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L'Hérésie du Patriarche Cyrille
Chapitre 33

Bienheureuse désobéissance ou obéissance mauvaise ?

La défense la plus courante du Patriarche Cyrille à la lumière de tout ce qui est documenté dans ce livre est un appel à l’obéissance. « L’évêque l’a dit, donc nous devons obéir. » « Le Patriarche a émis une directive, donc la question est réglée. » « Qui sommes-nous pour questionner nos hiérarques ? »

Cependant, ces sentiments ont-ils quoi que ce soit à voir avec ce que nos saints ont professé ?

L’Église n’est pas le navire de chaque évêque pour en faire ce qu’il veut.

— Saint Païssios l’Athonite, The Life of Elder Paisios of Mount Athos (La Vie de l’Ancien Païssios du Mont Athos) par le Hiéromoine Isaac, p. 661

Mosaïque du XIe siècle de saint Théodore le Studite du monastère de Nea Moni à Chios, Grèce. Saint Théodore rompit la communion avec des patriarches à plusieurs reprises et passa des années en prison plutôt que de se soumettre à ce qu'il reconnaissait comme hérésie.
Saint Théodore le Studite, mosaïque du XIe siècle du monastère de Nea Moni, Chios, Grèce. Il rompit la communion avec des patriarches à plusieurs reprises, passa des années en prison et endura l’exil plutôt que de se soumettre à ce qu’il reconnaissait comme hérésie. (Public domain)

La tradition patristique parle d’une seule voix sur cette question.

Le commandement des Trois Saints Hiérarques

Saint Jean Chrysostome, l’un des Trois Saints Hiérarques, aborde la question par un commandement :

Quoi donc, dites-vous, quand il est mauvais, devons-nous obéir ? Mauvais ? En quel sens ? Si c’est en matière de Foi, fuyez-le et évitez-le ; non seulement s’il est un homme, mais même si c’est un ange descendu du Ciel.

— Saint Jean Chrysostome, Homélie 3 sur 2 Thessaloniciens, PG 62:485[1]

« Fuyez-le et évitez-le. » Non pas « maintenez la communion tout en exprimant respectueusement votre désaccord ». Non pas « obéissez maintenant et laissez un futur concile régler la question ». Même si c’est un ange nimbé de lumière qui apparaît du ciel : fuyez.

Quand un évêque est mauvais en matière de Foi, les fidèles reçoivent le commandement de fuir, même s’il revendique une autorité angélique. Et si les fidèles doivent fuir même si c’est un ange, combien plus doivent-ils fuir un évêque ou un Patriarche en matière de foi ?

Rappelons aussi ici que nos Saints Canons sont des interprétations de l’Écriture. Le Canon 15 du Premier-Deuxième Concile de Constantinople est fondé sur de nombreux passages de l’Écriture tels que 2 Thessaloniciens. Ainsi, si quelqu’un prétend que l’obéissance contourne les canons, il ne désobéit pas seulement aux Saints Canons (qu’aucun évêque ou Patriarche n’a l’autorité de minimiser ou contourner) mais il désobéit aussi à la Sainte Écriture.

Saint Jean Climaque rédigea le traité définitif sur l’obéissance monastique. Son Échelle sainte exige la soumission totale à son père spirituel. Pourtant, même lui posa une limite :

En union avec l’humilité, il est impossible qu’il y ait aucune apparence de haine, ou aucune sorte de dispute, ou même une odeur de désobéissance, à moins peut-être que la foi ne soit mise en question.

— Saint Jean Climaque, L’Échelle sainte, Degré 25[2]

L’homme qui a défini l’obéissance pour tout le monachisme ultérieur a admis une seule exception critique : les questions de foi (l’hérésie). Saint Jean Chrysostome commande la fuite ; saint Jean Climaque permet la dispute. Tous deux s’accordent sur le principe : les questions de foi priment sur le principe de l’obéissance. C’est le témoignage unanime des saints.

Saint Ignace Briantchaninov s’adresse à ceux qui croient que la foi d’un subordonné peut compenser les insuffisances d’un supérieur :

On peut dire : la foi du subordonné peut remplacer l’insuffisance de l’ancien. Faux ! La foi dans la vérité sauve. La foi dans le mensonge et dans la tromperie diabolique nuit !

— Saint Ignace Briantchaninov, Une Offrande au monachisme contemporain, vol. I

Saint Éphrem le Syrien énonce la conséquence :

Malheur à ceux qui souillent la sainte Foi par les hérésies ou qui se soumettent aux hérétiques.

— Saint Éphrem le Syrien, Homélie sur le Second Avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ

Le P. Séraphim Rose de Platina, fils spirituel de saint Jean de Shanghai et de San Francisco, appliqua directement cet enseignement patristique :

Votre propre conscience et votre cœur doivent parler ; l’obéissance totalement aveugle n’est tout simplement pas possible, surtout à notre époque.

— P. Séraphim Rose, Lettre 270 (1979), Letters from Father Seraphim 1976-1982 (Lettres du Père Séraphim), St. Herman of Alaska Brotherhood, 2003

Dans une lettre antérieure, Rose décrivit le mécanisme spirituel par lequel l’obéissance est corrompue :

Ce sujet est extrêmement profond et est étroitement lié à tout le sujet de l’Orthodoxie authentique versus fausse au XXe siècle, le plus acutement dans le « sergianisme », où l’obéissance devient en effet un esclavage aux hommes et à l’organisation humaine de l’église. La vraie obéissance est accompagnée d’une liberté intérieure, sans laquelle il n’y a pas de vie ecclésiale.

— P. Séraphim Rose, Lettre 158 (13 juillet 1974), Letters from Father Seraphim (Lettres du Père Séraphim), St. Herman of Alaska Brotherhood

Ainsi, l’obéissance enseignée par beaucoup de chrétiens orthodoxes contemporains n’est pas l’obéissance patristique ; c’est la captivité revêtue des ornements de l’obéissance. Rose identifie le diagnostic : la vraie obéissance produit la liberté intérieure. Quand l’obéissance produit l’oppression, quelque chose ne va pas. Le fidèle qui se sent écrasé par la conformité à une directive hérétique ne vit pas un échec d’humilité. Il vit la réaction naturelle d’une conscience chrétienne à la coercition spirituelle.

Saint Jean Chrysostome avertit que chercher seulement son propre salut tandis que ses frères sont détruits n’est pas la sécurité mais la désertion :

Quant à nous, ne nous contentons pas de notre salut seul, puisqu’en faisant ainsi, nous le détruisons aussi. Car dans la guerre et le combat, le soldat qui ne vise qu’à se sauver en fuyant détruit les autres avec lui, de même que le soldat courageux qui prend les armes pour la défense des autres se préserve avec le reste.

— Saint Jean Chrysostome, Homélie LIX sur saint Matthieu, §5 (PG 58:580)[3]

Qu’exige le commandement des Trois Saints Hiérarques en matière où notre foi est bafouée ? Saint Jean Chrysostome dit : fuyez. Le P. Séraphim dit : votre conscience doit parler, et la vraie obéissance est accompagnée de liberté. La question n’est pas de savoir si l’on peut résister. La question est de savoir si l’on choisira de se conformer.

Le Gouvernail définit la limite

Les saints parlent d’une seule voix. Mais ceux qui en appellent à l’« obéissance » demanderont une autorité canonique, pas seulement des citations patristiques.

Le Gouvernail (Pédalion) la fournit.

