mais le VIIe Concile œcuménique enseigna : « Si quelqu’un rejette une tradition écrite ou non écrite de l’Église, qu’il soit anathème. »[4] Le consensus invoqué ici n’est pas chaque détail exégétique accessoire ni chaque calcul chronologique. C’est l’horizon dogmatique partagé des Pères : la Genèse est une révélation divine sur la création réelle ; Dieu crée par son commandement, non par un processus naturel mû par la mort ; l’homme est formé de manière unique par Dieu ; et la mort et la corruption sont liées à la Chute.

Si la création fut accomplie « en un clin d’œil », « dans le plus bref instant », il n’y a pas de place pour des millions d’années de développement graduel. L’évolution est impossible. Y greffer après coup la Genèse revient à contredire le témoignage des Pères et des saints.

Saint Jean Chrysostome, le plus grand prédicateur de l’histoire de l’Église :

Il commanda seulement, et tous jaillirent.

— Saint Jean Chrysostome, Homélie 10 sur les Statues, NPNF 1-09, p. 605

Certains soutiennent que saint Augustin, souvent présenté comme flexible sur la création, laisse la porte ouverte à l’évolution. Mais Augustin argumenta que Dieu créa tout simultanément plutôt qu’en six jours temporels, ce qui signifie qu’il pensait que la création s’était produite plus vite qu’en six jours, non sur des ères immenses. Ainsi, même lorsqu’un Père diverge sur la question de savoir si les jours se déroulèrent séquentiellement ou simultanément, cette divergence n’aide pas l’évolution : les deux positions nient un long processus naturel. Tout son projet dans La Genèse au sens littéral consistait à prouver que la Genèse devait être lue comme une histoire littérale, non comme une allégorie :

Le récit de ces livres n’est pas écrit dans un style littéraire propre à l’allégorie, comme dans le Cantique des Cantiques, mais d’un bout à l’autre dans un style propre à l’histoire, comme dans les Livres des Rois.

— Bienheureux Augustin, La Genèse au sens littéral, ACW 41, p. 43

Les Livres des Rois sont écrits comme une histoire littérale, avec un temps littéral. Augustin dit que la Genèse doit être lue de la même manière.

Contre la thèse 2 : Pas de mort avant la Chute

L’apôtre Paul enseigne que la mort est entrée dans le monde par le péché d’un seul homme :

C’est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes.

— Romains 5,12

Saint Jean Chrysostome commente directement ce passage :

« C’est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes… » Celui-ci étant tombé une fois, même ceux qui n’avaient pas mangé de l’arbre devinrent par lui, tous, mortels.

— Saint Jean Chrysostome, Homélie 10 sur l’Épître aux Romains, NPNF1-11

Saint Paul enseigne également que la création elle-même n’était pas originellement corruptible ; elle le devint à cause du péché de l’homme :

Car la créature a été assujettie à la vanité, non de son gré.

— Romains 8,20

Saint Jean Chrysostome explique ce que cela signifie :

Que signifie « la création a été assujettie à la vanité » ? Qu’elle est devenue corruptible. Pour quelle cause et pour quelle raison ? À cause de toi, ô homme. Car puisque tu as reçu un corps mortel et sujet à la souffrance, la terre aussi a reçu une malédiction.

— Saint Jean Chrysostome, Homélie 14 sur l’Épître aux Romains, NPNF1-11

La mort avant Adam est impossible pour le chrétien orthodoxe

Si la mort n’existait pas avant Adam, toute la théorie de l’évolution s’effondre immédiatement. L’évolution nécessite la sélection naturelle, et la sélection naturelle nécessite la mort. Si la mort n’existait pas avant Adam, Adam ne peut être un produit de l’évolution, car cela exigerait que la mort existât avant Adam.

Saint Jean Chrysostome enseigna que le corps d’Adam avant la Chute n’était ni corruptible ni mortel :

Ce corps n’était pas ainsi corruptible et mortel ; mais comme une statue d’or tout juste sortie de la fournaise…

— Saint Jean Chrysostome, Homélie 11 sur les Statues, NPNF1-09, p. 607

Saint Jean Chrysostome affirma clairement que si le corps d’Adam avait été mortel avant la transgression, la mort n’aurait pu en être le châtiment :

Avait-il un corps mortel quand il pécha ? Assurément non : car s’il avait été mortel auparavant, il n’aurait pas subi la mort comme châtiment par la suite.

— Saint Jean Chrysostome, Homélie 17 sur la Première Épître aux Corinthiens, NPNF1-12

Saint Éphrem le Syrien :

Quand Dieu créa Adam, Il ne le fit ni mortel, ni ne le façonna immortel, afin qu’Adam, en gardant ou en transgressant le commandement, pût acquérir de l’un des arbres la [vie] qu’il préférait.

— Saint Éphrem le Syrien, Commentaire sur la Genèse II.18, FC 91, p. 109 ; trad. en ligne : IATH, University of Virginia

La mort et les épines ne vinrent qu’après la transgression :

C’est pourquoi, de même que les douleurs furent décrétées contre Ève et ses filles, de même les épines et la mort contre Adam et sa postérité…

— Saint Éphrem le Syrien, Commentaire sur la Genèse III.32, FC 91, p. 121 ; trad. en ligne : IATH, University of Virginia

Saint Augustin :

Le premier couple humain avait en effet des corps naturels, mais des corps destinés à mourir seulement s’ils péchaient, des corps qui auraient reçu une forme angélique et une qualité céleste.

— Bienheureux Augustin, La Genèse au sens littéral, ACW 41, p. 91

Les humains étaient destinés à mourir uniquement après l’introduction du péché. Le péché n’existait pas dans le monde avant la consommation du fruit défendu ; la mort ne peut donc avoir existé avant le péché d’Adam.

Contre la thèse 3 : Aucune créature ne se transforme en une autre

L’Écriture enseigne que Dieu créa l’homme directement, non par transformation à partir d’un autre type :

Et le Seigneur Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, et il souffla dans ses narines un souffle de vie ; et l’homme devint un être vivant.

— Genèse 2,7

Si l’homme fut formé de la poussière, il ne descendit pas des animaux. Aucune interprétation patristique ne soutient l’affirmation que l’homme descend des animaux.

Saint Augustin confirma que Dieu avait fixé des limites permanentes aux types de créatures :

Il ne crée pas maintenant quelque nouvelle espèce de créature qu’Il n’aurait pas alors créée dans les œuvres qu’Il acheva.

— Bienheureux Augustin, La Genèse au sens littéral, ACW 41, p. 110

Saint Luc de Crimée et de Simféropol (Voïno-Iassenetski) n’était pas un marginal anti-scientifique. C’était un professeur de chirurgie dont les travaux pionniers sur les plaies purulentes remportèrent le Prix Staline, la plus haute distinction scientifique de l’Union soviétique ; il reste le seul ecclésiastique à l’avoir jamais reçu.[5][6] L’État soviétique lui-même l’honora comme l’un de ses principaux scientifiques.[7][8] Il opéra des soldats pendant la guerre tout en servant comme archevêque, fut glorifié par le Patriarcat de Moscou en 2000, et est vénéré à Simféropol encore aujourd’hui.[9] Voici ce que saint Luc dit de Darwin :

Icône de Saint Luc de Crimée
Icône de Saint Luc de Crimée, église Saint-Nicolas, Batoumi. Photo : Wikivorker (CC0).

Le darwinisme, qui déclare que l’homme, par le biais de l’évolution, s’est développé à partir des espèces inférieures d’animaux, et n’est pas un produit de l’acte créateur de la Divinité, s’est avéré n’être qu’une supposition, une hypothèse, devenue obsolète même pour la science. Cette hypothèse a été reconnue comme contraire non seulement à la Bible, mais à la nature elle-même, qui s’efforce jalousement de préserver la pureté de chaque espèce, et ne connaît de transition même pas d’un moineau à une hirondelle.

— Saint Luc (Voïno-Iassenetski), « Science et Religion », cité dans le Père Séraphim Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 809

C’est le propre saint du Patriarche Cyrille, de la propre Église de Cyrille, et saint Luc qualifia le darwinisme de « simple supposition » que la nature elle-même contredit. L’affirmation selon laquelle rejeter l’évolution serait anti-scientifique ne survit pas à ce témoignage.

Saint Païssios l’Athonite exposa la question simplement :

Saint Païssios l'Athonite
Saint Païssios l’Athonite, mosaïque au monastère de Souroti. Photo : Spartacos31 (CC BY 4.0).

Le Christ est né d’un être humain, la Panagia ! Sommes-nous censés croire que Ses ancêtres étaient des singes ? Quel blasphème !

— Saint Païssios l’Athonite, Paroles spirituelles, vol. 1, p. 332

Saint Païssios poursuivit :

Et ceux qui soutiennent cette théorie ne réalisent pas qu’ils blasphèment. Ils jettent une pierre et ne vérifient pas combien de têtes ils ont fêlées. Tout ce que vous entendrez de leur part, c’est : « La mienne est allée plus loin que celle de l’autre. » Voilà à quoi ils se consacrent de nos jours ; ils s’émerveillent de savoir qui lancera une pierre le plus loin. Mais ils ne se soucient pas de ceux qui passent et des nombreuses têtes que leurs pierres fêleront.

— Saint Païssios l’Athonite, Paroles spirituelles, vol. 1, p. 332

La question n’est pas anodine. L’un de nos saints contemporains les plus aimés qualifia cela de blasphème.

Les conséquences théologiques de cette thèse sont examinées plus en détail ci-dessous dans « Ce que l’évolution détruit ».

Les trois thèses nécessaires s’effondrent

L’évolution requiert que les trois thèses soient vraies : les jours traités comme de vastes ères, la mort avant Adam, et la transformation d’une créature en une autre. L’Écriture et les Pères nient les trois explicitement. Si même une seule échoue, la théorie ne peut tenir ; les trois échouent à l’examen.

Avec ce témoignage en place, nous pouvons maintenant nous tourner vers les propres paroles du Patriarche Cyrille.

Ce que Cyrille a réellement dit

Voici ce que le Patriarche Cyrille déclara aux étudiants de l’Université scientifique et technologique Sirius en septembre 2024 :

Бог создал потрясающую Вселенную, он вложил в нас способность к развитию. Иногда говорили, что эволюция против, так сказать, Божьего замысла. Но она не против Божьего замысла, она свидетельствует о невероятном Божественном замысле, когда человек своими силами, опираясь на внешние факторы, может развиваться таким образом, как это произошло в результате эволюции. Поэтому для меня эволюция живого мира — Дарвин, кстати, тоже был очень верующим человеком — никогда не была фактором антирелигиозных аргументов.

Dieu a créé un Univers stupéfiant ; Il nous a donné la capacité de nous développer. Parfois on dit que l’évolution va à l’encontre du plan de Dieu. Mais elle ne va pas à l’encontre du plan de Dieu ; elle témoigne d’un incroyable plan divin, lorsqu’une personne, par ses propres efforts, en s’appuyant sur des facteurs extérieurs, peut se développer de la manière qui s’est produite à la suite de l’évolution. C’est pourquoi, pour moi, l’évolution du monde vivant — Darwin, d’ailleurs, était aussi une personne très croyante — n’a jamais été un facteur d’arguments antireligieux.

— Patriarche Cyrille, cité dans l’entretien Legoïda, https://www.patriarchia.ru/article/112547 (22 octobre 2024)

Cyrille nomma Darwin directement et endossa « l’évolution du monde vivant » comme témoignage du plan de Dieu. L’évolution darwinienne ne peut être soutenue sans accepter les trois thèses déjà décrites :

Thèse 1 : Cyrille dit qu’une personne « peut se développer de la manière qui s’est produite à la suite de l’évolution ». L’évolution, telle qu’enseignée par Charles Darwin, requiert d’immenses ères de développement graduel. Si l’homme s’est développé « à la suite de l’évolution », le récit de la Genèse où Dieu crée l’homme le sixième jour ne peut tenir comme véritable histoire sacrée. Les jours doivent être transformés en vastes ères ou autrement vidés de leur force historique. Par conséquent, le Patriarche Cyrille n’a pas simplement permis une allégorie spirituelle ; il a subordonné la Genèse à un cadre temporel évolutionniste qui contredit le consensus patrum.

Thèse 2 : L’évolution, telle qu’enseignée par Darwin, fonctionne par la sélection naturelle. La sélection naturelle requiert la mort. En approuvant l’évolution darwinienne, le Patriarche Cyrille accepte nécessairement que la mort était à l’œuvre avant que l’homme n’existât. Par conséquent, le Patriarche Cyrille a affirmé la mort avant Adam, ce qui contredit le consensus patrum.

Thèse 3 : Cyrille endosse « l’évolution du monde vivant » dans son ensemble. Dans la théorie de Darwin, cela signifie que tous les êtres vivants partagent un ancêtre commun : les poissons devinrent amphibiens, les reptiles devinrent mammifères, les singes devinrent hommes. Si l’homme fait partie de « l’évolution du monde vivant », il ne fut pas créé séparément. Par conséquent, le Patriarche Cyrille a affirmé la transformation d’une créature en une autre, ce qui contredit le consensus patrum.

Dans une déclaration séparée de 2016, Cyrille alla plus loin : « Il est naïf de lire la Genèse comme le manuel d’anthropogenèse. »[10] En termes plus simples, le Patriarche Cyrille nous dit que la Genèse ne devrait pas être lue comme un récit réel de la manière dont l’homme est apparu. Or, c’est exactement ainsi que chaque Père cité ci-dessus lit la Genèse. Saint Éphrem dit « que personne ne pense qu’il y ait quoi que ce soit d’allégorique ». Saint Augustin dit que c’est écrit « dans un style propre à l’histoire ». Le Patriarche Cyrille qualifie les Pères de naïfs.

Il a nommé Darwin, endossé la théorie et nié que la Genèse soit une histoire littérale.

Sur Charles Darwin

Pourquoi l’évolution doit être rattachée à Charles Darwin

Le mot « évolution » est utilisé de manière vague, et différentes personnes entendent différentes choses. Certains entendent la théorie complète enseignée par Charles Darwin : descendance commune, sélection naturelle, des singes devenant des hommes sur de vastes ères. D’autres entendent quelque chose de bien plus simple : que les races de chiens changent au fil du temps, que les organismes s’adaptent à leur environnement, que la variation existe au sein d’une espèce.

Ce n’est pas la même chose. Le Père Séraphim Rose souligna que les propres observations de Darwin ne concernaient pas du tout l’évolution, mais la variation :

Les spéculations de Darwin étaient fondées presque entièrement sur ses observations, non de l’évolution, mais de la variation. Lorsqu’il voyageait dans les îles Galápagos, Darwin se demandait pourquoi il y avait treize variétés différentes d’un même type de pinson, et pensait que c’était parce qu’il y avait une variété originale qui s’était développée selon son environnement. Cela n’est pas de l’évolution mais de la variation. De là, il sauta à la conclusion que si l’on continue à faire de petits changements comme celui-là, on finira par avoir une créature absolument différente. Le problème en essayant de prouver cela scientifiquement est que personne n’a jamais observé ces changements plus importants ; on n’a observé que des changements au sein d’un même type.

— Père Séraphim Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 519

Darwin observa des pinsons varier. Il appela cela le début de l’évolution. Ses disciples utilisent encore le même procédé : désigner les races de chiens, la résistance bactérienne, les becs de pinsons, et dire « voyez, l’évolution ». Mais la variation n’est pas l’évolution. Le Père Séraphim Rose alla plus loin :

Je souhaite vous rendre ceci très clair : je ne nie nullement le fait du changement et du développement dans la nature. Qu’un homme adulte se développe à partir d’un embryon ; qu’un grand arbre pousse d’un petit gland ; que de nouvelles variétés d’organismes se développent, qu’il s’agisse des « races » humaines ou de différentes espèces de chats, de chiens et d’arbres fruitiers — mais tout cela n’est pas de l’évolution : c’est seulement de la variation au sein d’un type ou d’une espèce déterminée ; cela ne prouve ni ne suggère même (à moins que vous ne croyiez déjà cela pour des raisons non scientifiques) qu’un type ou une espèce se développe en un autre et que toutes les créatures actuelles sont le produit d’un tel développement à partir d’un ou de quelques organismes primitifs.…

Personne, « évolutionniste » ou « anti-évolutionniste », ne niera que les « propriétés » des créatures peuvent être modifiées ; mais cela ne constitue pas une preuve de l’évolution à moins qu’il ne puisse être démontré qu’un type ou une espèce peut être transformé en un autre, et plus encore, que chaque espèce se transforme en une autre dans une chaîne ininterrompue remontant à l’organisme le plus primitif.