Saint Nicodème l’Hagiorite, le moine athonite du XVIIIe siècle qui compila le Gouvernail (le commentaire canonique de référence de l’Église orthodoxe), dans son commentaire du Canon apostolique 31, établit d’abord la règle : les presbytres, diacres et tous les clercs νὰ ὑποτάσσωνται εἰς τὸν ἰδικόν τους Ἐπίσκοπον (« doivent se soumettre à leur propre Évêque »). Les évêques à leur Métropolite. Les métropolites à leur Patriarche. La hiérarchie d’obéissance est explicite. Leur propre position est énoncée directement par saint Nicodème l’Hagiorite lui-même.

Puis saint Nicodème énonce l’exception. Le canon punit un presbytre qui se sépare de son évêque χωρὶς νὰ γνωρίσῃ αὐτὸν πῶς σφάλλει φανερὰ ἢ εἰς τὴν εὐσέβειαν, ἢ εἰς τὴν δικαιοσύνην : « sans savoir qu’il erre manifestement soit en piété, soit en justice ». Saint Nicodème reformule ensuite ceci en langage simple : χωρὶς νὰ γνωρίσῃ αὐτὸν πῶς εἶναι φανερά, ἢ αἱρετικός, ἢ ἄδικος, « sans savoir qu’il est manifestement soit hérétique, soit injuste ».

Le mot qui gouverne tout le canon est χωρίς : « sans ». Le presbytre est puni pour s’être séparé sans savoir que son évêque est hérétique. Tout dépend de cette condition.

Si l’évêque EST manifestement un hérétique, la condition n’est pas remplie, et la punition ne s’applique pas. Le canon ne punit jamais ceux qui se séparent d’un évêque manifestement hérétique. Il punit ceux qui se séparent d’un évêque fidèle.

Saint Nicodème appelle un tel presbytre φίλαρχος, « ami du pouvoir ». Non pas « schismatique ». Non pas « désobéissant ». Ami du pouvoir, parce qu’il se sépare par ambition, non par conscience. L’accusation est l’ambition égoïste, non la dissidence de principe.

Puis vient la phrase décisive :

Mais ceux qui se séparent de leur Évêque avant un examen synodal, parce qu’il prêche publiquement quelque opinion hétérodoxe et hérésie : de telles personnes non seulement ne sont pas soumises aux peines susmentionnées, mais sont jugées dignes de l’honneur qui convient aux orthodoxes, selon le Canon 15 du Premier-Deuxième Concile.

— Saint Nicodème l’Hagiorite, Le Gouvernail (Pédalion), Commentaire du Canon apostolique 31 [4]

Le mot est plus fort que simplement « non puni » : honoré. Celui qui se sépare avant l’examen synodal est honoré.

Certains tenteront de rejeter saint Nicodème comme « simplement l’opinion d’un saint ». Le Métropolite Augustin Kantiotes anticipa cette objection :

Bien sûr, il ne dit rien de lui-même. Saint Nicodème lui-même n’a fait que des notes de bas de page, et l’examen des saints documents qu’il a fait est admirable. En ouvrant le Gouvernail, nous entendons la voix des Pères ; non pas d’un seul ou deux, mais d’assemblées entières des plus saints Pères : 100, 200, 300, 400, 500, 600 Saints Pères.

— Métropolite Augustin Kantiotes, Christians of the Last Times (Chrétiens des derniers temps), p. 112

Rejeter saint Nicodème, c’est rejeter les Conciles œcuméniques dont il a compilé les canons.

Combien il est malheureux que les canons et les saints mêmes que les gens invoquent pour exiger l’obéissance aux évêques déclarent très clairement, sans aucune confusion, que la séparation d’un évêque hérétique est un acte digne d’honneur, et ne châtient personne pour l’obéissance dans ce contexte.

Le Métropolite Augustin Kantiotes de Florina, saint Métropolite vénéré même par saint Païssios l’Athonite, comprenait cela. Lors de son intronisation comme évêque en 1967, il déclara : « Je sacrifierai mon trône pour mes principes. Je ne sacrifierai pas mes principes pour le trône. »[5] Trois ans plus tard, en 1970, il cessa la commémoration du Patriarche Athénagoras. Il fut interdit de prêcher ou d’officier au sein de l’Archevêché d’Athènes. Il fut haï par ceux qui bafouent les saints, la hiérarchie incluse, mais fut honoré par les fidèles alors, et continue d’être honoré par les fidèles maintenant, exactement comme le Gouvernail et saint Nicodème l’avaient prédit.

Deux détails méritent attention. Premièrement, le grec κακοδοξίαν καὶ αἵρεσιν (« opinion hétérodoxe et hérésie ») englobe un enseignement erroné qui n’a peut-être pas encore été formellement condamné par un concile. Deuxièmement, le canon établit deux motifs indépendants de séparation : εὐσέβεια (piété) et δικαιοσύνη (justice).

Un évêque qui est manifestement injuste, et pas seulement hérétique, perd toute prétention à l’obéissance. Chapter 25 fournit l’exégèse grecque complète du Canon 15.

« Mais mon évêque me l’a dit »

Un autre canon du même Gouvernail aborde directement l’objection la plus courante. Théophile d’Alexandrie, dans son Mémorandum (Ὑπομνηστικόν) à l’évêque Ammon, traite du clergé orthodoxe qui communia avec les ariens (adeptes de l’hérésie selon laquelle le Christ est un être créé, non véritablement Dieu). Saint Nicodème explique :

Les orthodoxes qu’a ordonnés l’évêque Apollon, s’ils ont communié avec les ariens de leur propre initiative, qu’ils soient sanctionnés. Mais s’ils l’ont fait sur instruction de leur évêque, qu’ils aient la communion avec les autres évêques : parce que, voulant garder l’obéissance envers leur évêque, ils n’ont pu savoir ce qu’il était raisonnable de faire, à savoir, ne pas communier avec ces ariens.

— Saint Nicodème l’Hagiorite, Le Gouvernail (Pédalion), Commentaire du Canon de Théophile d’Alexandrie (Mémorandum à Ammon)[6]

Le canon ne qualifie pas d’admirable l’obéissance envers un évêque hérétique. Le texte original du canon qualifie cette attitude d’ἄλογον, « déraisonnable » : ὡς μὴ ἐπεγνωκότες τὸ ἄλογον, « comme n’ayant pas reconnu la conduite déraisonnable ». L’action juste était de refuser la communion avec les hérétiques. Ceux qui obéirent à leur évêque furent excusés uniquement parce qu’ils ne l’avaient pas compris ; cependant, ils ne furent certainement pas honorés pour cette ignorance.

Le mot grec ἐπεγνωκότες (de ἐπιγινώσκω, « reconnaître pleinement, discerner ») révèle la limite de cette excuse. La forme participiale avec μή marque une absence de discernement, non une présence de vertu. Dès que l’on discerne que son évêque communie avec des hérétiques, la défense de l’ignorance disparaît. L’obéissance après la connaissance est ce que le canon appelle ἄλογον : déraisonnable.

Le traitement systématique

Saint Ignace Briantchaninov énonce le principe qui anima chaque saint ayant préféré l’exil à la compromission :

Les vrais chrétiens raisonnent autrement à ce sujet ! Des multitudes innombrables de saints ont tressé leur couronne de martyrs, ont préféré les souffrances les plus cruelles et les plus prolongées, la prison, l’exil, plutôt que de consentir à participer à une hérésie qui blasphème leur Dieu par un faux enseignement.

— Saint Ignace Briantchaninov, Harbor for Our Hope (Un Havre pour notre espérance), « De ma main et de mon cœur », p. 116

L’Archiprêtre Théodore Zisis, Professeur de la Faculté de théologie de l’Université de Thessalonique, synthétise cette tradition patristique dans son étude Bienheureuse désobéissance ou obéissance mauvaise ?[7] Quiconque souhaite comprendre le témoignage patristique sur cette question devrait lire ce livre dans son intégralité, car il est remarquable.

Le P. Théodore examine cinq saints que l’Église honore précisément pour leur désobéissance :

  • Saint Athanase, exilé cinq fois pour avoir refusé la communion avec les ariens lorsque presque tous les évêques avaient capitulé.
  • Saint Basile le Grand, qui déclara au préfet de l’empereur que l’exil et la mort ne signifiaient rien pour lui.
  • Saint Maxime le Confesseur, qui perdit la langue et la main pour avoir refusé l’hérésie du Patriarche.
  • Saint Théodore le Studite, battu et exilé pour avoir rompu la communion.
  • Saint Marc d’Éphèse, qui se dressa seul quand tous les autres évêques signèrent la fausse union avec Rome.

Chacun de ces saints a désobéi à des patriarches, et chacun d’entre eux a été justifié et honoré par l’Église jusqu’à ce jour. Il est regrettable que nos frères chrétiens orthodoxes oublient précisément pourquoi nous vénérons ces saints hommes.

À chaque époque, la même diversion est employée contre ceux qui résistent : préservez la paix, ne suscitez pas de disputes, ce n’est qu’une affaire de mots. Saint Ignace Briantchaninov décrit cette tactique telle qu’elle fut utilisée contre saint Alexandre, Patriarche d’Alexandrie, durant la crise arienne :

La réponse d’une certaine personne à saint Alexandre (Patriarche d’Alexandrie, un homme revêtu d’un office puissant de ce monde) au sujet de l’hérésie arienne est amusante et fâcheusement pitoyable par ses conséquences. Cette personne conseille au Patriarche de préserver la paix, de ne susciter aucune dispute, si pénibles au christianisme, juste à cause de quelques mots ; il écrit qu’il ne trouve rien de condamnable dans l’enseignement d’Arius, peut-être quelque différence dans le tour d’un mot seulement ! Ces tours de mots, remarque l’historien Fieri, qui « n’ont rien de condamnable », rejettent la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ ! Ils subvertissent, en d’autres termes, toute la foi chrétienne !

— Saint Ignace Briantchaninov, Harbor for Our Hope (Un Havre pour notre espérance), « De ma main et de mon cœur », p. 118

« Juste quelques mots. » « Préservez la paix. » « Rien de condamnable. » Ceux qui conseillaient le silence durant l’hérésie arienne parlaient exactement comme ceux qui conseillent le silence aujourd’hui. Et le jugement de saint Ignace sur eux est implacable.

La thèse centrale du Protopresbyter Théodore Zisis est que la plupart des croyants identifient la hiérarchie à l’Église elle-même, de sorte que la désobéissance envers un hiérarque est perçue à tort comme désobéissance envers l’Église. C’est l’erreur fondamentale. Ils confondent l’obéissance envers des personnes avec l’obéissance envers l’Église. Mais l’obéissance envers l’Église n’est pas l’obéissance envers des individus :

L’obéissance envers l’Église est l’obéissance non envers des personnes spécifiques (car les hommes, comme on le sait, sont sujets à l’erreur), mais envers la vérité immuable de l’Église telle qu’elle est révélée dans l’Évangile et la Tradition patristique séculaire.

— Archiprêtre Théodore Zisis, Blessed Disobedience or Evil Obedience? (Bienheureuse désobéissance ou obéissance mauvaise ?)

Les saints définissent l’obéissance

Saint Maxime le Confesseur fut accusé de désobéissance pour avoir refusé l’hérésie monothélite (l’enseignement selon lequel le Christ n’avait qu’une seule volonté, niant Sa pleine humanité). Le Patriarche Pierre le condamna et le menaça de châtiment. Saint Maxime répondit que l’Église est définie non par sa hiérarchie mais par sa confession :

Le Christ le Seigneur a appelé Église catholique celle qui maintient la vraie et salutaire confession de la Foi.

— Saint Maxime le Confesseur, Relatio Motionis

Celui qui obéit à l’Église n’est pas celui qui change la vérité, mais celui qui la protège.

Il n’a pas dit, comme certains l’imaginent : « Je peux désobéir seulement parce que je suis un saint. » Chapter 27: Chapitre 27 : « Tu n'es pas un saint ». Il a dit « celui qui obéit à l’Église est celui qui protège la vérité. » Qui ? N’importe qui. Non pas seulement les confesseurs. Non pas seulement les moines. N’importe qui protégeant la vérité contre ceux qui voudraient la changer.

Le prix de cette protection était tout ce que le monde a à offrir. Les envoyés de l’empereur promirent à saint Maxime :

Sois assuré que nous te recevrons avec amour à Chalcé, que nous t’escorterons à la Grande Église avec grand honneur et grande gloire, et que nous te placerons à côté de nous là où siège la royauté. Ensemble nous communierons aux Mystères. Nous te proclamerons alors comme notre père. Il y aura alors de la joie non seulement dans toute notre cité aimant le Christ, mais dans toute la chrétienté. Car nous avons la ferme conviction que si tu es persuadé d’entrer en communion avec l’Église de Constantinople, tous ceux qui, à ton exemple, se sont séparés de notre communion seront réunis.

The Great Synaxaristes of the Orthodox Church (Le Grand Synaxaire de l’Église orthodoxe), trad. Holy Apostles Convent, vol. 1 (janvier), p. 847

Honneur, gloire, un siège auprès de la royauté, la réunion de toute la chrétienté : on lui offrit tout, et il refusa tout… parce que cela exigeait la communion avec l’hérésie.

Selon ce critère, celui qui refuse la communion avec l’hérésie, quel qu’en soit le prix, est obéissant envers l’Église. Celui qui se conforme à une directive hérétique est obéissant envers un homme.

Saint Photius le Grand, Patriarche de Constantinople, énonça le cadre clairement :

Le pasteur est-il orthodoxe, porte-t-il le sceau de la piété, n’a-t-il aucun membre de la troupe hérétique qui le suit ? Alors soumettez-vous à lui, puisqu’il préside à la ressemblance du Christ… Le pasteur est-il un hérétique ? Alors c’est un loup, et il sera nécessaire de fuir et de s’en éloigner d’un bond, et de ne pas se laisser tromper en l’approchant, même s’il semble caresser doucement. Évitez la communion et le commerce avec lui comme le venin d’un serpent.

— Saint Photius le Grand, The Homilies of Photius: Patriarch of Constantinople (Les Homélies de Photius : Patriarche de Constantinople), trad. Cyril Mango (Harvard University Press, 1958), p. 250

Pasteur orthodoxe : soumettez-vous. Pasteur hérétique : fuyez comme devant un loup. Il n’y a pas de troisième option.

Cinq cents ans plus tard, saint Grégoire Palamas énonça le même principe avec une force encore plus grande :

Et ceux qui sont de l’Église du Christ sont de la vérité, et ceux qui ne sont pas de la vérité ne sont pas de l’Église du Christ, quelque mensonge qu’ils disent sur eux-mêmes et quelque nom qu’ils se donnent de saints pasteurs et archiprêtres, même si d’autres les appellent ainsi. Après tout, nous nous souvenons que le christianisme est déterminé non par les apparences, mais par la vérité et l’exactitude de la foi.