— Père Séraphim Rose, cité dans Hiéromoine Damascène, Not of This World, p. 512

La distinction n’est pas simplement sémantique. La variation décrit le changement au sein d’un type. L’évolution exige qu’un type de créature devienne un autre. Le premier ne prouve pas le second. L’élevage canin prouve une variation spectaculaire au sein d’un type, non la transformation d’un type en un autre. Comme l’écrit le biologiste évolutionniste Frank Hailer : « pour les biologistes de l’évolution, tous les chiens sont simplement des chiens ». La biologie courante explique pourquoi : « La sélection naturelle ne peut sélectionner que parmi la variation existante dans la population ; elle ne peut rien créer à partir de rien. » La sélection peut exagérer, supprimer et recombiner ce qui est disponible ; elle ne montre pas qu’un chien peut devenir autre chose qu’un chien.[11]

Le Père Séraphim Rose refusa même d’utiliser le mot « évolution » pour ces processus :

Utiliser des exemples de processus micro-évolutifs observables comme preuves de la macro-évolution confond tout simplement les deux questions. Pour éviter toute confusion dans cette annexe, le terme évolution signifiera strictement macro-évolution. La micro-évolution sera plus justement décrite par des termes tels que variation ou adaptation.

— Père Séraphim Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 827

Cette confusion entre variation et évolution permet un schéma rhétorique connu en logique sous le nom de sophisme de la motte castrale (motte-and-bailey fallacy) : une position forte et controversée est avancée (le bailey), mais lorsqu’elle est contestée, la personne se replie sur une position plus faible et facilement défendable (la motte), puis fait comme si défendre la position faible validait la forte.

Infographie intitulée Comment le sophisme de la motte castrale fonctionne, montrant une affirmation forte se repliant vers une affirmation plus facile puis revenant à l'affirmation d'origine
Le sophisme de la motte castrale : une affirmation forte se replie vers une affirmation plus sûre lorsqu’elle est contestée, puis revient comme si l’affirmation forte avait été défendue.

Cela n’a pas besoin d’être délibéré. Beaucoup de chrétiens orthodoxes qui disent « croire en l’évolution » ne pensent peut-être sincèrement qu’à la variation. Mais l’évolution telle qu’elle est communément comprise signifie la descendance commune : l’homme descend des singes, toute vie partage un seul ancêtre, et la mort a conduit le processus sur d’immenses ères. Une personne qui soutient l’interprétation plus douce et défend l’« évolution » sur cette base fournit sans le savoir une couverture à l’affirmation plus forte, parce que le mot véhicule les deux sens et que les gens ordinaires entendent le plus fort.

Aucune de ces observations courantes n’était appelée « évolution » avant Darwin.[12]

En 1828, le dictionnaire de Noah Webster définissait encore « evolution » uniquement comme « dépliement ou déroulement », sans aucun sens biologique. Le mot ne fut appliqué à ces phénomènes qu’après que Darwin en eut fait le cadre dominant pour expliquer la vie. Par conséquent, la personne qui veut dire « je parle simplement de variation » utilise le mot de Darwin, emprunté à la théorie de Darwin, pour décrire quelque chose qui était compris bien avant la naissance de Darwin. Un phénomène bien compris et innocent reçoit le même nom qu’un phénomène blasphématoire. L’acceptation du mot pour le cas inoffensif devient une passerelle vers l’acceptation de la théorie qu’il désigne réellement.

Aucun saint n’a jamais condamné la variation au sein d’un type. Ils ont condamné l’affirmation que l’homme descend d’animaux inférieurs, que la mort précéda le péché, et que la Genèse ne décrit pas une histoire réelle. C’est la théorie de Darwin. Elle ne peut être réduite aux observations qui la précédèrent puis défendue sous son nom.

Le Patriarche Cyrille ne laisse pas de place à ce repli. Il n’a pas dit « je crois que les organismes s’adaptent à leur environnement ». Il a dit que l’évolution « témoigne d’un incroyable plan divin », et il a nommé Darwin directement, le qualifiant de « personne très croyante ». C’est l’approbation d’une théorie spécifique par un homme spécifique.

Darwin n’était pas un croyant

Darwin était-il « une personne très croyante », comme Cyrille l’affirme ?

Charles Darwin fut baptisé anglican et étudia à l’Université de Cambridge, avec l’intention initiale de devenir ecclésiastique, mais il perdit graduellement sa foi. En 1879, vingt ans après la publication de L’Origine des espèces, il décrivit sa propre position :

Je pense que généralement (et de plus en plus à mesure que je vieillis), mais pas toujours, qu’agnostique serait la description la plus correcte de mon état d’esprit.

— Charles Darwin, lettre à John Fordyce, 1879[13]

Darwin ne fut jamais orthodoxe, jamais un homme d’Église, et de son propre aveu pas un croyant.[14] L’homme que le Patriarche Cyrille loua comme « très croyant » se qualifiait lui-même d’agnostique. La théorie que Cyrille endossa comme témoignage du plan de Dieu fut conçue pour expliquer la vie sans Dieu.

Ce que l’évolution détruit

Les trois thèses précédemment traitées sont plus que des erreurs sur la Genèse. Elles démantèlent ce que la foi orthodoxe enseigne sur ce qu’est l’homme, pourquoi le Christ est venu, et ce que signifie le salut.

Si l’homme descend des singes, alors la Théotokos descend des singes, et le Christ a pris chair d’une créature dont les ancêtres étaient des animaux. Si l’homme n’est pas directement la création de Dieu mais le produit d’un processus qui l’a fait à partir d’animaux par la mort, le fondement du salut est renversé. Le Père Daniel Syssoev posa la question directement à ses catéchumènes : « Pourquoi le dogme de la création est-il considéré comme l’un des dogmes les plus importants du christianisme ? »[15]

Si l’homme n’a pas été créé par le Seul Vrai Dieu, et qu’au lieu de cela il descend des singes, alors il n’y a aucune raison pour que Dieu le sauve : l’homme n’appartient pas à Dieu, il n’est pas la création de Dieu. Pour Dieu, c’est une créature étrangère, inutile.

— Père Daniel Syssoev, Entretiens catéchétiques, p. 132

L’âme

Il y a un problème supplémentaire auquel même ceux qui tentent de concilier l’évolution avec Dieu ne peuvent répondre : les âmes des animaux ne sont pas immortelles. Seuls les humains furent faits à l’image de Dieu, et seules les âmes humaines ne périssent pas. Le Métropolite Hiérothéos Vlachos, s’appuyant sur saint Grégoire Palamas, explique pourquoi l’âme de l’homme et l’âme d’un animal sont des choses catégoriquement différentes :

C’est pourquoi, puisque l’âme des animaux n’a que l’énergie, elle meurt avec le corps. Au contraire, l’âme de l’homme possède non seulement l’énergie mais aussi l’essence : « L’âme possède la vie non seulement comme activité mais aussi essentiellement, puisqu’elle vit par elle-même… C’est pour cette raison que, lorsque le corps périt, l’âme ne périt pas avec lui. » Elle demeure immortelle.

— Mét. Hiérothéos Vlachos, Orthodox Psychotherapy, p. 105, citant saint Grégoire Palamas, 150 Chapitres, ch. 30-33, 38

Cela pose une question difficile à ceux qui tentent de concilier l’évolution avec l’Orthodoxie : quand, dans les millions d’années de l’évolution, les animaux ont-ils acquis une âme immortelle ?

L’âme animale meurt avec le corps. L’âme humaine non. Ce ne sont pas deux points sur un continuum ; ce sont deux réalités catégoriquement différentes. L’évolution propose une transition graduelle de l’une à l’autre, mais il n’y a pas de transition graduelle du mortel à l’immortel, de l’énergie à l’essence.

Le Dr Alexandre Kalomiros, un médecin grec orthodoxe qui tenta de concilier l’évolution avec l’Orthodoxie, admit le problème ouvertement : « Nous n’avons rien par quoi conclure à quel stade de l’évolution le souffle de Dieu fut donné à l’animal. »[16] Le Père Séraphim Rose souleva ce même problème dans sa réponse à Kalomiros, qui devint la réfutation patristique définitive des tentatives d’insérer Dieu dans le cadre évolutionniste.[17]

Même les défenseurs de cette position ne peuvent dire quand l’âme apparut dans le processus d’évolution de l’homme à partir d’un organisme unicellulaire. Ce n’est pas une conciliation ; c’est une contradiction laissée irrésolue.

La trajectoire de l’homme

Les animaux furent appelés à l’existence par un commandement, mais Dieu forma l’homme différemment. Saint Éphrem note :

Bien que les bêtes, le bétail et les oiseaux fussent égaux [à Adam] dans leur capacité de procréer et en ce qu’ils avaient la vie, Dieu accorda néanmoins un honneur à Adam de bien des manières : premièrement, en ce qu’il est dit que Dieu le forma de Ses propres mains et souffla la vie en lui.

— Saint Éphrem le Syrien, Commentaire sur la Genèse II.7, FC 91, p. 99 ; trad. en ligne : IATH, University of Virginia

La forme que Dieu donna à l’homme n’était pas celle d’une bête. Saint Grégoire de Nysse écrit :

La forme de l’homme est droite, et s’élève vers le ciel, et regarde vers le haut : et ce sont là des marques de souveraineté qui montrent sa dignité royale.

— Saint Grégoire de Nysse, De la création de l’homme VIII.1, NPNF2-05, p. 727

Les animaux furent faits par commandement. L’homme fut formé par les propres mains de Dieu, reçut le souffle de vie directement, et reçut une forme droite qui le marque comme souverain. En termes orthodoxes, l’homme n’est pas produit par un mécanisme créé que Dieu se contente de superviser ; il est formé par l’action directe de Dieu. Si l’homme a évolué à partir d’animaux, ces distinctions disparaissent. L’homme n’est plus la plus grande création de Dieu, formée personnellement par Ses mains pour regarder vers le ciel ; il devient le dernier produit du même processus qui a produit tous les autres animaux. Sa forme originelle n’est pas l’image de Dieu ; c’est un singe.

Les Pères enseignent que l’homme fut créé parfait et qu’il chuta. L’évolution enseigne que l’homme commença au bas et monta. Ce sont des trajectoires opposées. Le Père Séraphim Rose énonça le contraste simplement :

Tandis que la théologie patristique orthodoxe enseigne que l’homme est déchu d’un état bienheureux dans lequel il n’avait aucun besoin corporel, était impassible, possédait une intelligence ineffable et le don de prophétie, et était « enveloppé » de la grâce divine — une condition que saint Jean Chrysostome compara à celle des anges — l’évolutionnisme enseigne plutôt que l’homme s’est élevé à partir des bêtes par la loi de la dent et de la griffe sanglantes.

— Père Séraphim Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 84 (Préface de l’éditeur)

La compréhension orthodoxe du salut dépend de la première trajectoire : l’homme fut fait dans la gloire, chuta de cette gloire, et le Christ vint pour le restaurer. Si l’homme a évolué à partir de singes, il n’y a pas de gloire originelle dont déchoir et pas d’état originel à restaurer. Le Père Séraphim Rose l’énonça simplement :

Bien sûr, si vous croyez en l’évolution, il est vain de parler du Paradis. Vous vous bercez d’illusions si vous essayez de combiner ces deux formes de pensée différentes.

— Père Séraphim Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 570

Considérons ce que cela signifie pour la résurrection. L’Église orthodoxe enseigne que nos corps seront restaurés. Restaurés à quoi ? Saint Grégoire de Nysse répond :

La résurrection [générale] ne nous promet rien d’autre que la restauration des déchus dans leur état ancien.

— Saint Grégoire de Nysse, De l’âme et de la résurrection, cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 779

Restauration signifie retour à un « état ancien ». Si Dieu créa l’homme directement, à Son image, alors cet état ancien est la création originelle et parfaite. Mais si l’origine de l’homme est un singe, et l’origine du singe un mammifère inférieur, et ainsi de suite jusqu’à une cellule unique, alors que restaure-t-on exactement ? Le singe ? La cellule ? L’évolution ne fournit aucun état originel digne de restauration. Dans le cadre évolutionniste, il n’y a pas de commencement parfait, seulement une longue ascension depuis quelque chose de moindre. L’enseignement des Pères exige une chute depuis la perfection. L’évolution n’a pas de perfection dont déchoir.

Darwin, Marx et l’État soviétique

L’argumentaire patristique contre l’évolution tient par lui-même : les Pères la nient, les canons condamnent ses prémisses, et les saints la qualifient de blasphème. Ce qui suit n’est pas un argument selon lequel l’évolution serait hérétique parce que les marxistes l’ont utilisée. C’est le bilan historique de ce qui arriva lorsque le darwinisme entra en Russie : l’État l’adopta, l’Église lui résista, et les Nouveaux Martyrs moururent pour cette résistance. Le Patriarche de Moscou endosse maintenant ce que les martyrs rejetèrent.

Darwin lui-même n’était pas communiste.[18] Mais les marxistes reconnurent immédiatement l’utilité de sa théorie. Quelques semaines après la publication de L’Origine des espèces, Friedrich Engels, le plus proche collaborateur de Marx, la qualifia d’« absolument splendide », et Marx répondit qu’elle contenait « la base dans l’histoire naturelle de notre conception ».[19] Aux funérailles de Marx, Engels rendit le parallèle explicite : « De même que Darwin a découvert la loi du développement de la nature organique, Marx a découvert la loi du développement de l’histoire humaine. »[20]

La théorie de Darwin importait au marxisme parce qu’elle offrait un récit de la vie sans Dieu, sans dessein, ni finalité transcendante. Lénine énonça par la suite le propos clairement : « Darwin a mis fin à la conception des espèces animales et végétales comme étant… “créées par Dieu” et immuables. »[21]

En Russie, le darwinisme devint une arme contre l’orthodoxie religieuse. Il devint « l’arme la plus récente et la plus excitante » de l’intelligentsia radicale contre la tyrannie et l’orthodoxie religieuse.[22] Dostoïevski observa que tandis que l’Occident traitait la théorie de Darwin comme une « brillante hypothèse », la Russie la traita rapidement comme un « axiome ».[23]

L’Église orthodoxe russe reconnut le danger. À partir de 1864, les revues théologiques des académies de Moscou et de Saint-Pétersbourg menèrent une campagne soutenue contre le darwinisme. Leurs critiques, « sans exception, rejetèrent chaque aspect de la pensée darwinienne ».[24] Les théologiens russes ne tentèrent pas de concilier le darwinisme avec la création.[25]

Le refus atteignit les voies officielles de l’Église. Sergueï Ratchinski, le premier traducteur russe de L’Origine des espèces, tenta de publier un article dans la revue officielle du Saint-Synode argumentant en faveur de l’harmonie entre darwinisme et christianisme. Constantin Pobiedonostsev, Procureur du Saint-Synode, refusa de le permettre.[26]

Ce que le principal administrateur laïc du Saint-Synode ne voulut pas admettre dans sa revue officielle, le Patriarche Cyrille le présente maintenant comme témoignage du plan divin.

Saint Théophane le Reclus, un saint russe qui possédait les livres de Darwin et traitait le sujet de première main, considéra le darwinisme comme déjà condamné par l’Église :

Au Rite actuel de l’Orthodoxie, il ne faudrait qu’ajouter le point suivant : « À Büchner, Feuerbach, Darwin, Renan, Kardec, et à tous leurs disciples : anathème ! » Mais il n’y a nul besoin d’un concile spécial ni d’aucune sorte d’ajout. Toutes leurs fausses doctrines furent anathématisées il y a longtemps.

— Saint Théophane le Reclus, cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 791

Le Patriarche Cyrille loue Darwin comme « une personne très croyante ». Saint Théophane nomma Darwin et ses disciples parmi ceux dont les enseignements étaient déjà anathématisés.

Des décennies avant la Révolution, saint Théophane avertit également que le naturalisme darwinien détruirait l’État russe :

Tant que ces livres ne seront pas détruits ; tant que les professeurs et les hommes de lettres ne seront pas contraints non seulement de ne pas tenir à cette théorie, mais même de la démolir ; jusque-là, l’incroyance croîtra et croîtra encore, et avec elle la volonté propre et la destruction du gouvernement actuel. C’est ainsi qu’alla la Révolution française.

— Saint Théophane le Reclus, cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 792

Les bolcheviques confirmèrent l’avertissement de saint Théophane. Après 1917, le darwinisme devint partie intégrante du programme antireligieux de l’État soviétique. Le Musée Darwin de Moscou devint un outil d’éducation de masse pour l’athéisme matérialiste ; l’Union soviétique se qualifia par la suite de « seconde patrie du darwinisme » ; et le Parti communiste ordonna à la propagande antireligieuse de répondre aux questions sur l’origine de la vie par « les sciences naturelles matérialistes ».[27][28][29]

Installation d'exposition du Musée Darwin de Moscou, 1930
Installation d’exposition du Musée Darwin de Moscou, 1930 (Domaine public).