— Saint Grégoire Palamas, Refutation of the Letter of Patriarch Ignatios of Antioch (Réfutation de la lettre du Patriarche Ignace d’Antioche), 3 ; dans P.K. Chrestou (éd.), Γρηγορίου τοῦ Παλαμᾶ Συγγράμματα, vol. II (Thessalonique, 1966)[8]

Un évêque qui « n’est pas de la vérité » « n’est pas de l’Église du Christ », quel que soit son titre ou la reconnaissance que d’autres lui accordent. L’obéissance envers un tel homme n’est pas l’obéissance envers l’Église. Elle ne peut pas l’être.

Saint Syméon le Nouveau Théologien énonça la limite avec précision :

En tout ce qui ne contredit pas le commandement de Dieu, les règles et ordonnances apostoliques, vous devez lui obéir en tout point et vous soumettre à lui comme au Seigneur. Mais en tout ce qui menace de danger l’Évangile et les lois de l’Église, il ne faut pas obéir à ses instructions et commandements, ni même à un ange, s’il descendait soudain du ciel, vous prêchant autre chose que ce que les témoins oculaires de la Parole ont prêché.

— Saint Syméon le Nouveau Théologien, dans Saint Nicétas Stéthatos, Life of Saint Symeon the New Theologian (Vie de Saint Syméon le Nouveau Théologien), ch. 66

Quand les directives d’un patriarche contredisent les commandements de Dieu et les lois de l’Église, il ne faut pas obéir, « ni même à un ange ».

Saint Mélèce le Confesseur s’adressa à ceux qui demeurent en communion pour le bien de l’unité :

Ne suivez même pas des évêques qui, par ruse, vous exhortent à faire, dire et croire des choses qui ne sont pas profitables. Quel homme pieux gardera le silence, ou qui demeurera tout à fait en paix ? Car le silence signifie le consentement… Car il est préférable de nous séparer de ceux qui ne croient pas droitement que de les suivre dans une mauvaise concorde, et par notre union avec eux de nous séparer de Dieu.

— Saint Mélèce le Confesseur du Mont Galésion (XIIIe siècle), d’après son récit hagiographique (fête : 19 janvier)

« Par notre union avec eux nous séparer de Dieu. » Celui qui demeure en communion avec un évêque hérétique pour préserver l’unité accomplit précisément la séparation qu’il craignait : non d’avec les hommes, mais d’avec Dieu.

Le P. Théodore Zisis tire la conclusion du témoignage patristique :

De même qu’il y a une bonne et une mauvaise obéissance, de même il y a une mauvaise et une bonne désobéissance. Et de même que saint Grégoire, parlant de la paix et de la guerre, dit que « la guerre est préférable à une paix qui nous sépare de Dieu », nous osons affirmer que la désobéissance est préférable à une obéissance qui nous sépare du Seigneur.

— Archiprêtre Théodore Zisis, Blessed Disobedience or Evil Obedience? (Bienheureuse désobéissance ou obéissance mauvaise ?)

La question n’est pas « L’évêque l’a-t-il ordonné ? » La question est « L’obéissance à cet ordre nous sépare-t-elle du Seigneur ? »

Quand l’obéissance à une directive sépare les fidèles du Seigneur, ce n’est pas une obéissance bienheureuse. C’est une obéissance mauvaise.

Les saints sont unis

Les saints qui enseignèrent l’obéissance en étaient eux-mêmes dignes. C’étaient des moines qui avaient atteint l’impassibilité (la liberté des passions). Ils priaient sans cesse, connaissaient le Psautier par cœur, s’en tenaient infailliblement aux canons et obéissaient aux Pères et saints qui les avaient précédés. Exiger une obéissance aveugle d’un homme qui ne connaît ni les canons ni les saints, qui ne combat pas dans la prière, qui suit ses propres sentiments plutôt que les Pères : c’est de la parodie, non de la tradition.

L’Archevêque Averky de Jordanville, s’adressant à une conférence pastorale, avertit que la pire corruption chez un pasteur n’est ni la laxité ni l’ignorance, mais l’application sélective de l’autorité :

Il n’y a rien de plus pernicieux pour l’œuvre pastorale que si le pasteur fait preuve d’une indulgence démesurée envers tout, même les péchés les plus graves de son troupeau, et n’est infiniment strict et exigeant qu’en ce qui concerne une seule chose : le péché de désobéissance envers lui-même. Le Pasteur doit être inconditionnellement strict et inflexible en tout ce qui concerne les fondements séculaires de l’Église : ses enseignements doctrinaux et moraux, ses saints canons, institutions et coutumes ; mais cette sévérité doit découler exclusivement d’un zèle authentique pour la gloire de Dieu et le salut des âmes de son troupeau, et jamais de quelque autre motif, et surtout jamais d’intérêts personnels, ni de l’amour-propre et de l’orgueil blessé. Il est totalement inadmissible, tout en méprisant les canons de l’Église dans les questions de principe, de n’y recourir que lorsque notre autorité personnelle commence à souffrir et que cela nous convient personnellement.

— Archevêque Averky (Taouchev), Allocution à la conférence pastorale, Orthodox Life (Vie orthodoxe), vol. 47, n° 3 (mai-juin 1997), pp. 20-21

C’est très exactement le Patriarche Cyrille. Il fait preuve d’indulgence envers chaque violation œcuménique, chaque trahison de la discipline canonique, chaque compromission avec l’État. Mais il est infiniment strict sur une seule chose : l’obéissance envers lui-même. Il exige la soumission tout en abandonnant les enseignements doctrinaux et moraux mêmes qui rendraient cette soumission légitime. L’avertissement de l’Archevêque Averky est le portrait de l’homme qui occupe aujourd’hui le trône patriarcal.

Malheureusement, nombre de laïcs ont hérité de la même compréhension erronée, contredisant les sentiments de nos saints tels que saint Païssios l’Athonite :

S’il arrive que l’un de nous, les Anciens, soit un peu louche spirituellement, alors nous ne devrions pas exiger une obéissance aveugle de nos moines, de peur de tomber tous ensemble du précipice, comme il est écrit : « Si un aveugle conduit un aveugle, tous les deux tomberont dans une fosse. »

— Saint Païssios l’Athonite, Athonite Fathers and Athonite Matters (Pères athonites et affaires athonites), p. 233

Le même avertissement vient du cœur même de Moscou. L’Archimandrite Tikhon (Chevkounov), actuellement Métropolite régnant de Crimée et l’un des plus proches collaborateurs du Patriarche Cyrille, écrivit dans ses souvenirs publiés de son propre père spirituel, l’Ancien Jean Krestiankin du Monastère des Grottes de Pskov (1910-2006), que la soumission automatique et irréfléchie n’est pas du tout l’obéissance orthodoxe :

La confiance et l’obéissance sont la règle principale de la relation entre un chrétien et son père spirituel. Bien sûr, on ne peut pas manifester une obéissance absolue envers n’importe quel père spirituel. De tels directeurs spirituels sont une rareté. C’est une question tout à fait délicate. Des tragédies spirituelles et existentielles très graves surviennent souvent lorsque des prêtres déraisonnables s’imaginent être des anciens, et que leurs malheureux enfants spirituels s’imposent une forme d’obéissance absolue qui dépasse leurs forces et est entièrement inappropriée à notre époque.

— Archimandrite Tikhon (Chevkounov), « Souvenirs d’un fils spirituel », dans May God Give You Wisdom! The Letters of Fr. John Krestiankin (Que Dieu te donne la sagesse ! Les lettres du P. Jean Krestiankin) (Wildwood, CA : St. Xenia Skete), p. 505

Chevkounov décrit ensuite un incident dans lequel son propre ancien, l’Ancien Jean Krestiankin, un homme universellement vénéré dans tout le Patriarcat de Moscou pour sa sainteté et son discernement, refusa de donner sa bénédiction à une décision que lui imposaient conjointement « l’un des higoumènes du monastère et le hiérarque régnant » :

Oui, le P. Jean vénérait certes la hiérarchie ecclésiale et s’y soumettait, mais cela ne signifiait pas une soumission automatique et irréfléchie. J’ai été témoin d’une occasion où l’un des higoumènes du monastère et le hiérarque régnant tentèrent de persuader Batiouchka de donner sa bénédiction à leur décision, avec laquelle le P. Jean n’était pas d’accord. Ils avaient besoin de l’autorité de l’ancien pour soutenir leur décision. Ils s’approchèrent de Batiouchka sérieusement, comme on dit, « le couteau sous la gorge ». Les moines et les prêtres peuvent imaginer ce que signifie résister à la pression de son hiérarque régnant ou de son higoumène. Mais le P. Jean soutint cette pression prolongée avec un calme parfait. Il expliqua respectueusement, patiemment et avec douceur qu’il ne pouvait pas dire « je bénis » à quelque chose qui ne s’accordait pas avec son âme, mais si ses supérieurs jugeaient nécessaire de prendre cette mesure, alors il accepterait leur décision sans murmure : ils en répondraient devant Dieu et les frères.

— Archimandrite Tikhon (Chevkounov), « Souvenirs d’un fils spirituel », dans May God Give You Wisdom! (Que Dieu te donne la sagesse !), p. 517

Deux points méritent attention. Premièrement, le témoin est hostile à la thèse de ce livre à tous autres égards : Chevkounov est actuellement un hiérarque régnant du Patriarcat de Moscou, un proche collaborateur du Patriarche Cyrille, et un défenseur public de la théologie de la guerre examinée dans Chapter 17. Il n’a aucune raison de minimiser l’obéissance due aux hiérarques de Moscou. Pourtant, il reconnaît par écrit, dans un volume publié avec la bénédiction du Patriarcat, que le plus aimé des anciens du Patriarcat de Moscou de l’ère soviétique et post-soviétique refusa de bénir une décision que son propre higoumène et son propre évêque régnant exigeaient conjointement, « le couteau sous la gorge ». Deuxièmement, la pratique de Krestiankin était exactement ce que ce chapitre avance contre les apologistes : se soumettre à la hiérarchie en ce qui est licite, refuser de dire « je bénis » quand l’acte contredit son âme, et laisser ceux qui procèdent en répondre devant Dieu. Il modela précisément la distinction que les apologistes prétendent ne pas exister.[9]

Ceux qui manquent ce point crucial se retrouveront à suivre la sagesse des hommes plutôt que la sagesse de Dieu.

Fresque byzantine du XIIe siècle de saint Théodore le Studite de l'église Saint-Pantéléimon à Gorno Nerezi, Macédoine du Nord, représentant la figure en vêtements monastiques noirs avec un halo doré
Saint Théodore le Studite, fresque byzantine du XIIe siècle de l’église Saint-Pantéléimon, Gorno Nerezi, Macédoine du Nord. Photo : zavar_vera (CC BY-SA 4.0)

Saint Théodore le Studite, qui passa des années en prison pour son refus d’obéir à des hiérarques hérétiques, énonça le principe clairement :

Les évêques n’ont reçu aucune autorité pour transgresser aucun canon. Ils doivent simplement suivre ce qui a été décrété et adhérer à ceux qui les ont précédés.

— Saint Théodore le Studite, Épître I.24 (à Théoctiste le Magistre), PG 99:1017

Saint Jean Cassien définit ce qui mérite l’obéissance :

Nous devons à tous égards accorder une foi inébranlable et une obéissance sans réserve non aux règles et institutions qui furent introduites selon le souhait de quelques-uns, mais à celles qui furent transmises il y a longtemps aux générations suivantes par d’innombrables saints Pères agissant de concert.

— Saint Jean Cassien, The Institutes (Les Institutions cénobitiques), Préface à Castor, §7

Les innovations d’un patriarche quelconque, introduites selon le souhait de quelques-uns, ne peuvent supplanter ce qui fut transmis par d’innombrables saints Pères agissant de concert.

Si saint Maxime refusa le Patriarche et fut justifié par l’Église ; si saint Syméon enseigne que nous ne devrions pas obéir « ni même à un ange » quand l’Évangile est menacé ; si saint Théodore le Studite déclare que les évêques n’ont aucune autorité pour transgresser aucun canon ; si saint Païssios avertit que l’Église n’est pas le navire de chaque évêque pour en faire ce qu’il veut : sur quel fondement possible la conformité aux hérésies d’un patriarche peut-elle être appelée obéissance envers l’Église ?

Ceux qui en appellent à l’« obéissance » pour défendre la communion continue avec un patriarche hérétique ont confondu la soumission envers un homme avec la fidélité envers le Christ. Les saints ne reconnaîtraient pas cela comme de l’obéissance. Ils l’appelleraient par son vrai nom : la captivité.

Les saints qu’ils citent

Le témoignage patristique est unanime. Mais remarquons quels saints les apologistes choisissent de citer pour défendre leur compréhension de l’obéissance, et avec quelle sélectivité ils embrassent les préoccupations de ces saints.

Nos saints mémorisaient les canons et les faisaient respecter. Les apologistes qui citent ces saints ignorent et méprisent activement nos Saints Canons. Nos saints rompaient la communion avec les évêques dans l’erreur. Les apologistes qui citent ces saints défendent les évêques dans l’erreur. Nos saints acceptèrent l’exil, la torture et la mutilation plutôt que de se conformer à des directives hétérodoxes. Les apologistes qui citent ces saints s’empressent d’accepter les directives hétérodoxes. Saint Maxime refusa le Patriarche et perdit la langue. Saint Théodore rompit la communion à plusieurs reprises et passa des années en prison. Saint Marc d’Éphèse se dressa seul contre un concile.

Les apologistes allument bien sûr des cierges à ces saints très courageux et inflexibles, puis insistent immédiatement que personne ne peut suivre leur exemple (voir Chapter 27: Chapitre 27 : « Tu n'es pas un saint »). Ils célèbrent les fêtes d’hommes qui agirent avant la convocation de tout concile, puis exigent que nous attendions un concile (voir Chapter 25: Chapitre 25 : De l'hérésie, des synodes et de la foi droite). Ils honorent des saints qui furent accusés de schisme par les hiérarques de leur temps, puis lancent la même accusation contre quiconque oserait résister aujourd’hui.

Ainsi, nombre de chrétiens orthodoxes contemporains arrachent un seul mot, obéissance, complètement hors du témoignage patristique, le dépouillent entièrement de son contexte et le placent dans leur propre interprétation étroite et égoïste, tout en méprisant les Pères mêmes dont ils plagient l’enseignement de manière éhontée et sélective.

En d’autres termes, ils citent les saints les plus stricts pour défendre la réponse la plus tiède, et cela montre à quel point les gens méprisent les saints, tout en s’appuyant sur leur autorité quand cela les arrange.