Lénine insista sur le fait que la science devait servir le matérialisme militant.[30] L’évolution fut enseignée dans les écoles soviétiques comme doctrine idéologique.[31] Confesser que Dieu avait créé l’homme revenait à contredire le régime. Des prêtres russes furent fusillés pour cela.

Le Hiéromartyr Paul Andreïev dit à ses paroissiens que « les autorités soviétiques prêchent l’enseignement de Darwin, selon lequel l’homme procède des singes, mais que c’est un blasphème et un mensonge ». Il fut condamné à mort et fusillé.[32]

Le Hiéromartyr Varlaam (Nikolski), higoumène d’un monastère du diocèse de Moscou, se vit demander lors d’un interrogatoire : « Avez-vous dit que dans les écoles on n’explique pas correctement l’origine de l’homme ? » Il répondit : « Un élève m’a demandé d’où venait l’homme, disant que le professeur avait dit que l’homme provenait des singes. J’ai répondu que l’homme venait de Dieu. » Il fut fusillé.[33]

Le Hiéromartyr Nicolas Pokrovski, prêtre de la région de Tikhvine, déclara lors de son interrogatoire : « Je suis un homme religieux. Je n’ai jamais nié et ne nierai jamais mes convictions. Concernant la question de l’origine de l’homme, je prouve aux croyants et suis moi-même convaincu que l’homme a été créé par Dieu, bien que la science dise le contraire. » Il fut fusillé.[34]

Voilà pourquoi l’histoire soviétique importe. Darwin n’était pas un bolchevique. Mais en Russie, le darwinisme fonctionna comme une anthropologie anti-création, et les Nouveaux Martyrs moururent pour l’avoir rejeté. Ils moururent sous le même régime soviétique dont l’héritage a déjà été retracé dans ce livre à travers le sergianisme et le DREE. Le Patriarche de Moscou commémore les Nouveaux Martyrs tout en endossant l’affirmation même pour le rejet de laquelle ils furent tués : que l’homme descend des singes.

Les saints que Cyrille contredit

Ce sont des saints russes, de la propre Église de Cyrille.

Saint Jean de Cronstadt, le grand thaumaturge de la Russie impériale tardive :

Dans leur aveuglement, ils atteignent le point de la folie, nient l’existence même de Dieu, et soutiennent que tout provient d’une évolution aveugle. Mais celui qui a un intellect ne croit pas à de tels délires insensés.

— Saint Jean de Cronstadt, cité dans le Père Séraphim Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 794

Saint Barsanuphe, Ancien d’Optina, vit où menait la logique de Darwin :

Le philosophe anglais Darwin a créé un système entier selon lequel la vie est une lutte pour l’existence, une lutte du fort contre le faible, où les vaincus sont voués à la destruction et les vainqueurs triomphent. C’est déjà le début d’une philosophie bestiale, et ceux qui en viennent à y croire n’hésiteraient pas un instant à tuer un homme.

— Saint Barsanuphe d’Optina, cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 795

Cet avertissement n’était pas théorique. En Allemagne, l’éthique darwinienne devint par la suite un langage pour subordonner le faible au fort, la personne à l’espèce, et la miséricorde chrétienne au progrès biologique.[35]

Le Saint Hiéromartyr Vladimir, Métropolite de Kiev, premier évêque martyrisé sous les communistes en 1918, avertit les fidèles de ne pas accepter un enseignement qui rabaisse l’homme au niveau des animaux :

Frères, n’écoutez pas l’enseignement pernicieux et empoisonné de l’incroyance, qui vous rabaisse au niveau des animaux et, vous privant de votre dignité humaine, ne vous promet rien d’autre que le désespoir et une vie inconsolable.

— Hiéromartyr Vladimir de Kiev, cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 796

Le Saint Hiéromartyr Hilarion (Troïtski), glorifié par l’Église orthodoxe russe en 2000, identifia la racine spirituelle de l’évolution : l’orgueil.

L’Église nous appelle à l’humilité quand elle appelle Adam notre ancêtre. Mais l’évolution ? La descendance d’un singe ? Aussi modestement que quelqu’un puisse se juger, il ne peut tout de même éviter de penser avec quelque fierté : au moins je ne suis pas un singe, au moins quelque progrès s’est réalisé en moi. C’est ainsi que l’évolution, en faisant du singe notre ancêtre, nourrit notre orgueil.

— Saint Hiéromartyr Hilarion (Troïtski), « L’Incarnation et l’Humilité », Московские церковные ведомости, 1913, n° 51-52

Si Adam est notre ancêtre, nous devons nous humilier : il était parfait et nous sommes déchus. Si le singe est notre ancêtre, nous nous félicitons : nous nous sommes élevés. La première disposition mène au repentir. La seconde éloigne de l’Incarnation, qui exige la reconnaissance que l’homme est tombé et a besoin d’être sauvé.

Saint Justin Popovitch de Serbie définit l’enjeu en une seule phrase :

Cette théologie qui fonde son anthropologie sur la théorie de l’évolution « scientifique » n’est rien d’autre qu’une contradiction dans les termes. En réalité, c’est une théologie sans Dieu et une anthropologie sans homme.

— Saint Justin Popovitch, cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 86

Glisser Darwin devant les Pères

Certains chrétiens orthodoxes tentent de maintenir les deux positions : ils acceptent l’évolution, mais insistent qu’ils croient toujours en Dieu comme Créateur. Le Père Séraphim Rose consacra plus d’un millier de pages à documenter ce que l’Église orthodoxe a toujours enseigné sur la création. Son défi à ceux qui voudraient insérer Dieu dans le cadre darwinien reste sans réponse :

Si vous pouvez m’expliquer comment on peut accepter l’interprétation patristique du livre de la Genèse et croire encore à l’évolution, je serai heureux de vous écouter ; mais vous devrez aussi me fournir de meilleures preuves scientifiques de l’évolution que celles qui existent jusqu’ici, car pour l’observateur objectif et impartial, les « preuves scientifiques » de l’évolution sont extrêmement faibles.

— Père Séraphim Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 452

Le Père Séraphim Rose identifia l’évolution théiste comme une capitulation née de la peur de paraître anti-scientifique :

L’évolution « théiste », telle que j’en comprends les motivations, est l’invention d’hommes qui, craignant que l’évolution physique soit vraiment « scientifique », collent « Dieu » à divers points du processus évolutif afin de ne pas être en reste, afin de conformer la « théologie » aux « dernières découvertes scientifiques ». Mais ce genre de pensée artificielle ne satisfait que les esprits les plus vagues et les plus confus.

— Père Séraphim Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 608

L’effet n’est pas une attaque ouverte contre la foi. Il est plus discret et plus dangereux : il enseigne aux chrétiens orthodoxes à lire l’Écriture à travers Darwin au lieu de la lire à travers les Pères.

Cela offre une explication alternative de la création à celle des Saints Pères ; cela permet à un chrétien orthodoxe sous son influence de lire les Saintes Écritures et de ne pas les comprendre, « ajustant » automatiquement le texte pour le conformer à sa philosophie préconçue de la nature.

— Père Séraphim Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 500

C’est précisément ce que fait la position de Cyrille : elle enseigne aux chrétiens orthodoxes à lire la Genèse et à ne pas la comprendre, parce que la Genèse doit être ajustée pour convenir à l’évolution. Les Pères ne sont pas consultés ; ils sont contournés.

L’homme qui enseigna la vérité

Le Père Daniel Syssoev prêchant dans sa paroisse
Le Père Daniel Syssoev et l’Archiprêtre Nicolas Toroptsev à l’église du Saint-Apôtre Thomas, Moscou, que le Père Daniel fonda. Photo : rebenki.ru (via OrthoChristian).

Le Père Daniel Syssoev, prêtre et missionnaire du Patriarcat de Moscou, consacra sa vie à cette question. Il écrivit Chronique du Commencement, une défense de près de 500 pages de la doctrine patristique de la création. Il donna des cours de catéchèse sur ce sujet, répondit à des lettres à ce propos, et fut précis sur le lieu où passe la ligne :

Le consensus patrum (l’accord des Pères) interdit de rejeter la compréhension littérale des six jours de la création. Rejeter simplement la durée littérale des Six Jours n’est pas une hérésie ; c’est simplement une interprétation erronée. Ce qui est une hérésie, c’est l’enseignement selon lequel la mort et la corruption existaient avant la chute dans le péché.

— Père Daniel Syssoev, Lettres, p. 12

Dans La Loi de Dieu, il énonça la conséquence en une seule phrase :

Car si la mort n’est pas entrée dans le monde par l’homme, le Christ est mort en vain. Il nous a mal diagnostiqués, et par conséquent Il ne nous a pas sauvés.