Le P. Séraphim Rose, fils spirituel de saint Jean de Shanghai, nota que chaque saint honoré pour avoir résisté à l’hérésie était une minorité en son temps. Dans sa lettre au P. David Black (Chapter 24: Chapitre 24 : Les saints qui ont cessé la commémoration), il plaça ceux qui résistent à l’hérésie aujourd’hui aux côtés de saint Athanase, qui se dressa contre presque tous les évêques ; de saint Maxime, qui se dressa contre les patriarches monothélites ; et de saint Marc d’Éphèse, qui se dressa seul contre le faux concile de Florence. Chacun d’entre eux fut accusé d’orgueil, de divisionnisme ou de sectarisme. Chacun fut justifié par l’histoire. L’accusation de « désobéissance » lancée contre ceux qui résistent à l’hérésie aujourd’hui est la même accusation qui fut lancée contre chaque saint qui résista à l’hérésie dans le passé.

Rose énonça le principe canonique clairement :

Si chaque chrétien orthodoxe reçoit des canons le commandement de se séparer d’un évêque hérétique avant même qu’il ne soit officiellement condamné, sous peine d’être coupable aussi de son hérésie, combien plus devons-nous nous séparer de ceux qui sont pires (et plus malheureux) que les hérétiques, parce qu’ils servent ouvertement la cause de l’Antéchrist ?

— P. Séraphim Rose, Lettre au P. David Black, 30 octobre/12 novembre 1970, Letters from Father Seraphim (Lettres du Père Séraphim) (St. Herman of Alaska Brotherhood). http://www.orthodoxriver.org/post/letters-of-fr.-seraphim-rose/

Les canons n’exigent pas d’attendre un concile ni de s’en remettre à l’obéissance en matière d’hérésie. Ils commandent le départ. La question du P. Séraphim Rose est rhétorique, mais sa logique est implacable.

L’insensibilité

Rappelons l’exception de saint Jean Climaque au Degré 25 : « à moins peut-être que la foi ne soit mise en question ». L’homme qui a défini l’obéissance pour tout le monachisme ultérieur a aussi diagnostiqué la condition spirituelle qui pousse les hommes à négliger cette exception.

Au Degré 18 de son Échelle, saint Jean Climaque décrit l’insensibilité : « l’engourdissement de l’âme et la mort de l’esprit avant la mort du corps ». L’insensibilité va plus loin que l’ignorance. C’est « la négligence devenue habitude ; la pensée engourdie ; la naissance de la présomption ». L’homme insensible connaît la vérité. Il la lit, la cite, l’enseigne. Mais il ne peut ressentir ce qu’il sait :

Celui qui a perdu la sensibilité est un philosophe sans cervelle, un commentateur qui se condamne lui-même, un hâbleur qui se contredit, un aveugle qui enseigne aux autres à voir. Il parle de guérir une blessure, et ne cesse de l’irriter. Il prie contre ce mal, et aussitôt va le commettre. Il philosophe sur la mort, mais se comporte comme s’il était immortel. Il bénit l’obéissance, mais il est le premier à désobéir. En tout temps il est son propre accusateur, et il ne veut pas revenir à ses sens : je ne dirai pas qu’il ne peut pas.

— Saint Jean Climaque, L’Échelle sainte, Degré 18

Saint Jean personnifie ensuite cette passion et la laisse se confesser : « Quand ils voient le saint autel ils ne ressentent rien ; quand ils participent au Don, c’est comme s’ils avaient mangé du pain ordinaire. » Et : « Je vais main dans la main avec la piété feinte. »

C’est exactement la vie dévotionnelle décrite dans la section précédente : allumer des cierges à des saints que l’on refuse de suivre, célébrer les fêtes de confesseurs que l’on n’imiterait jamais. La piété vidée de sa substance.

Saint Ignace Briantchaninov, prolongeant saint Jean, décrit l’insensibilité comme « une mort invisible de l’esprit humain par rapport aux choses spirituelles, tandis que la vie par rapport aux choses matérielles reste en plein développement ».

C’est pourquoi de tels apologistes peuvent manier les paroles des saints sans sourciller devant leur sens et leur intention. L’appareil matériel de la foi demeure pleinement fonctionnel : ils citent les canons, citent les Pères, observent les fêtes, allument les cierges. Ce qui est mort, c’est leur perception de ce que ces paroles exigent d’eux spirituellement. Ils sont complètement indifférents aux exigences des enseignements mêmes qu’ils citent. Les enseignements se dressent devant eux, mais comme l’écrit Briantchaninov : « Bien qu’ils existent, ils cessent d’exister pour l’esprit, parce que sa vie envers eux a pris fin. »

L’incapacité de discerner se durcit en refus de discerner. Ce qui commence comme ignorance devient habitude, et ce qui devient habitude devient une condition spirituelle avec un nom patristique.

La définition tronquée

L’insensibilité va encore plus loin que les contradictions cataloguées ci-dessus. Les apologistes n’ont pas seulement cité les saints de manière sélective ; ils ont tronqué le concept même de l’obéissance.

Dans la tradition orthodoxe, l’obéissance n’est pas l’obéissance envers un seul évêque. Le Métropolite Hiérothéos Vlachos, citant saint Nicolas Cabasilas, identifie trois axes de la vie spirituelle : l’évêque, l’autel et les saints :

On exprime que l’on a l’esprit de l’Église non seulement par son obéissance à l’évêque, mais aussi par son obéissance à toute la tradition de l’Église. Comme saint Nicolas Cabasilas l’a analysé, l’évêque est étroitement lié à l’autel et aux saints… Quiconque accepte la tradition de l’Église et refuse les évêques canoniques, ou quiconque accepte les évêques et refuse toute la tradition de l’Église, n’a pas l’esprit de l’Église.

— Métropolite Hiérothéos Vlachos, The Mind of the Orthodox Church (L’Esprit de l’Église orthodoxe), p. 101-102

Les apologistes ont réduit trois axes à un seul. Ils obéissent à l’évêque. Ils rejettent les saints. Ils ignorent les canons. Et ils mettent de côté l’Écriture elle-même, qui commande : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29).

Quand ils sont confrontés au témoignage de saint Nicodème, de Théodore Balsamon, des Conciles œcuméniques, de la Sainte Écriture, la réponse est toujours la même : « Mon évêque dit le contraire. »

L’interprétation de saint Nicodème est rejetée comme « n’ayant pas force obligatoire ». Le consensus des Pères est rejeté comme « citation hors contexte ». Les canons sont reconnus dans l’abstrait et ignorés dans la pratique. La seule autorité qui demeure debout est l’évêque, la seule autorité que la tradition elle-même subordonne à la vérité.

Saint Ignace Briantchaninov avertit que ceux qui substituent leur propre raisonnement au consensus des Pères, si intelligents soient-ils, mènent à la ruine spirituelle aussi bien eux-mêmes que ceux qui les suivent :

Un trait distinctif de tous les Saints Pères était leur fidélité inébranlable aux enseignements moraux de l’Église, et ils enseignaient que seul était un vrai guide celui qui suivait tous les enseignements des Pères orientaux de l’Église, dont seuls les écrits sont un témoignage. Ceux qui pensent conduire leurs semblables selon leur propre raisonnement mondain, selon une raison déchue, si brillante soit-elle, celui-là est lui-même dans un état d’auto-illusion et conduit ses disciples dans le même état d’auto-illusion.

— Saint Ignace Briantchaninov, Harbor for Our Hope (Un Havre pour notre espérance), « De ma main et de mon cœur », pp. 151-152

Ainsi, « Mon évêque dit le contraire » est un raisonnement mondain substitué aux Pères. L’évêque qui contredit le consensus des saints n’est pas un guide ; il est, selon les mots de saint Ignace Briantchaninov, celui qui « conduit ses disciples dans le même état d’auto-illusion ».