— Père Daniel Syssoev, La Loi de Dieu, p. 174

Dans Chronique du Commencement, il tira l’implication complète :

Si le premier Adam était un mythe et une méta-histoire, le second est aussi un conte de fées et une légende ! Si le péché originel n’est pas vivant dans les hommes, la mort est une violence gratuite de la part d’un démiurge malveillant, et le Golgotha et le Tombeau furent en vain.

— Père Daniel Syssoev, Chronique du Commencement, p. 142

Il cita également l’anathème du Concile de Carthage :

Si quelqu’un dit qu’Adam, le premier homme créé, fut créé mortel, et qu’il serait mort corporellement même s’il n’avait pas péché, c’est-à-dire qu’il aurait quitté son corps non en punition du péché mais par nécessité naturelle, qu’il soit anathème.

— Concile de Carthage, Canon 123 (aussi numéroté Canon 109), cité dans Syssoev, Chronique du Commencement, p. 142

Le Concile de Carthage était un concile local, mais le Concile quinisexte (692) ratifia explicitement ses canons dans son Canon 2, leur conférant une réception œcuménique.[36] Le principe ne se limite pas à la controverse pélagienne qui l’occasionna : Adam ne fut pas créé mortel. L’apôtre Paul (Romains 5,12) et chaque Père cité dans ce chapitre enseignent la même doctrine indépendamment. L’anathème du concile confirme ce que les Pères enseignaient déjà unanimement.

Si la mort existait avant le péché d’Adam, alors la mort n’est pas le salaire du péché. Si la mort n’est pas le salaire du péché, alors le Christ n’est pas venu pour détruire la mort. Si le Christ n’est pas venu pour détruire la mort, alors le Golgotha et le Tombeau furent en vain.

Le parallèle ancien fut anathématisé

Origène offre le parallèle ancien. Il traita le récit de la création non comme de l’histoire mais comme un contenant théologique pour des vérités spirituelles plus profondes. Origène dit que lire la création de l’homme littéralement était « très clairement impie ».

Origène fut anathématisé au Ve Concile œcuménique en 553.

Sur la création de l’homme, Origène qualifie la lecture littérale d’impie :

Mais si quelqu’un suppose que cet homme qui est fait « selon l’image et la ressemblance de Dieu » est fait de chair, il semblera représenter Dieu lui-même comme fait de chair et sous forme humaine. Il est très clairement impie de penser cela de Dieu.

— Origène, Homélies sur la Genèse 1, FC 71, p. 63

Origène avait besoin que la Genèse soit une allégorie parce que son système l’exigeait : des âmes préexistantes, la création matérielle comme remède à une chute pré-cosmique, et l’apocatastase, la croyance que toutes les âmes, y compris le diable, seront finalement sauvées. Ces doctrines furent condamnées. Si la Genèse décrivait une création matérielle littérale, historique et bonne, son système s’effondrait.

Le propos n’est pas que chaque commentaire spirituel ou allégorique sur la Genèse soit de l’origénisme. Le propos est le mouvement structurel : un système extérieur est autorisé à contrôler le sens de la Genèse, et l’histoire claire de la création est réinterprétée pour que le système extérieur puisse survivre.

Cyrille répète ce mouvement structurel. Origène subordonna la Genèse à la cosmologie néoplatonicienne. Cyrille subordonne la Genèse à l’évolution darwinienne. Tous deux traitent le récit de la création comme un enveloppement théologique autour d’un noyau non littéral, et tous deux le font pour harmoniser l’Écriture avec un système extérieur à la tradition patristique.

Les Pères orthodoxes ont lu la Genèse comme une création littérale, historique et surnaturelle.

Son propre Patriarcat est en désaccord

La position de Cyrille ne fait même pas consensus au sein du Patriarcat de Moscou. Le Métropolite Hilarion (Alfeyev), qui servit comme président du Département des relations ecclésiales extérieures de 2009 à 2022, déclara sur le propre site internet du Patriarcat de Moscou :

Никакая эволюция между видами в этом тексте не просматривается. Каждый вид создается Богом отдельно… мы отвергаем то, что называется макроэволюцией, то есть представление о том, что один вид мог трансформироваться в другой, условно говоря, обезьяна в человека.

Aucune évolution entre les espèces n’est visible dans ce texte. Chaque espèce est créée par Dieu séparément… Nous rejetons ce qu’on appelle la macro-évolution, c’est-à-dire l’idée qu’une espèce pourrait se transformer en une autre, pour ainsi dire, un singe en un humain.

— Mét. Hilarion (Alfeyev), https://www.patriarchia.ru/article/102136 (10 mars 2020)

Ce n’était pas un désaccord isolé. Le défunt Père Vsévolod Tchapline, qui servit comme président du Département synodal pour les relations Église-société, qualifia la théorie de Darwin d’« insuffisamment prouvée » dans une réponse officielle publiée sur patriarchia.ru.[37] Le Père Daniel Syssoev, martyrisé, et le Père Georges Maximov publièrent abondamment sur l’incompatibilité de l’évolution avec la théologie orthodoxe. Le propre président du DREE de Cyrille rejeta la macro-évolution ; son propre président des relations Église-société qualifia Darwin de non prouvé ; un prêtre de son propre Patriarcat définit la mort avant la Chute comme une hérésie. Cyrille tente de tous les surpasser.

Ce n’est pas un témoignage marginal. Le Concile de Carthage anathématise l’enseignement selon lequel Adam fut créé mortel. Saint Basile, saint Éphrem, saint Jean Chrysostome et saint Augustin enseignèrent tous la création instantanée par commandement divin. Cinq saints russes condamnèrent l’évolution comme des « délires insensés », une « philosophie bestiale » et un « enseignement empoisonné ». Le Père Séraphim Rose consacra un millier de pages à démontrer son incompatibilité avec l’Orthodoxie. Le Père Daniel Syssoev définit la mort avant la Chute comme une hérésie, et Cyrille se tint devant son cercueil pour chanter « Mémoire éternelle » pour lui.

Sur quelle base le Patriarche de Moscou enseigne-t-il désormais le contraire ?

Cyrille ne pouvait même pas être d’accord avec lui-même

En mai 2023, Cyrille prêcha :

Совесть есть не результат эволюции человеческого сознания, а результат того, что человек есть Божие творение, и никакой эволюцией невозможно объяснить готовность к самопожертвованию. Эволюция предполагает борьбу сильного за выживание, но это закон джунглей, по которому страшно жить.

La conscience n’est pas le résultat de l’évolution de la conscience humaine, mais le résultat du fait que l’homme est la création de Dieu, et aucune évolution ne peut expliquer la disposition au sacrifice de soi. L’évolution présuppose la lutte du fort pour la survie, mais c’est la loi de la jungle, et il est terrifiant d’y vivre.

— Patriarche Cyrille, sermon de l’Ascension, https://www.patriarchia.ru/article/104542 (25 mai 2023)

Selon Cyrille en 2023, la conscience n’est pas le résultat de l’évolution, l’évolution ne peut expliquer le sacrifice de soi, et l’évolution est la loi de la jungle. Un an plus tard, le même Patriarche déclara à un public universitaire que l’évolution « témoigne d’un incroyable plan divin ».

Le verdict

La position de Cyrille requiert les trois thèses que l’Écriture et les Pères nient : le temps profond, la transformation d’une créature en une autre, et la mort avant Adam. Origène ne le sauve pas. Les Pères ont lu la Genèse comme une création réelle, historique et surnaturelle.

Enseigner contre le consensus patrum n’est pas une question de désaccord académique. Ce n’est pas une question de sophistication scientifique. Le consensus des Pères est la manière dont le Saint-Esprit parle à travers l’Église au fil des siècles. Le contredire, c’est contredire la voix de l’Esprit dans les Pères. Le mot orthodoxe pour cela est hérésie.

Cyrille n’a jamais affronté les Pères sur la création. Il n’a jamais abordé le problème de la mort avant la Chute. Il n’a jamais répondu à Chrysostome, qui demanda : « Avait-il un corps mortel quand il pécha ? Assurément non. » Il les a simplement ignorés.

Les Pères ont parlé clairement de la création. Cyrille a parlé contre eux. Il ne pouvait même pas être d’accord avec lui-même.

  1. Père Daniel Syssoev, Entretiens catéchétiques, pp. 284-285. Syssoev enseigne que le commandement du Seigneur signifie « ces jours-là, nous ne devons faire aucun travail pour nous-mêmes », que le dimanche doit être consacré à Dieu, et que les exceptions comprennent le travail de service public inévitable, la véritable nécessité et les œuvres de miséricorde envers les malades ou les démunis.

  2. Le Typikon de la Grande Église du Christ contient un tableau de Paschalion intitulé « Depuis la création de l’homme » qui donne l’an 2026 AD comme AM 7534. Le même tableau donne 1992 AD comme AM 7500, 2000 AD comme AM 7508, et 2025 AD comme AM 7533. Voir Typikon de la Grande Église du Christ, pp. 184-185.

  3. Père Daniel Syssoev, Chronique du Commencement, pp. 161-163. Syssoev déclare que sa chronologie suit la Septante parce que « c’est ce texte que l’Église accepte comme canonique, et ses dates servent de base à la chronologie orthodoxe » ; son tableau donne « la création du monde » à 5 508 ans avant le Christ.

  4. VIIe Concile œcuménique (787), Définition du Saint et Œcuménique VIIe Concile : « Si quelqu’un rejette une tradition écrite ou non écrite de l’Église, qu’il soit anathème. » Voir aussi le Synodikon du Dimanche de l’Orthodoxie, qui conserve le même principe.

  5. Le Prix Staline fut institutionnalisé en 1941 comme la plus haute distinction d’État de l’Union soviétique. « Le premier prix de 200 000 roubles fut décerné à Voïno-Iassenetski Valentin Féliksovitch, professeur de chirurgie etc., pour ses deux ouvrages “Résection tardive des plaies infectées des grandes articulations” et “Essais sur le traitement chirurgical des plaies purulentes”. » Voir Mark Popovsky, From Crimea to the Stars: The Life of Archbishop Luke Voino-Yasenetsky (traduction anglaise), pp. 132-133.

  6. « L’archevêque Luc fut le seul lauréat qui ne travaillait pas dans une université ou une institution de recherche similaire, et certainement le seul qui occupait une fonction ecclésiastique. Au cours des douze années d’existence de ce prix, aucune autre personne ayant été exilée ou considérée comme opposée au régime ne fut nommée. » Popovsky, From Crimea to the Stars, p. 133.

  7. « Le dimanche 27 janvier 1946, les gros titres du célèbre journal “Pravda”, organe officiel du Parti communiste, clamaient : “Gloire au lauréat du Prix Staline, groupe pionnier de géants intellectuels soviétiques !” » Popovsky, From Crimea to the Stars, p. 133.

  8. Le télégramme de réponse de Staline disait : « À l’archevêque de Tambov Luc Voïno-Iassenetski, professeur de chirurgie. Veuillez accepter mes salutations et la gratitude du gouvernement de l’URSS pour votre soutien à nos orphelinats. » Saint Luc avait fait don de 130 000 roubles de son prix aux orphelins victimes de la guerre. Popovsky, From Crimea to the Stars, p. 133.

  9. « En novembre 1995, l’Église orthodoxe ukrainienne le canonisa comme saint selon la volonté et la perception du peuple. En mars 1996, ses reliques furent transférées à l’église de la Sainte-Trinité de Simféropol, où elles sont conservées dans un reliquaire en argent offert par la Grèce. Des foules de pèlerins dévots affluent chaque jour vers l’église pour présenter leurs respects et vénérer le saint. » L’Église russe le déclara saint en 2000, et le Patriarcat œcuménique de Constantinople suivit en 2019. Popovsky, From Crimea to the Stars, pp. 145-146.

  10. Pravmir, “Patriarch Kirill Does Not See Contradictions Between Religion and Science” (2016). https://www.pravmir.com/patriarch-kirill-not-see-contradictions-religion-science/

  11. Frank Hailer, “Why dog breeds aren’t considered separate species”, The Conversation, 14 mars 2016. Hailer écrit : « pour les biologistes de l’évolution, tous les chiens sont simplement des chiens », et, sous le titre “We’ve sped up dog evolution — but not enough”, explique que le pouvoir de la sélection artificielle n’a pas changé le fait que les races de chiens ne sont pas des espèces séparées. « La sélection naturelle ne peut sélectionner que parmi la variation existante dans la population ; elle ne peut rien créer à partir de rien » provient de “20.10: The Limits of Selection”, Biology LibreTexts, adapté du matériel OpenStax/Boundless. Voir également Jill U. Adams, “Genetics of Dog Breeding”, Nature Education 1(1):144 (2008), qui décrit les races canines modernes comme « des populations essentiellement fermées qui ne reçoivent guère de variation génétique au-delà de celle qui existait chez les fondateurs d’origine » et cite Elaine Ostrander, selon qui les pratiques d’élevage restrictives réduisent la taille effective de la population, augmentent la dérive génétique et entraînent une « perte de diversité génétique au sein des races ».

  12. Le mot « évolution » n’avait pas son sens biologique moderne avant Darwin. Comme Peter Bowler l’a établi, le terme n’était « pas généralement utilisé pour décrire la théorie de la transmutation des espèces » avant 1859. Voir Bowler, “The Changing Meaning of ‘Evolution’”, Journal of the History of Ideas 36, n° 1 (1975), p. 95. Le latin evolutio signifie « dérouler », et « le premier usage biologique du terme “évolution” était pour décrire la croissance de l’embryon dans l’utérus ». C’est Herbert Spencer, non Darwin, qui « fit le plus pour populariser le terme “évolution” dans son contexte moderne ». Darwin lui-même « utilisa rarement le terme » ; sa théorie « en vint à être étiquetée “évolution” » après coup. Voir aussi Bowler, Evolution: The History of an Idea (Berkeley : University of California Press, 1984), pp. 8-9. Le American Dictionary de Noah Webster (1828) définissait encore « evolution » uniquement comme « dépliement ou déroulement », sans aucun sens biologique. L’Origine des espèces (1859) ne contient pas le mot « evolution » ; Darwin ne l’adopta comme nom de sa théorie que dans La Descendance de l’homme (1871). Voir The Reception of Charles Darwin in Europe, dir. Eve-Marie Engels et Thomas F. Glick (Londres : Continuum, 2008), p. 436.

  13. Charles Darwin, lettre à John Fordyce, 7 mai 1879. Publiée dans Francis Darwin, dir., The Life and Letters of Charles Darwin (Londres : John Murray, 1887), vol. 1, p. 304.

  14. L’incroyance de Darwin n’était pas simplement une étiquette de fin de vie. Ralph Colp note qu’avant que Darwin n’épouse Emma Wedgwood, « son seul malaise portait sur son manque de foi religieuse ». En 1861, Emma le supplia de prier ; Colp conclut que Darwin, après avoir lu sa lettre, « ne modifia pas son incroyance ». Voir Ralph Colp Jr., Darwin’s Illness (Gainesville : University Press of Florida, 2008), pp. 22, 79. De plus, comme Stephen Jay Gould et Ernst Mayr l’ont montré en étudiant les carnets de Darwin, Darwin s’identifia comme matérialiste philosophique dès mai 1838, plusieurs mois avant de développer l’idée de la sélection naturelle. Voir Gould, Ever Since Darwin (New York : W. W. Norton, 1977), pp. 24-25 ; Mayr, One Long Argument (Cambridge, MA : Harvard University Press, 1991), p. 15 ; également Rose, Genesis, Creation and Early Man, pp. 36-37n.

  15. Père Daniel Syssoev, Entretiens catéchétiques, p. 132. Syssoev présente le dogme de la création comme inséparable du salut : « Personne sur terre ne peut délivrer un homme de la mort, sauf Celui qui créa l’homme au commencement. C’est très important ! Pourquoi le dogme de la création est-il considéré comme l’un des dogmes les plus importants du christianisme ? »

  16. Dr Alexandre Kalomiros, lettre au Père Séraphim Rose. Kalomiros, médecin grec orthodoxe et « évolutionniste chrétien » autoproclamé, soutenait qu’Adam était une « bête évoluée » qui « au moment approprié de son développement évolutif reçut la grâce de Dieu et devint ainsi homme ». Il admit : « Nous n’avons rien par quoi conclure à quel stade de l’évolution le souffle de Dieu fut donné à l’animal. » Cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 3 (Note de l’éditeur).

  17. La réponse du Père Séraphim Rose au Dr Kalomiros, publiée à titre posthume dans Epiphany Journal (automne 1989-hiver 1990) puis dans The Christian Activist (printemps/été 1998), « est devenue l’introduction définitive à la doctrine patristique de la création et la réfutation patristique définitive de la théorie moderne de l’évolution ». Voir Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 3 (Note de l’éditeur).