Saint Païssios diagnostiqua la cause profonde avec sa précision caractéristique :

J’ai remarqué que certaines personnes, bien qu’intelligentes et capables de savoir ce qui est juste, favorisent néanmoins ce qui est injuste uniquement parce que cela leur convient, et qu’ainsi, elles peuvent alors justifier leurs passions.

— Saint Païssios l’Athonite, Spiritual Counsels V: Passions and Virtues (Paroles spirituelles V : Passions et vertus), p. 25

Le problème n’est pas l’ignorance. Ceux qui défendent la communion avec un patriarche qui bénit la guerre comme sacrifice salvifique et prie avec des hérétiques ne sont pas, pour la plupart, incapables de lire les canons ou les Pères. Ils choisissent de ne pas le faire, parce que les conclusions seraient incommodes.

Saint Nicodème l’Hagiorite aborda la question directement :

Quand vous accomplissez l’un des commandements de Dieu ou observez les Divins et saints Canons des Saints Apôtres ou des Conciles œcuméniques et locaux, ou les Traditions de l’Église, et, tout simplement, quand vous vous efforcez de faire la volonté de Dieu, et qu’une autre personne en est scandalisée, alors vous devriez ignorer ce « scandale » et accomplir le commandement de Dieu et observer les Divins et saints Canons, en disant à ceux qui sont scandalisés et voudraient vous entraver ce que les Apôtres dirent aux Juifs : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. »

— Saint Nicodème l’Hagiorite, Christian Morality (Morale chrétienne), p. 483

L’ironie est complète : l’importance même que ces apologistes attribuent à l’obéissance provient de la tradition à laquelle ils désobéissent. Ils n’ont pas inventé le concept d’obéissance. Ils l’ont reçu des saints, des canons et de la Tradition apostolique. Ce sont les sources qui leur ont enseigné que l’obéissance importe. Et ces mêmes sources, dans le même souffle, leur commandent de ne pas suivre de faux pasteurs. Ils invoquent l’« obéissance » tout en désobéissant aux sources auprès desquelles eux-mêmes et leurs supérieurs ont appris ce mot.

Comme l’écrivit le P. Zosime du désert de Svir durant la crise sergianiste, quand le même argument de l’obéissance fut déployé pour défendre le Métropolite Serge :

L’obéissance elle-même, nous ne devons pas l’offrir de manière arbitraire, mais de la manière dont les règles, traditions et canons de l’Église l’enseignent, comme l’enseignent les Saintes Écritures… L’obéissance chrétienne n’est pas un suivisme aveugle du premier-hiérarque, où qu’il aille.

— P. Zosime, 1928, The Holy New Martyrs of Northern and Western Russia (Les Saints Néomartyrs du Nord et de l’Ouest de la Russie), p. 449

Et la distinction avec le protestantisme n’est pas, comme ils l’imaginent, que les orthodoxes doivent montrer une obéissance aveugle envers des hommes revêtus de privilèges hiérarchiques. Le P. Zosime encore :

La différence n’est pas en ce que nous devons montrer une obéissance aveugle envers des hommes, fussent-ils revêtus de privilèges hiérarchiques, mais dans le fait que nous croyons en l’Église et en Sa tradition, et que nous vérifions et éclairons notre conscience et notre raison par la conscience et la raison qui sont conciliaires et ecclésiales, mais nous n’abolissons pas notre conscience et notre raison.

— P. Zosime, 1928, The Holy New Martyrs of Northern and Western Russia (Les Saints Néomartyrs du Nord et de l’Ouest de la Russie), p. 452

Ceux qui réduisent l’obéissance à « écoute ton évêque » et rejettent le consensus des Pères comme n’ayant pas force obligatoire n’ont pas embrassé l’obéissance orthodoxe. Ils ont inventé une nouvelle forme de papisme, dans laquelle chaque évêque est un pape au sein de son propre diocèse, ne rendant de comptes à aucune tradition, aucun canon et aucun saint.

Les canons eux-mêmes l’interdisent. Le Canon 19 du Concile Quinisexte commande que les évêques et le clergé doivent enseigner « sans s’écarter des définitions déjà établies, ni de l’enseignement dérivé des Pères théophores », et doivent « ne pas l’interpréter autrement que les lumières et les docteurs de l’Église l’ont présenté dans leurs propres écrits ; et qu’ils se contentent plutôt de ces discours que de tenter de produire des discours de leur cru » (Le Gouvernail, p. 700). L’évêque est lié par les Pères, non l’inverse.

Le fondement scripturaire en est explicite : « Aucune prophétie de l’Écriture ne relève d’une interprétation privée, car la prophétie n’a jamais été produite par la volonté de l’homme, mais c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes saints de Dieu ont parlé » (2 P 1, 20-21). L’interprétation privée est exclue parce que c’est l’Esprit, non l’individu, qui est l’auteur. La lecture personnelle des canons par un évêque ne supplante pas le consensus des Pères, pas plus que la lecture privée de l’Écriture par un simple citoyen ne supplante l’Église. Pour un traitement complet du consensus patrum et du cadre canonique qui gouverne son application, voir Appendix A: Annexe A : Du Consensus Patrum.

La tradition même qu’ils prétendent défendre ne reconnaît pas cela comme de l’obéissance. Elle le reconnaît comme l’insensibilité d’hommes qui manient les paroles de la foi sans percevoir ce que ces paroles exigent.

Les protocoles COVID

Tout ce qui est documenté ci-dessus s’applique directement aux protocoles COVID du Patriarche Cyrille (Chapter 32: Chapitre 32 : Les ordres de Cyrille pendant le COVID). Quand Cyrille ordonna aux fidèles de rester chez eux durant Pâques par peur de la mort, la nuit même où l’Église proclame « Que personne ne craigne la mort, car la mort du Sauveur nous a libérés », il ne transmettait pas la vérité immuable de l’Église. Il la contredisait. La description de l’insensibilité par saint Jean s’applique précisément : « Il philosophe sur la mort, mais se comporte comme s’il était immortel. » Les apologistes chantèrent la victoire du Christ sur la mort, puis obéirent à une directive enracinée dans la peur de celle-ci.

Les protocoles traitèrent le Corps incorruptible du Christ comme une source potentielle de maladie. La personnification de l’insensibilité par saint Jean Climaque décrivit cette condition des siècles avant qu’elle ne se manifeste : « quand ils participent au Don, c’est comme s’ils avaient mangé du pain ordinaire » (L’Échelle sainte, Degré 18). Ceux qui refusèrent de désinfecter les cuillères de communion étaient obéissants envers l’Église. Ceux qui s’y conformèrent étaient obéissants envers un homme.

Les protocoles COVID furent introduits selon le souhait de quelques-uns. L’enseignement selon lequel la Sainte Communion ne peut transmettre de maladie fut transmis par d’innombrables saints Pères agissant de concert. Quand un patriarche ordonne de traiter les Saints Mystères comme de potentiels vecteurs de maladie, l’obéissance à cet ordre sépare les fidèles du Seigneur. C’est une obéissance mauvaise.

Le verdict

Le témoignage patristique est unanime. Le P. Théodore Zisis synthétise la tradition : l’obéissance envers l’Église est l’obéissance envers sa vérité immuable, non envers des individus qui s’en écartent.

Les Pères distinguent entre l’obéissance envers l’Église et l’obéissance envers des hommes qui se sont écartés de son enseignement. Saint Maxime le démontra clairement : il ne détenait « aucun dogme propre », seulement « ceux communs à l’Église catholique » (The Great Synaxaristes of the Orthodox Church (Le Grand Synaxaire de l’Église orthodoxe), trad. Holy Apostles Convent, vol. 1 (janvier), p. 857). Pour lui, l’obéissance envers l’Église signifiait protéger sa vérité immuable, non se conformer à ceux qui la changeaient.

Selon ce critère, ceux qui se conforment aux directives d’un patriarche hérétique ne sont pas obéissants envers l’Église. Ils sont obéissants envers un homme. Et ceux qui refusent, qui maintiennent la foi transmise par les Pères : ceux-là sont fidèles.

  1. Texte grec original : «Τί οὖν, φησίν, ὅταν πονηρὸς ᾖ, καὶ μὴ πειθώμεθα; Πονηρός, πῶς λέγεις; Εἰ μὲν πίστεως ἕνεκεν, φεῦγε αὐτὸν καὶ παραίτησαι, μὴ μόνον ἐὰν ἄνθρωπος ᾖ, ἀλλὰ κἂν ἄγγελος ἐξ οὐρανοῦ κατιών.»

  2. Texte grec original : « Δὲν συναντᾶς σὲ ὅποιον συνδέεται μὲ αὐτὴν (την ταπείνωση) μίσος….ἐκτὸς ἂν τυχὸν πρόκειται γιὰ θέματα πίστεως. »

  3. Texte grec original : « Καὶ ἡμεῖς τοίνυν μὴ τῇ σωτηρίᾳ μόνον ἀρκώμεθα τῇ ἡμετέρᾳ, ἐπεὶ καὶ ταύτην λυμαινόμεθα. Καὶ γὰρ ἐν πολέμῳ καὶ παρατάξει ὁ πρὸς τοῦτο μόνον ὁρῶν στρατιώτης, ὅπως ἑαυτὸν διασώσειε φεύγων, καὶ τοὺς ἄλλους μεθ’ ἑαυτοῦ προσαπόλλυσιν· ὥσπερ οὖν ὁ γενναῖος καὶ ὑπὲρ τῶν ἄλλων τὰ ὅπλα τιθέμενος, μετὰ τῶν ἄλλων καὶ ἑαυτὸν διασώζει. »

  4. Texte grec original du commentaire de saint Nicodème sur le Canon apostolique 31 (Ἱερὸν Πηδάλιον, Athènes, 1841) : «Ὅποιος Πρεσβύτερος ἤθελε καταφρονήσῃ τὸν ἐδικόν του Ἐπίσκοπον, καὶ χωρὶς νὰ γνωρίσῃ αὐτὸν πῶς σφάλλει φανερὰ ἢ εἰς τὴν εὐσέβειαν, ἢ εἰς τὴν δικαιοσύνην· ταὐτὸν εἰπεῖν, χωρὶς νὰ γνωρίσῃ αὐτὸν πῶς εἶναι φανερά, ἢ αἱρετικός, ἢ ἄδικος… Ὅσοι δὲ χωρίζονται ἀπὸ τὸν Ἐπίσκοπόν τους πρὸ συνοδικῆς ἐξετάσεως, διότι αὐτὸς κηρύττει δημοσίᾳ κακοδοξίαν καὶ αἵρεσιν, οἱ τοιοῦτοι, ὄχι μόνον εἰς τὰ ἀνωτέρω ἐπιτίμια δὲν ὑπόκεινται, ἀλλὰ καὶ τὴν πρέπουσαν εἰς τοὺς ὀρθοδόξους τιμὴν ἀξιόνονται κατὰ τὸν ιε’ τῆς α’ καὶ β’.»

  5. Fr. Augoustinos N. Kantiotes, Metropolitan of Florina: Preacher of the Word of God (Athènes, 2015), pp. 80-82, 127. Traduction anglaise, ISBN 978-618-81910-0-6.

  6. Texte grec original du commentaire de saint Nicodème sur le Canon de Théophile d’Alexandrie tiré du Mémorandum à Ammon (Ἱερὸν Πηδάλιον, Athènes, 1841). Texte du canon : «Οἱ καταστάντες παρ᾽ Ἀπόλλωνος τοῦ Ἐπισκόπου, καὶ κοινωνήσαντες τοῖς ἔχουσι τὰς Ἐκκλησίας Ἀρειανοῖς, ἐπιτιμάσθωσαν, εἴγε γνώμῃ ἑαυτῶν πεποιήκασι τοῦτο· εἰ δὲ ὑπήκοοι γεγόνασι τῷ οἰκείῳ Ἐπισκόπῳ, αὐλιζέσθωσαν, ὡς μὴ ἐπεγνωκότες τὸ ἄλογον.» Commentaire : «Ἐκεῖνοι δὲ οἱ ὀρθόδοξοι, τοὺς ὁποίους κατέστησεν ὁ Ἐπίσκοπος Ἀπόλλων, εἰ μὲν καὶ ἐσυγκοινώνησαν ἀφ᾽ ἑαυτοῦ τους μὲ τοὺς Ἀρειανούς, νὰ ἐπιτιμῶνται· εἰ δὲ μὲ γνώμην τοῦ ῥηθέντος Ἐπισκόπου τους τοῦτο ἔκαμαν, νὰ ἔχουν τὴν κοινωνίαν μὲ τοὺς ἄλλους Ἐπισκόπους, διατὶ, θέλοντες νὰ φυλάξουν ὑπακοήν εἰς τὸν Ἐπίσκοπόν τους, δὲν ἐδυνήθησαν νὰ γνωρίσουν ποῖον ἦτον εὔλογον νὰ κάμουν, ἦτοι τὸ νὰ μὴ συγκοινωνήσουν μὲ ἐκείνους.»

  7. Archiprêtre Théodore Zisis, Blessed Disobedience or Evil Obedience? (grec : Κακή υπακοή και αγία ανυπακοή), éditions Palimpseston, 2006. Professeur de la Faculté de théologie de l’Université de Thessalonique. Traduction russe (2009) : https://azbyka.ru/otechnik/Feodor_Zisis/blagoe-neposlushanie-ili-hudoe-poslushanie/

  8. Texte grec original : « Οἱ τῆς Χριστοῦ ἐκκλησίας, ὅλοι τῆς ἀληθείας εἰσί· καὶ οἱ τῆς ἀληθείας ὄντες καθάπαξ, οὐδέ τῆς τοῦ Χριστοῦ Ἐκκλησίας εἰσίν »

  9. Archimandrite (aujourd’hui Métropolite) Tikhon (Chevkounov), « Souvenirs d’un fils spirituel », dans May God Give You Wisdom! The Letters of Fr. John Krestiankin (Que Dieu te donne la sagesse ! Les lettres du P. Jean Krestiankin) (Wildwood, CA : St. Xenia Skete, première édition anglaise), pp. 505, 517. Chevkounov ajoute, à propos du même incident : « Il dit cependant qu’il considérait que cette décision était prise par passion, et qu’il ne pouvait donner sa “bonne parole” à ce sujet. » La concession de Krestiankin selon laquelle il « accepterait leur décision sans murmure » et laisserait ses supérieurs « en répondre devant Dieu et les frères » décrit la distinction entre l’acquiescement à une autorité légitime et l’approbation active d’une action particulière, la distinction même que les apologistes abolissent quand ils réduisent l’obéissance à « fais tout ce que ton patriarche dit ». La défense institutionnelle globale de Krestiankin du Patriarcat de Moscou contre l’Église des catacombes est traitée dans Chapter 31.

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