  18. Darwin trouvait l’idée de relier l’évolution au socialisme « tout simplement, une idée stupide ». C’était un Whig libéral prospère, non un radical. Voir Vucinich, Darwin in Russian Thought, et la correspondance Marx-Darwin. Alister E. McGrath note également qu’Edward Aveling, l’un des disciples anglais de Marx, traita les vues évolutionnistes de Darwin comme renforçant le matérialisme marxiste, mais Darwin « ne souhaitait pas cautionner une telle association ». Voir McGrath, “The Ideological Uses of Evolutionary Biology in Recent Atheist Apologetics”, dans Denis R. Alexander et Ronald L. Numbers, dir., Biology and Ideology from Descartes to Dawkins (Chicago : University of Chicago Press, 2010), p. 342.

  19. Alexander Vucinich, Darwin in Russian Thought (Berkeley : University of California Press, 1988), citant la correspondance Marx-Engels, décembre 1859.

  20. Friedrich Engels, discours au bord de la tombe de Karl Marx, cimetière de Highgate, Londres, 17 mars 1883. https://www.marxists.org/archive/marx/works/1883/death/burial.htm

  21. Vladimir Lénine, Ce que sont les « amis du peuple » et comment ils combattent les social-démocrates, 1894. https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1894/friends/01.htm

  22. Loren Graham, Science in Russia and the Soviet Union (Cambridge : Cambridge University Press, 1993), p. 58. Graham écrit que « la science était considérée par de nombreux intellectuels russes comme un allié naturel du changement politique et comme un ennemi naturel de la tyrannie et de l’orthodoxie religieuse. Le darwinisme était l’arme la plus récente et la plus excitante dans cette lutte ». Graham note également que le darwinisme « fournissait à la fois une opposition au créationnisme religieux et, au moins implicitement, un soutien au changement social et politique », et que les intellectuels russes radicaux pouvaient le transformer « en un message de matérialisme anthropologique, voire d’athéisme ». Ibid.

  23. F. M. Dostoïevski, Journal d’un écrivain, 1876. Cité dans Vucinich, Darwin in Russian Thought, p. 110.

  24. Vucinich, Darwin in Russian Thought, p. 108. L’évaluation de Vucinich couvre les deux groupes de critiques théologiques (ceux argumentant à partir de l’Écriture et ceux argumentant à partir de la science) sur la période 1864-1917.

  25. Vucinich, Darwin in Russian Thought, pp. 243-244. Sur la tentative d’Erich Wasmann de concilier évolution et création, Vucinich note que les théologiens russes « ne produisirent aucun effort de ce genre ».

  26. James Allen Rogers, “Russia: Social Sciences”, dans Thomas F. Glick, dir., The Comparative Reception of Darwinism (Austin : University of Texas Press, 1974), p. 267. Rogers note que pour Pobiedonostsev, Darwin enseignait que « la loi fondamentale de la vie est la préservation du fort et l’extirpation du faible ».

  27. Le Musée Darwin de Moscou fut fondé à titre privé par Alexandre Kohts en 1907, nationalisé en 1918 et ouvert au public en 1924. Voir Mirjam Luisa Bujara, “Darwinism, Nature, and Society in the Soviet Union” (UC Berkeley, 2019).

  28. L’Union soviétique se déclara « seconde patrie du darwinisme » lors du centenaire de L’Origine des espèces en 1959. Voir Vucinich, Darwin in Russian Thought, et Bujara, “Darwinism, Nature, and Society.” Nikolai Krementsov retrace le contexte antérieur du jubilé de 1932 dans lequel fut forgé le slogan « L’Union soviétique est le second berceau du darwinisme ». Voir Krementsov, “Darwinism, Marxism, and Genetics in the Soviet Union”, dans Alexander et Numbers, dir., Biology and Ideology from Descartes to Dawkins, p. 239.

  29. Résolution du XIIe Congrès du Parti, avril 1923. Citée dans David Joravsky, Soviet Marxism and Natural Science 1917-1932 (New York : Columbia University Press, 1961), pp. 77-78. Krementsov note pareillement que le darwinisme fut inclus dans les programmes marxistes et devint « une part importante de l’immense campagne antireligieuse lancée par les bolcheviques dans les premières années de leur règne ». Voir Krementsov, “Darwinism, Marxism, and Genetics in the Soviet Union”, p. 222. Eduard I. Kolchinsky écrit que la Russie soviétique proclama le darwinisme « l’une des bases scientifiques des idéologies officielles », qu’au début des années 1930 il était obligatoire dans l’enseignement supérieur en biologie, agriculture, médecine et philosophie, et que le jubilé Darwin de 1932 devint une « vaste campagne politique » impliquant l’Union des athées militants. Voir Kolchinsky, “Darwinism and Dialectical Materialism in Soviet Russia”, dans Eve-Marie Engels et Thomas F. Glick, dir., The Reception of Charles Darwin in Europe (Londres : Continuum, 2008), pp. 522, 527, 542.

  30. V. I. Lénine, « De l’importance du matérialisme militant » (O znachenii voinstvuiushchego materializma), Pod znamenem marksizma, n° 3, 1922. Cité dans Joravsky, Soviet Marxism and Natural Science, pp. 79-80.

  31. Krementsov, Stalinist Science, pp. 227-239. Krementsov écrit que l’éducation soviétique devait produire « avant tout un adepte loyal de la ligne du parti », avec des programmes incluant le marxisme-léninisme, le matérialisme dialectique et l’athéisme. Après la session VASKhNIL de 1948, la doctrine de Lyssenko fut autorisée « non seulement comme la seule théorie scientifique admissible, mais aussi comme une partie de l’idéologie officielle ». La génétique fut purgée des programmes, les départements furent réorganisés, de nouveaux cours et départements de « darwinisme et génétique » furent créés, et l’enseignement de la biologie dans le secondaire fut réécrit de sorte que le « règne indivis » de la biologie mitchourinienne fût établi dans le système éducatif.

  32. Hiéromartyr Paul Andreïev (1880-1937). Cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 806.

  33. Hiéromartyr Varlaam (Nikolski) (1872-1937). Cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 805.

  34. Hiéromartyr Nicolas Pokrovski (1895-1937). Cité dans Rose, Genesis, Creation and Early Man, p. 806.

  35. Richard Weikart, From Darwin to Hitler: Evolutionary Ethics, Eugenics, and Racism in Germany (New York : Palgrave Macmillan, 2004), pp. 3-10, 73-75, 229-232. Weikart rejette explicitement l’affirmation simpliste : « Darwin n’était évidemment pas Hitler » ; « Le nazisme n’était pas prédéterminé dans le darwinisme ou l’eugénisme, pas même dans les formes racistes de l’eugénisme » ; et « il serait insensé de blâmer le darwinisme pour l’Holocauste, comme si le darwinisme menait logiquement à l’Holocauste ». Son affirmation plus étroite est que lorsque la question est restreinte « à l’éthique, la valeur de la vie humaine et le racisme », les connexions historiques deviennent significatives. Sur la mort et le progrès, il écrit que « Darwin considérait clairement la mort et la destruction comme un moteur du progrès évolutif », et que cela représentait « un changement radical par rapport à la conception chrétienne de la mort comme un ennemi contre nature et mauvais à vaincre ».

  36. Le Concile quinisexte (Concile in Trullo, 692), Canon 2 : « Nous apposons pareillement notre sceau sur tous les autres saints canons édictés par nos saints et bienheureux Pères », citant les canons du « Concile de Carthage » parmi ceux ratifiés. Voir New Advent, Council in Trullo, Canon 2. Les canons du Concile quinisexte sont reçus comme ayant autorité œcuménique dans l’Église orthodoxe.

  37. Patriarchia.ru, « В Русской Православной Церкви критикуют резолюцию ПАСЕ, направленную против креационизма » (« L’Église orthodoxe russe critique la résolution de l’APCE dirigée contre le créationnisme »), 12 octobre 2007, https://www.patriarchia.ru/article/3465. Le Père Vsévolod Tchapline déclara que la théorie de Darwin « n’a pas reçu de preuves suffisantes en science et ne peut donc être considérée comme une vérité incontestable » (« эта теория не получила достаточных доказательств в науке и поэтому не может считаться непререкаемой истиной »). Sur le Père Georges Maximov, voir son article “The impasse of ‘Orthodox’ evolutionism”, qui défend l’enseignement patristique sur la Genèse et identifie les conceptions darwiniennes de l’origine des espèces et de l’humanité comme une tentative d’importation dans l’Orthodoxie.

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